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Invasion Los Angeles – John Carpenter (1988)

Rien ne va plus sur Terre. L’économie mondiale est en berne, et le système ultra-capitaliste ne produit plus que des chômeurs. John Nada, un ouvrier itinérant, a perdu son précédent travail et rejoint Los Angeles, où il espère améliorer sa condition. Embauché dans un chantier, il doit cependant s’installer dans un bidonville, son salaire de misère ne lui permettant aucun autre traitement. Au sein de cette communauté charitable, John observe le curieux manège d’hommes installés dans une église désaffectée. Il y ont installé un laboratoire chimique clandestin et un puissant émetteur pirate de télévision. Lorsque la police effectue une descente musclée dans le ghetto, John s’en retrouve encore plus intrigué et fouille au lendemain l’église abandonnée. Il y découvre des lunettes de soleil polarisantes, qui ont le pouvoir de lui révéler une terrible vérité mondiale : le monde tel qu’il le connaît n’est qu’une illusion, montée de toutes pièces par des extra-terrestres afin de prendre le contrôle de notre planète…

Film américain de science-fiction, Invasion Los Angeles (They Live) s’inspire de la nouvelle de Ray Faraday Nelson « Les Fascinateurs  » . John Carpenter y mélange thématique des extra-terrestres et théorie du complot dans une adaptation à budget moyen. La présence de Roddy Piper (John Nada) en tête d’affiche, ancien lutteur professionnel, donne une forte touche d’action prépondérante durant le film, où John le taciturne un peu réactionnaire parle avant tout avec ses poings et ses armes.

Bien que bourré d’éléments grotesques, le scénario d’Invasion Los Angeles finit par capter l’attention. Plus une conspiration est grosse, mieux elle passe, semble-t-il. Et ce film s’en donne à cœur-joie. Mais John Carpenter n’a pas pour objectif de nous embrigader dans un mouvement pro-UFO quelconque. Derrière la métaphore des extra-terrestres se cache une dénonciation du capitalisme sauvage qui envahit peu à peu le monde en cette fin d’années 80. Les slogans cachés nous ordonnent de « CONSOMMER », d’ « OBÉIR ». Sur les billets d’argent est inscrit « CECI EST TON DIEU ». Le film prend une dimension alter-capitaliste très présente. John Nada est un homme pauvre, dupé par le système. Il ne se révolte pas contre ses semblables, mais contre une oppression inhumaine instaurée insidieusement, dans le plus grand silence. John Carpenter, en conflit avec les yuppies qui ont pris le contrôle financier d’Hollywood, règle ses comptes dans ce film à l’allure de dénonciation politique.

Invasion Los Angeles n’est certainement pas un grand film, il se rapproche plus du nanard dans son scénario et son jeu d’acteur. Cependant, il aborde avec poigne trois thèmes intéressants : la domination extra-terrestre de notre monde, la théorie du complot,  et un militantisme alter-mondialiste d’avant-garde. Ce film n’en reste pas moins culte pour certains, et inspirera de nombreux artistes durant les années suivantes. Bad Religion, Armand Van Helden… A ne pas confondre avec l’album Battle of Los Angeles de RATM qui lui fait référence aux émeutes urbaines de L.A. en 1992.

Ma note : 11/20

 

 

 

12 commentaires sur Invasion Los Angeles – John Carpenter (1988)

  • Je ne serai pas aussi sévère à l’égard de ce film qui s’en prend surtout aux années Reagan, plus qu’au capitalisme dans l’absolu, et qui reste distrayant si on n’est pas trop difficile.

  • Oui en le revoyant l’année dernière j’ai été agréablement surpris. Un bon film fait avec trois bouts de ficelles et deux catcheurs. On ne s’ennuie pas et ça n’a rien à voir avec les scénarios navrants à la Emmerich.

  • En tout cas c’est agréable de lire deux avis plus favorables que le mien ! Je ne le note pas vraiment bien parce que je reste assez peu convaincu par le scénario et les acteurs, je le recommande cependant pour les thèmes abordés et la métaphore politique. C’est un peu paradoxal, je l’avoue ! Mais vos deux avis montrent qu’il vaut le coup d’être vu.

  • N’est-ce pas pour pousser le militantisme anti-capitaliste jusqu’au bout que le film a été tourné avec 3 bouts de ficelles ? En faire un film à gros budget aurait été paradoxal :D

    Il a la saveur d’un film amateur : un peu bidon mais faisant passer son message l’air de rien et dont on a quand même envie de dire du bien.

  • Nessie

    @ Tigger Lilly : lorsque Carpenter a réalisé ce film, il était sur le banc de touche à Hollywood. Ce qui explique les petits moyens.

  • Petit détail qui t’amusera peut-être: j’ai vu ce film dans le cadre d’un cours sur la communication. Le prof nous l’a montré et analysé dans cette optique (et il nous l’a bien présenté comme une dénonciation du capitalisme, en faisant un parallélisme avec les publicités, etc.). En plus, comme on voyait qu’il aimait tendrement cette série B (Z? Nan, aller, B), on a pris plus de plaisir à la regarder (et on a bien ri, il faut le dire). Du coup, j’en garde un bon souvenir, même si ce n’est pas forcément un bon film.

  • @ Cachou : c’est vrai que sur ce volet, cela peut être un document de cours plutôt sympa à traiter !

  • [...] pour lutter contre la menace) reste très présente, avec une certaine influence du film Invasion Los Angeles. Je doute cependant que la série connaisse un grand succès auprès des fans de SF française, [...]

  • I’m here to chew bubble gum and kick ass. And I’m out of bubble gum.

  • J’ai été dur avec ce film, peut-être trop dur. Faudra que je réexamine cette chronique, c’est promis ;)

  • Faut le prendre comme une serie B sans prétention avec un discours politique en filigramme. C’est loin d’être mon Carpenter préféré mais il y a des bons moments quand même.

  • J’avais presque oublié cette réplique. ^o^. Je ne pourrais pas dire mieux que Pitivier : honnête série B et discours en filigrane. De bons souvenirs.

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