8th Wonderland – Nicolas Alberny et Jean Mach (2009)
Des millions de personnes disséminées de par le monde et déçues par son évolution et leurs gouvernements décident de s’unir pour agir d’eux-même. Toutes guidées par le même désir d’améliorer les choses, de ne plus subir l’actualité sans pouvoir réagir. Par le biais d’Internet, elles ont rejoint le premier Pays virtuel : 8th Wonderland. Chaque semaine, tous ses habitants votent par démocratie directe une nouvelle motion et lancent de nouvelles actions. Tout ceci reste anecdotique tant que leurs coups d’éclat sont aussi humoristiques que provocatrices. Mais rapidement, l’emballement médiatique rattrape 8th Wonderland et les politiciens se focalisent sur cette cyberdémocratie. Que se passerait-il si les motions de 8th Wonderland devenaient petit à petit plus réactionnaires ? Si sa manière d’agir se rapprochait lentement mais sûrement d’un comportement terroriste ? Alors que la situation échappe peu à peu aux membres du réseau, une nouvelle question se pose aux autorités en place. Comment combattre un pays virtuel hors de tout contrôle ?
8th Wonderland est un petit ovni cinématographique français. Car oui, proposer un film de cyberpunk et d’anticipation sociale face aux pitreries de Dubosc et autres comédies dramatiques récurrentes nécessite un certain courage. Ou un amour du métier, c’est selon. Quoi qu’il en soit, voilà donc sorti ce film surprenant, bâti comme un patchwork d’émissions TV et de scènes de film, le tout entre-coupé d’effets spéciaux high-tech pour représenter l’agora virtuelle de 8th Wonderland. A l’affiche, une brouette d’acteurs inconnus, mais également les participations mineures d’animateurs et personnalités du petit écran : Amanda Lear, Nikos Aliagas, Julien Lepers ou encore l’équipe d’Action Discrète. Autant de clins d’œil sympathiques au monde du petit écran.
Autour du scénario, le film débat de la cyberdémocratie et de la participation directe. Rien à voir avec le programme présidentiel de Ségolène Royale même si l’on y retrouve quelques morceaux épars de bravitude à l’occasion. 8th Wonderland est une utopie virtuelle, un pays fantasmé par des millions d’usagers de ce site web à travers lequel ils recréent une société « vouée à être meilleure ». Le film agit donc comme laboratoire d’essai. L’expérience virtuelle va-t-elle tendre vers une utopie ou une dystopie ?
Comme vous pouvez vous y attendre en lisant le synopsis, l’expérience 8th Wonderland est un échec. En cherchant à s’attaquer de front au système, ses membres ne font que passer à l’action directe et se muer en terroristes. Ils deviennent eux-même une sorte d’état dans l’état, un pouvoir massif sans tête pensante, évoluant inexorablement vers un état chaotique. Les situations paradoxales n’ont de cesse de s’accumuler : exécution d’un président mafieux alors que le pays virtuel condamne la peine de mort, chantage bio-terroriste pour lutter contre le Sida… Toute proposition de motion est valable. Toute motion est exécutable, du moment qu’elle est votée par une majorité de membres. Dans ces conditions, le système virtuel présenté devient rapidement instable. Et la démocratie utopique de ce cyber-pays en prend pour son grade. Outre les motions ultra-violentes prises en compte, les idéologies qui y circulent sont d’une banalité politiquement correcte et ignares au maximum. Une véritable caricature, que de rares membres de la cyber-communauté tentent de dénoncer en vain.
Que les amateurs de thrillers politiques se rassurent, 8th Wonderland donne aussi dans le complot paranoïaque. Qui se cache derrière le mystérieux John Mc Clane (Matthew Géczy), qui se déclare à tord porte-parole de 8th Wonderland ? Est-ce un pantin monté de toutes pièces par les médias ? Un instrument des gouvernements ? Un opportuniste ? Ou bien est-ce vraiment le mystérieux webmaster du site, dont tout le monde ignore la véritable identité ? L’intrigue nous laisse un peu sur notre faim.
Bien-sûr, 8th Wonderland n’est pas absout de tous défauts. Quelques scènes finales ont déjà été critiquées par d’autres blogueurs, comme par exemple l’existence d’un seul serveur web physique, facilement destructible, sans sauvegardes pour le relancer. Ce à quoi les séquences médiatiques insérées dans le générique de fin fournissent quelques réponses intéressantes à creuser. Et si, après 8th Wonderland, un nouveau cyber-état, fort de l’expérience précédente, venait à apparaître ? Saurait-il évoluer pour mieux s’adapter au monde réel ?
Nous avons donc affaire avec 8th Wonderland à un film de réflexion plutôt bien ficelé, réalisé comme un bricolage géant de vidéos internet et au scénario intelligent. Une bonne surprise, malheureusement très peu diffusée dans les salles obscures. D’autres critiques de 8th Wonderland chez Nicolinux, Lord Orkan.
A classer dans la catégorie : spectacle / réflexion / art et essai
Ma note : 16/20




Ah mais, s’il n’y a pas Dubosc, j’hésite
Vraiment dommage qu’il ne soit pas diffusé dans Toutes les bonnes salles de cinéma. Faudra attendre le DVD.
Il semblerait que le scénario soit très léger, c’est ce qui ressort des critiques lu ici et là.
Mouais tu vois je ne suis pas vraiment d’accord avec ce qui a été blogué là-dessus. Franchement j’ai trouvé ces critiques-là un peu trop bégueules.
J’ai lu des critiques qui visiblement n’avaient pas beaucoup suivi le film, et survolé le scénario. Certains n’ont pas compris que les idées politiques « superficielles » échangées entre les membres du réseau sont une critique cynique du système imaginé de cyber-démocratie. D’autres pointent du doigt qu’il n’existait qu’un seul serveur web, là je crois qu’ils auraient dû réfléchir aux réponses données dans les scènes additionnelles entre-insérée au générique de fin. Enfin, j’ai lu peu de choses sur le potentiel d’un personnage comme John Mc Clane, dommage, il mérite vraiment plus d’attention justement.
Je prendrai le risque du DVD, les sorties ciné n’étant pas d’actualité.
Merci pour le lien…
Tu crois que le film est une critique de cet univers virtuel ? Je suis vraiment passé à côté de la critique cynique pour ma part, j’ai trouvé le film au contraire très premier degré (ce que je met sous « mignon »).
Les serveurs, c’est surtout un problème de réalisme je trouve. Le réseau Internet a un côté magique dans le film, comme si personne ne savait comment il fonctionnait avant de le découvrir à la toute fin, quand les bombes font tout sauter.Je trouve cela vraiment trop irréaliste et gênant.
Quant à Mc Clane, on est d’accord sur son intérêt, mais on reste dans le domaine du virtuel là. Le personnage aurait pu être creusé, tout comme le scénario.
Bref, sur le moment ça m’a amusé, mais il n’en reste pas grand-chose…
@Nicolinux : de rien, ta critique est très intéressante d’ailleurs. Le problème avec le second degré, c’est parfois sa subjectivité, cela peut rater un film, c’est vrai. J’ai bien aimé la description surréaliste, allégorique, du réseau internet. Cela fait rêver un peu, c’est du cinéma tout de même
content que le film t’ai plu.
De toute façon, le film est tellement novateur qu’il ne peut pas être totalement apprécié. Il jure un peu avec le reste
Dur dur de ne pas faire de rapprochement avec Anonymous, Wikileaks et Assange, les problèmes qu’ils rencontres et qui on créés une scission …
C’est pour le citoyen lambda peu au fait de tout ça, tout au plus un film de SF moyen, mais quand on creuse et fait des parallèles avec notre monde, 8th Wonderland devient assez flippant.
Le film a été tourné début 2007. Un peu trop tôt pour qu’il soit directement inspiré de Anonymous (devenu vraiment connu courant 2008) et Wikileaks (créé en 2006 mais devenu plus notable vers 2008-2010).
Troll ? Pfiu suis nerveux ce soir moi.
Je ne sous-entendais pas que le film s’inspirait de ces groupes mais plutôt qu’à l’heure actuelle les thèses du films sont faciles à rapprocher de ceux-ci. Vu la portée très limité du film hors hexagone de toute façon …
Et pour le « Troll? » j’aimerai que s’en soit un… mais simplement un constat, triste, mais un constat. Hors des sphères « geeks » et rares sont les personnes qui comprennent vraiment ce que sont Anonymous ou Wikileaks.
Cela tient tout simplement à un manque d’intérêt pour des groupes associés à des terroristes du web, des méchants hackers … simplification grossières dont se contente des gens très bien sous tout rapport. La barrière technologique est ici la même que celle de la religion incomprise : on se contente de bribes et l’on juge.
Dur de faire l’effort de s’intéresser à un sujet qui ne nous est pas familier, moi le premier dans certains domaines, mais il faut arrêter de croire que la majorité de la population est au fait de ce qui se passe en dehors de son petit cercle. L’hexagone s’est déjà pas toujours ça, l’international on croise les doigts, mais le web en dehors des clips qui buzz et de facebook…
Je n’ai pas volonté de « troller » donc si tu n’es pas d’accord Guillaume dis le, mais stp, quand quelqu’un qui écrit comme toi se contente de me classer en troll ça ne fait vraiment pas plaisir :-/
J’avais l’impression que tu avais une dent contre les néophytes mais apparemment non, autant pour moi.
Maintenant 8th Wonderland est loin de caricaturer son sujet, il devient plus intéressant à regarder maintenant que l’affaire Wikileaks a éclaté, même si ce n’est pas vraiment la même chose non plus.
Oh non, pas de problèmes avec les néophytes, seulement avec ceux qui croient tout savoir ou se contente de la première explication venue … Je sais que je ne sais rien après tout
Je suis assez d’accord avec la conclusion que tu énonces dans la seconde partie de ton commentaire en tout cas !
Oui les gens obtus, pas les néophytes ni le public « de base » , car vu la très faible diffusion de ce film, on ne peut pas vraiment dire que le film ait été vu par un très large public
@ Mealin : puis tu sais, Wikileaks c’est aussi une affaire politique, certains personnes suivent avant tout l’avis de leur parti et s’en tiennent là.
C’est pas faux, mais ça me tue que l’on puisse oublier de réfléchir par soi-même sur certains sujets dès que l’on suit un courant politique… heureusement qu’ils existent des exceptions. :/
Bah, quand tu vois les groupes étudiants politisés, c’est pas mal ça, tout bord confondu. Arf, je vais passer pour un blasé en plus d’un nerveux ce soir ^^
Tu seras pas le seul blasé
mais de toute façon c’est aussi le type de sentiment que provoque ce film : espoir déçu.
* tu as vu le recentrage pour pas partir en trop politique hein hein ! … bon ok je pars *
Oui c’est vraiment le propos du film : l’échec de la démocratie directe. Après chacun en tire les conclusions qu’il veut, ce n’est qu’un film après tout
En politique je ne suis pas assez calé pour en parler de manière approfondie et assez peu enclin à aborder ce thème sur ce blog, ce qui rend mes billets politiques très rares. Mais cela ne m’empêche pas de faire des billets de revue du web où je cite au passage des blogueurs politique de qualité