La guerre éternelle – Joe Haldeman
En 1997, la physique moderne a fait de formidables progrès. L’homme est désormais capable de parcourir la galaxie par sauts collapstar et propage ses vaisseaux de colons grâce à ce dangereux procédé. Mais un de ces vaisseaux rencontre une race extra-terrestre, les Taurans, et est abattu sur-le-champ. Lorsque la sonde-boîte-noire revient sur Terre, les gouvernements mondiaux sont en émoi et souhaitent répondre militairement à cette agression. La guerre contre les Taurans vient de débuter.
William Mandella, jeune diplômé de physique, se retrouve recruté par l’AENU (Armée d’exploration des Nations unies) pour former un peloton d’élites en vue d’un premier raid en territoire ennemi. La première partie du roman détaille l’incorporation de ces jeunes scientifiques sous les drapeaux, tous sélectionnés pour leur Q.I. exceptionnel. Leur entraînement sur Charon, lune naturelle de Pluton, est des plus éreintant et provoque la mort de certains de leurs camarades. Une fois le commando opérationnel, les officiers de l’AENU l’expédie par saut collapstar vers la planète d’Epsilon, tenue par les Taurans. De ce premier affrontement sanglant, Mandella y gagnera ses premiers galons et une vision particulièrement cynique du conflit qui ne le quittera plus tout le long du roman. Car la guerre éternelle, c’est en quelque sorte le Viêt-Nam du futur. Joe Haldeman, alors étudiant en astronomie, est mobilisé entre 1967 et 1969 dans ce conflit américain, d’où il reviendra profondément anti-militariste. Ses réflexions, photos et lettres depuis le front ont été en partie publiées (voir la Guerre éternelle en BD – Marvano & Haldeman – éditions Aire libre Dupuis) et montrent toute l’absurdité du conflit. La guerre éternelle est le fruit de ces réflexions, une sorte de transposition cathartique de cette expérience militaire dans l’écriture SF. Rien n’est épargné au lecteur : la violence des combats (boucheries), la folie des opérations militaires, la peur des soldats comme des officiers, la dureté inhumaine de l’AENU…
La Guerre éternelle est aussi un très bon roman de space-opera et planet-opera. Les sauts collapstar permettent d’approcher la vitesse de la lumière, et ces faibles voyages relativistes créent immanquablement de nombreux paradoxes des jumeaux. Alors que Mandella atteint les 32 ans à la fin du conflit, la guerre s’est étirée sur 1143 ans terrestres (entre 1997 et 3143). Au fur et à mesure de ses permissions, il a connu la désagréable expérience de perdre sa famille dans les limbes du temps, de voir la société évoluer de façon accélérée, et de se retrouver au final une sorte de rebut ancestral de sa propre humanité. Déroutant et affolant, puisque la véritable raison de ce paradoxe, ce n’est pas seulement la relativité, mais surtout cette guerre éternelle. Bien entendu, ces évolutions rapides de la société sont autant d’occasion pour Haldeman d’introduire d’autres concepts intéressants : la surpopulation, le chômage général, la destruction d’une société en raison du conflit interstellaire, puis le contrôle de la population, de la natalité et enfin la création d’une civilisation humaine de clones.
Dernier aspect fort de ce roman, l’absence quasi-totale de relations entre humains et Taurans. Les deux espèces ne parviennent pas à communiquer, et l’homme ne sait que très peu de choses sur les taurans, si ce n’est comment les combattre. La rencontre du troisième type est un échec total dans ce roman, mais reste à savoir qui des Taurans ou des humains est responsable de cet échec ? Je vous laisse méditer sur ce point.
La guerre éternelle est un excellent roman de science-fiction militaire. Cette transposition anti-militariste de la guerre du Viêt-Nam regorge de bons éléments de science-fiction et ravira les amateurs de space-opéra. Contrairement aux idées reçues, ce livre n’est pas la réponse à Etoiles, garde-à-vous ! de Robert Heinlein, mais une autre critique de la guerre, de la société, et amène à d’autres conclusions pas toujours si antinomiques que cela. Un livre donc passionnant et incontournable, tout comme son adaptation en bandes-dessinées.
Ma note : 18/20



Un classique.
Tout est abordé mais rien n’est développé. Ca m’a drolement laissé sur ma faim.
J’avais feuilleté la BD à la FNAC une fois. J’ignorais (honte à moi) qu’il s’agissait d’un livre au départ…
Un classique que je n’ai pas encore abordé. Ta chronique me rappelle qu’il le faudrait pourtant.
@ Gromovar : cela fait du bien d’avoir un peu de critique devant tant d’éloges sur ce bouquin ^^
Souvent classé dans les « incontournables » ou « classiques » du genre, le livre me tente donc bien. Il marque une époque, et une critique aussi je pense… même s’il risque de ne pas développer la critique à fond.
@Julien
Les deux protagonistes multipliant les voyages à vitesse relativiste, ils constatent à chaque permission les changements au sein de la Terre. Mais juste le temps d’une permission, ce qui fait que les thèmes présentés à cette occasion ne sont que survolés, pour moi c’est bien passés mais visiblement Gromovar a été frustré. C’est le seul point noir d’un roman qui porte essentiellement sur l’absurdité de la guerre, ce point là étant traité.
[...] La guerre éternelle – Joe Haldeman [...]
C’est marrant, un collègue de travail vient de m’en parler, et paf, je découvre la chronique sur ton blog. Je ne connaissais absolument pas ce livre, mais toi et mon collègue, vous m’avez vraiment donné envie de le lire
Ce collègue a excellent goût, tu peux te ruer dessus les yeux fermés !
Il s’agit de ma toute première lecture de science-fiction. J’avais alors 10 ans. Je ne l’ai jamais relu mais j’en garde un souvenir ému. c’est ce livre qui a tout déclenché pour moi…une véritable révélation.
@ Muad Dib : tu as lu l’adaptation BD ?
non mais j’en ai entendu pas mal de bien. Tu confirme que ça vaut le coup?
Yep, je l’ai en version intégrale avec inclus un dossier sur Haldeman et la guerre du Vietnam, très bon achat !
Il faudra que je mette la main dessus…quand mes finances seront sorties du rouge (Nöel…)