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Le printemps russe – Norman Spinrad

printemps_russeCela fait longtemps que je n’avais pas relu ce pavé de Spinrad, prix Cosmos 2000 en 1993. Dit comme ça, c’est sûr, ça en jette. Un peu comme ces étiquettes accrochées aux couvertures de la rentrée littéraire. On croirait presque que je vais vous vendre la vieille rengaine du « un bouquin récompensé est forcément un bon bouquin ». Non, ça ne marche pas comme ça. Le Printemps Russe, traduit par Luc Carissimo, c’est tout de même 772 pages chez Denoël, dans la collection Présence du Futur. Folio SF le propose en deux tomes pour son édition de poche. Et que nous raconte l’ami Spinrad dedans ? Une anticipation, désormais uchronique, sur la grande lutte des blocs géopolitiques.

Comme dans La Vie Continue (les Années Fléau, 1988), Spinrad règle ses comptes avec son pays d’origine. Les Etats-Unis s’enfoncent dans la récession, le protectionnisme et la paranoïa, la nouvelle Union soviétique, ressuscitée des cendres de la pérestroika, s’intègre à une Europe en passe de devenir la première puissance mondiale et vers où convergent toutes les énergies.

Dans ce climat mondial inversé, une famille trace sa voie dans l’aérospatiale. Jerry Reed, ancien de l’agence militaire NASA, se réfugie en Europe pour poursuivre un jour son rêve : aller dans l’espace. Son épouse n’est autre que Sonia Gagarine, une fille du printemps russe au nom évocateur, éprise de liberté et de socialisme soviétique. Leurs deux enfants se construisent et reflètent le climat politique : Bob est un jeune homme fasciné par la vieille Amérique. Franja ne rêve que de la Russie maternelle.

Cette family-story sous forme de feuilleton télévisé du dimanche après-midi s’étale au fur et à mesure des ambitions familiales, des frustrations de ses membres hétérogènes et du destin spatial qui les attend. C’est une narration sans fin, une suite d’épisodes qui laisse la bouche pâteuse et l’œil torve. Spinrad n’est décidément pas un littéraire, mais un narrateur. Bon écrivain, certes, mais ce n’est pas suffisant. Sous fond de conquête spatiale, Spinrad nous parle de politique, ou plutôt de sa politique. C’est naïf, simpliste, bourré de clichés et d’analyses qui ne dépassent pas le comptoir d’un café parisien. Constamment, Spinrad cherche à confronter républicanisme conservateur, paranoïa patriotique et frigidité spatiale des Etats-Unis à la puissance d’une URSS triomphante, rêvant de semer dans le système solaire ses fiers cosmonautes mais pourtant toujours ravagée par sa burocratique burocratie, lourde hydre aux ramifications frémissant de tensions internes et rivalités de services. Un miracle que l’hydre ne se soit pas entre-tuée chemin faisant, peut-on se dire en lisant les premiers chapitres. Au milieu de tout ça, l’Europe intègre l’ogre russe et se frotte les mains. Paris est une fête, ce n’est pas une surprise chez Spinrad. On y flirte, on y baise. Le mélo-dramatique s’entre-choque avec une joyeuse pornographie rabelaisienne, pour reprendre la comparaison de Noosfère.

Spinrad alterne frustration et exorcisme par l’écriture. Le Printemps Russe, c’est son regret, et son dégoût. Ses rêves et ses espoirs. « Être américain, c’est ça » enseigne Jerry à son fils Bob. Jusqu’à quel point les membres de cette famille sont-ils les éclats de pensée de Spinrad ? Au final, le Printemps Russe est une anticipation trop légère, difficilement crédible à sa sortie, en 1991. Mais l’intérêt est ailleurs. Le Printemps Russe, c’est Spinrad couché sur le papier. L’auteur avec qui le lecteur reste à discuter, assis à une terrasse parisienne, une après-midi de ce début des années 90. Ce troquet, c’est ce livre. Qu’importe si son récit ne tient pas la route. Et tant pis si en le critiquant je passe aussi à côté de la plaque. On a le droit de se tromper, l’important n’est pas là. Le Printemps Russe aussi.

Ma note : 13/20

 

4 commentaires sur Le printemps russe – Norman Spinrad

  • Nous nous rejoignons totalement sur la critique de ce bouquin. Il me semble que son exil à Paris depuis plus de vingt ans y est pour quelque chose. Certaines méchantes langues vont jusqu’à dire qu’il n’a plus rien écrit de génial depuis qu’il a quitté les Etats-Unis pour divergence d’idées politiques !

  • Merci pour cette chronique bien menée et qui éclaire le curieux que je suis sur un ouvrage que je ne suis plus trop pressé de découvrir…

  • Le traducteur masqué

    Mais c’est pas Roland qui l’a traduit ! C’est pourtant facile à trouver sur la page de titre, le nom du traducteur…

  • Bonjour cher traducteur masqué. En effet je vous ai confondu avec R.C.W. , en raison des traductions d’autres titres de Spinrad sur lesquels il a planché. J’ai été semble-t-il trop distrait en écrivant mon billet, c’est corrigé. J’espère que je ne vous ai pas trop vexé avec cette bourde, hein ;)

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