Bifrost n°57
J’ai été trop élusif sur le dernier numéro de Bifrost dans mon article sur les Razzies 2010. Il faut dire que les résultats du concours, rédigés avec une pince-à-linge sur le nez par Org, Phil, Professeur X & Cid Vicious, ne flattent pas beaucoup la revue. Bien sûr, le lecteur ne manquera pas de relever l’humour très second degré et l’esprit potache débridé du jury. Mais la morgue du même jury finit par lasser, voire même par agacer.
C’est d’ailleurs, à mon sens, l’un des principaux défauts de Bifrost, qui émaille trop ses très bons dossiers et critiques de remarques acerbes et autres petites phrases assassines. J’ai un peu de mal, convenez-en, à payer 11 euros le numéro pour croiser dans une revue de cette qualité les basses palabres mesquines qui inondent gratuitement les forums internet.
Mais heureusement, Bifrost reste aussi une revue de référence, et mérite toujours ce titre honorifique. Les cahiers critiques sur une sélection d’ouvrages récemment parus restent aussi pertinents, et la sélection finale ne déconseille que peu d’ouvrages sur la totalité chroniquée. Autant dire que le grand perdant de ces critiques (Rollback) aura beaucoup de mal à remonter la pente !
Soyons honnêtes. J’achète surtout Bifrost pour deux raisons : les nouvelles et son dossier thématique. Et dans ce numéro, j’ai été gâté : un spécial Robert A. Heinlein ! Avec deux nouvelles et un dossier consacré au Maître, Bifrost me régale. Je n’aurai que des éloges pour ce petit dossier, qui brosse un très beau tableau du prolifique Heinlein. De sa jeunesse militaire puis comme militant politique (dans le mouvement EPIC, branche à tendance socialiste du parti démocrate), de son engagement patriotique à sa défiance des armes nucléaires (et de leur solution non-satisfaisante), de son travail d’auteur jeunesse, incitant les jeunes à regarder vers l’espace jusqu’à sa consécration lors du premier pas sur la Lune, de ses déclinaisons autour de l’amour libre, l’émergence du mouvement hippie et de son retour littéraire fracassant dans les années 80, tout y est. Celui que la « nouvelle vague » française des années 70 a cru bon de traiter de facho, lui qui combattait avec force toute forme de fascisme, reçoit à travers ce dossier un vibrant hommage posthume.
Malgré ses petits travers (élististes ?), Bifrost reste une très bonne revue à recommander. Le précédent numéro, consacré à Jean-Marc Ligny, était du même tonneau. Une qualité des dossiers et des critiques littéraires remarquable, des nouvelles sélectionnées avec soin, mais hélas quelques écarts inintéressants qu’il vaut mieux enjamber comme de mauvais pièges à crotales vietnamiens (c’est pas une invention, on trouve réellement des crotales arboricoles le long du Mékong).
Nouvelles
- Vous les zombies… de Robert Heinlein
- L’Homme à la Cloche de John Varley (prix des lecteurs Asimov’s 2004)
- Le Représentant en éléphants de Robert Heinlein
Dossier : Les Univers de Robert Heinlein
- Petite géo-biographie de Robert Heinlein, par Ugo Bellagamba
- Le secret de l’écriture de fiction spéculative, par Robert Heinlein
- A propos du Shakespeare de la science-fiction : un entretien avec John Varley, par Eric Picholle
- L’homme qui me vendit la Lune : Robert Heinlein et les juveniles, par Jeanne A-Debats
- Robert Heinlein raconte : l’histoire du futur, par Jean-Louis Peyre
- Les romans tardifs de Robert Heinlein : ou le monde comme mythe, par Eric Picholle
- Voyages aux frontières de l’espace : guide de lecture
- Bibliographie des œuvres de Robert Anson Heinlein, par Alain Sprauel



Pour ma part j’y suis venu pour les critiques de romans (celles de revues, je m’en tape un peu), les articles de Roland Lehoucq, les dossiers et les nouvelles. Par contre j’ai un retard monstrueux de lecture sur les dossiers et les nouvelles, c’est bien simple soit je lis le dossier soit c’est les nouvelles mais à chaque fois je zappe un des deux. Va falloir que je rattrape ce retard pendant les prochaines vacances (pas tout de suite donc…).
et encore chez bifrost ils se sont calmés je trouve (ou c’est moi qui suis plus tolérante…)
C’est quoi cette histoire de crotales vietnamiens ?
Pareil : les nouvelles et les dossiers mais aussi un peu les critiques. Le fait qu’ils soient élitistes a un côté positif : au moins on ne doit pas se farcir des critiques élogieuses de Twilight, Eragon et autres daubes commerciales. Je préfère qu’ils soient trop durs que trop gentils. Par contre les Razzies c’est vraiment de mauvais goût ouf c’est qu’une fois par an.
Le dossier Heinlein c’est de la pure qualité. Les nouvelles sont très chouettes aussi.
Heuuuuuuu question bête ! Bifrost vous le trouvez en kiosque, à la biblio ? uniquement par abo ?
Je le trouve aussi bien à la fnac qu’en librairie (pour Nantes en tout cas), mais on peut même le commander sur amazon !