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Bleue comme une orange – Norman Spinrad

Nous sommes à la fin du XXIème siècle. Le réchauffement climatique a profondément modifié la biosphère, précipitant la montée des eaux et transformant les terres entre les tropiques en enfers surchauffés. Dans ce futur climatique, Paris est devenu une ville tropicale, une partie des États-Unis est sous les eaux et la Sibérie est désormais une nouvelle Californie.

Cet inquiétant avenir a bousculé les rapports géopolitiques et économiques mondiaux. Le capitalisme est révolu, mais persiste insidieusement sous la forme de grands syndics commerciaux. Monique Calhoun est employée par Panem et Circenses, un syndic de marketing et communication au service des plus grands. En mission en Lybie, une des régions des Terres des Damnés ravagées par le climat, elle brille aux yeux de ses responsables en y vendant un gigantesque projet de parc d’attraction en plein désert. Son coup d’éclat lui vaut d’intervenir à Paris pour un autre client, le très puissant syndic de géoingénierie La Grande Bleue. Car c’est dans la verte cité tropicale que se tiendra la CONASC (CONférenrence Annuelle sur la Stabilisation du Climat), sous l’égide de l’ONU. Durant ce congrès scientifique, les plus grands climatologues se réuniront afin de discuter de l’évolution du climat. Tous ces spécialistes ont à l’esprit le pire modèle climatique jamais bâti, la « Condition Vénus  » , qui prophétise un emballement climatique de la Terre jusqu’à atteindre les températures extrêmes régnant à la surface de l’étoile du berger.

Alors que va débuter la CONASC entre en jeu un second personnage. Le Prince Éric, sorte de figurant dirigeant le célèbre bateau-cabaret La Reine de la Seine pour le compte du syndic des Mauvais Garçons, est chargé d’espionner la conférence en vue d’y obtenir des informations sensibles sur la Grande Bleue. Son syndic, héritier des mafias et anciens cartels du XXème siècle, suspecte son puissant concurrent de monopoliser la conférence pour servir ses intérêts financiers. Monique et Éric sont deux pions habilement maniés par les deux puissants syndics. Mais alors que les manœuvres de la Grande Bleue se dévoilent peu à peu, les deux amants viennent à s’interroger sur les réelles motivations de ce jeu de puissances. Au cœur de l’affaire, les terribles images de tornades blanches, vortex surchauffés que la Grande Bleue a détectés au cœur des Terres des Damnés. Sont-elles la preuve que la Condition Vénus est amorcée, comme le clament certains climatologues ? Ou serait-ce un coup monté de la Grande Bleue pour remporter de juteux contrats de géoingénierie ?

Bleue comme une orange fait partie de ces romans d’anticipations climatiques on ne peut plus d’actualité. Norman Spinrad, qui vit désormais à Paris depuis une vingtaine d’années, s’intéresse au sujet avec le regard acéré que ses lecteurs lui connaissent. Imaginant un scénario climatique catastrophique, Spinrad s’intéresse aux conséquences socio-économiques de cette fin de XXIème siècle. Il nous propose un monde où les gouvernements, organisations et entreprises se sont effacés au profit de l’ONU et des syndics. Si le capitalisme a été officiellement abandonné, ce n’est que pour mieux rejaillir sous la forme d’un syndicalisme tout aussi libéral. La Grande Bleue, prestataire de services climatiques à l’échelle mondiale, a désormais les moyens techniques de modifier le climat à sa guise. Est-elle capable de provoquer le pire pour rançonner le monde, ou bluffe-t-elle afin d’éveiller les consciences avant que la biosphère toute entière ne meure ? Spinrad nous livre un roman intelligent, sous forme de thriller climato-économique particulièrement cynique. Derrière les manigances des syndics du XXIème siècle, Spinrad dénonce notre société actuelle, et se montre particulièrement misanthrope. L’homme parviendra-t-il à se sauver ou choisira-t-il plutôt de préserver son modèle libéral ? Et si la question avait déjà été tranchée, dans les coulisses d’une conférence du GIEC ? Un livre haletant, pour un climategate à la sauce Spinrad.

Ma note : 16/20

 

4 commentaires sur Bleue comme une orange – Norman Spinrad

  • Un auteur que je dois creuser ayant lu trop peu de ses oeuvres.

  • Voila un livre qui va prestement rejoindre ma pile.

  • cela va me plaire, je note, merci

  • Lu lors de sa sortie chez Flammarion il y a maintenant 10 ans. Normalement, je n’achète que des livres de poche pour le ratio prix/encombrement mais Spinrad est un auteur pour lequel je déroge à cette règle. Seul point noir sur la version Flammarion, des centaines de fautes d’orthographe, indigne d’un livre à ce prix et d’une telle maison d’édition. On pardonnera quand même à Spinrad qui a écrit un livre dans une langue qui n’est pas la sienne…

    En effet, très bon bouquin qui revisite entre autre avec exotisme notre capitale mais également bourré de cynisme comme sait si bien le faire Norman. A quoi bon donner de l’argent à des société pour résoudre un problème, plus la situation sera problématique plus ils auront de pouvoir et de moyens financiers… ou comment accélérer le véhicule qui nous fait foncer dans le mur!

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