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Les Temps Parallèles – Robert Silverberg

La dernière mode en 2059, c’est le tourisme temporel. Depuis la mise au point des voyages dans le passé, la technologie est rapidement sortie des laboratoires pour devenir une nouvelle forme de tourisme très lucratif. Les Guides Temporels sillonnent les époques historiques, accompagnant les touristes dans leurs désirs d’originalité et d’exotisme. Mais attention aux petits malins qui voudraient modifier l’histoire à leur convenance ! Traqués par l’impitoyable Patrouille Temporelle, leur punition se soldera le plus souvent par une mise à mort expéditive ante-crime temporel.

Jud est un jeune étudiant en histoire byzantine. Il se définit lui-même comme un « perdant ». Après avoir abandonné sa thèse, il cherche à donner un sens à sa vie à la Nouvelle-Orléans. Lorsqu’il rencontre Sam, animateur d’excursions temporelles, ce dernier lui propose rapidement de l’introduire comme guide aspirant. Et si cette proposition pouvait faire rebondir sa carrière ratée ? Jud y voit une occasion en or de donner un sens à sa vie. Mais à quel prix ? Alors que Jud poursuit une chimérique quête œdipienne à travers le temps, il accumule inexorablement les erreurs et paradoxes temporels…

Deux ans après les Prisonniers du Cambrien, Silverberg poursuit sur le thème des voyages temporels. Le talent est toujours au rendez-vous dans ce roman mêlant habilement science-fiction et histoire. Silverberg y décrit avec brio l’histoire byzantine à travers les siècles, et fait preuve d’une très bonne connaissance de son sujet (bien que ce genre de jugement soit relatif, n’étant pas moi-même expert de ce domaine). S’il évite de tomber dans le piège des détails scientifiques farfelus sur le voyage temporel, il se concentre plutôt sur quelques paradoxes classiques, comme la rencontre de son double temporel ou la superposition d’événements parallèles. C’est un drôle de tourisme que ces excursions temporelles, et Jud se questionne souvent sur l’accumulation progressive de guides et de touristes présents au même moment au même endroit, devenant une part non négligeable des spectateurs de ces événements passés.

L’amour libertin fait également partie intégrante de ce roman, sans que je ne puisse clairement trancher s’il s’agit là d’une évolution chez Silverberg ou d’un clin d’oeil à sa carrière d’auteur de livres érotiques. Car Silverberg nous livre dans ce roman une prose à l’érotisme plutôt fleuri, oscillant entre descriptions crues et poésie amoureuse. Pour les Guides Temporels, le passé est un immense lupanar dans lequel deux facteurs sont à éviter : l’amour sentimental et la Patrouille Temporelle. Une vision pour le moins décalée de ces anti-héros, jouisseurs œdipiens ou névrosés temporels, au hasard des personnages rencontrés.

Les Temps Parallèles emmènent donc le lecteur entre roman de SF, récit historique et drame freudien. Une réussite qu’il serait dommage de rater. Un excellent divertissement, aussi court qu’efficace.

Ma note : 17/20

 

16 commentaires sur Les Temps Parallèles – Robert Silverberg

  • C’est excellent, c’est drole, c’est léger. Silverberg est l’auteur le plus bandant au monde.

    Cherche, trouve, débrouille-toi « Le dibbouk de Mazel Tov IV » je n’ai jamasi rien lu d’aussi décalé.

  • Je ne le connaissais pas celui et celui cité par Gromovar non plus. Un jour je règlerai ceci à coup d’Omnibus.

  • Hop un de plus dans la wish list. Merci Guillaume.

  • J’ai adoré ce livre, que j’ai lu il y a déjà quelques années. Pourtant, il m’a marqué.

  • Merci Gromovar pour la suggestion :)

  • Ha, je compte me le lire pour le Challenge uchronies.

  • Demande quand même à Lhisbei si ça rentre dans son défi, parce qu’on ne peut pas vraiment dire que ce soit de l’uchronie ^^

  • Pourtant c’est comme ça qu’il est décrit sur le site Uchronies.com et sur PocheSF.com
    Même si pour beaucoup de livre on mélange voyage temporel et uchronie je pense

  • La je crois qu’il y a vraiment confusion; je suis d’accord sur le fait que certaines uchronies ont recours à un voyage dans le temps pour expliquer la fluctuation conditionnelle d’un événement passé, mais la ficelle a ses limites et comme tu l’écris on tombe dans un mélange des genres.

    Enfin l’éternel débat des étiquettes. Demande quand même l’avis de Lhisbei sur le billet du défi ^^

  • J’ai fais un appel aux Lhisbei pour avoir confirmation. Mais de fait les étiquettes…

    C’est pas toi d’ailleurs qui avait chroniqué « La planète des singes » en Space Opera? En tout cas, je le voyait plus comme un planet opera… et après coup, il est rangé plutôt dans les post-apocalyptique. Comme quoi…

  • La Planète des Singes reste le récit malheureux du premier voyage humain interstellaire gravé et confié aux astres, et retrouvé par un vaisseau à voiles solaires ;) Mais Space Opéra reste lié aux notions de voyage dans des fusées, de découverte de mondes autour des astres lointains, de cape et d’épée… Enfin je suis assez sensible aux créations originelles comme celles de Doc Smith par exemple. Certains pulps de space op’ d’avant-guerre ne dépassait pas le cadre de notre système solaire ou se déroulaient sur la Terre et Mars par exemple. Le planet-opéra est un sous-ensemble, assez lié à l’idée de décortiquer en détails une planète et ses particularités naturalistes. Autre cas troublant : Helliconia d’Aldiss. On peut considérer avoir affaire à un planet-opéra, mais la dimension astronomique du système stellaire binaire et la retransmission sur Terre élèvent le récit à la case space op’.

  • Toujours est-il que l’uchronie a été assez clairement défini par Charles Renouvier en 1876, avec les Temps Parallèles nous sommes plus confrontés au problème du paradoxe temporel. De même que dans la trilogie Retour vers le Futur : nous ne sommes pas dans de l’uchronie mais dans une série de paradoxes temporels que nos héros passent leur temps à corriger.

  • Pour les paradoxes temporels, c’est bien ce que je pensais. Comme quoi, certains sites spécialisés mélangent tout encore pire que nous! ;-) Du coup « La patrouille du temps » ne fonctionnera pas non plus.

    Tant pis, je les lirai tout de même parce que j’en ai envie. Nah! ;-)

    Pour « La planète des singes », je l’ai reçu en Omnibus… donc faudra bien que je le lise aussi ;-)

  • Franchement dévore-les, c’est du très bon !

    Sinon tu as lu Roma Aeterna ?

  • Non pas lu. Mais celui-là rentre dans l’uchronie pour de bon je crois. Relire du Silverberg me titille ces derniers temps.

  • [...] lectures de Kali – Pitiland – Traqueur stellaire – Naufragés [...]

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