juillet 2014
L Ma Me J V S D
« juin    
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031  

La Planète des singes : l’affrontement – Matt Reeves (2014)

planete-singes-affrontementDix ans se sont écoulés depuis que la grippe simiesque a décimé l’humanité. Les rares survivants se sont regroupés au cœur des cités en ruines, tentant de rebâtir un semblant de civilisation. Dans les forêts de la côte ouest des États-Unis, César et les singes évadés ont bâti un nouveau foyer. Ces singes cobayes rendus accidentellement intelligents par un traitement expérimental contre la maladie d’Alzheimer ignorent que le virus simiesque s’est échappé en même temps qu’eux. Depuis plusieurs saisons, ils n’ont pas croisé la moindre trace d’humains. Jusqu’à ce qu’un groupe de survivants blesse un des leurs. Pour César, cette confrontation est un choc. Non seulement les humains sont toujours présents, mais ils pourraient représenter une menace pour le peuple des singes. Cependant, César choisit le parti de la paix et laisse les survivants restaurer un barrage électrique. Tous les singes ne partagent pas le même avis, et Koba va tout faire pour provoquer l’inévitable conflit entre les deux camps…

Avec un budget de 120 millions de dollars (soit un tiers de plus que le précédent volet), La Planète des singes : L’Affrontement s’annonce comme le gros box-buster de l’été 2014. Annoncé à grand renfort de courts-métrages originaux censés résumer les dix années écoulées entre les deux opus, ce film de science-fiction hollywoodien a su largement se faire attendre du public. Il faut dire que cette suite a été annoncée très tôt, le succès an box-office de La Planète des singes : Les Origines ayant rapidement ouvert l’appétit des producteurs. L’équipe du film évoque dès la sortie du film leur volonté de rebondir sur tout un univers de licence propice au développement de plusieurs suites. L’idée n’est alors pas sans évoquer les quatre suites produites après le succès de la Planète des Singes en 1968. Mais en septembre 2012, le réalisateur Rupert Wyatt aux commandes de La Planète des singes : Les Origines quitte le projet, considérant les délais de production beaucoup trop courts. Matt Reeves est annoncé à la réalisation en octobre 2012 et le tournage débute en avril 2013. Dès janvier dernier, le producteur Peter Chernin et la 20th Century Fox révèlent la mise en chantier d’une suite, qui devrait sortir pour l’été 2016. Les singes n’en ont donc pas fini d’occuper le grand écran.

Les origines de la Planète des Singes ayant déjà été portées à l’écran, le film de Matt Reeves n’est pas à proprement parler une nouveauté, ni même un reboot. En effet, la première et célèbre adaptation du roman de Pierre Boulle avec Charlton Heston à l’affiche (1968) connut en tout et pour tout quatre suites aussi improbables que totalement hors sujet vis à vis du roman. L’intrigue se déroule à chaque fois en dehors du synopsis de Pïerre Boulle, puisque l’auteur imaginait pour sa part un futur lointain dans lequel la civilisation humaine est remplacée par celle du singe à l’échelle de la galaxie toute entière. Si le long-métrage de 1968 restait fidèle au voyage interstellaire jusqu’à la planète des singes, les suites portées à l’écran en dérivaient progressivement pour ramener l’action sur Terre. Après les événements du Secret de la planète des singes de Ted Post (1970) les singes scientifiques Cornélius et Zira, personnages majeurs du roman et héros simiesques des premières adaptations, quittent finalement leur planète pour fuir sur Terre avec la navette spatiale du capitaine Taylor. Leurs aventures terriennes sont narrées dans le troisième opus, Les Évadés de la planète des singes (1971) de Don Taylor. Le quatrième opus débute quant à lui vingt ans plus tard, lorsque les singes sont devenus les nouveaux animaux domestiques après qu’un virus ait tué chiens et chats. La Conquête de la planète des singes de J. Lee Thompson (1972) a pour héros César, le fils de Cornélius et Zira. Ce singe élevé à l’écart du monde pendant toutes ces années découvre le traitement infligé à ses semblables terrestres et leur apprend à devenir des êtres intelligents. Il place ainsi les germes de la révolte dans leurs esprits simiesques. Après les violentes émeutes qui renversent l’ordre établi, le cinquième volet baptisé La Bataille de la planète des singes (1973), toujours réalisé par J. Lee Thomson, se focalise alors sur la guerre de conquête qui oppose l’humanité aux singes de César.

Malgré une similitude dans l’intrigue générale, à savoir l’avènement d’une civilisation simiesque sur Terre, il existe au final, peu de ressemblances entre la série précédemment portée à l’écran et cette nouvelle série de reboots inaugurée par La Planète des singes : Les Origines. La nouvelle monture et sa suite prennent encore plus le large vis à vis du roman de Pierre Boulle. Les scénaristes ont totalement occulté l’aspect futuriste des voyages interstellaires de l’œuvre littéraire pour ne se concentrer que sur une intrigue américaine ancrée dans notre propre époque. Le cadre flirte avec le post-apocalyptique et les menaces de pandémies de grippes, tandis que le lobby pharmaceutique tient lieu de responsable des cataclysmes décrits. Autres temps, autres problématiques, me direz-vous. Mais en modifiant si profondément l’intrigue du roman, ce reboot ne retient en défintive que la notion de singes intelligents en guerre contre l’homme. Le phénomène est typique du cinéma hollywoodien actuel et n’a donc plus rien de surprenant. Les amateurs du roman de Matheson se souviennent encore avec douleur du si décrié Je suis une Légende de Francis Lawrence qui suivait la même recette commerciale. Le film est donc sans surprises de ce côté-là, même si cette transformation des romans cultes en de simples « punchlines » adaptables à volonté laisse quelque peu songeur. Sommes-nous devant une évolution de ces romans en mythes de la culture populaire ou est-ce une conséquence du déclin artistique des bock-busters hollywoodiens ? La question mérite d’être posée, à défaut de pouvoir y répondre pour le moment.

Alors, qu’en est-il de ce nouvel opus ? Puisqu’il serait inutile de faire durer plus longtemps le suspens, La Planète des singes : L’Affrontement est de toute évidence un dispensable film à gros budget, dont la seule réussite est d’avoir pu accumuler en deux heures un maximum d’effets spéciaux numériques et de scènes d’action explosives. Mais le film reste d’une superficialité si affligeante que la débauche d’images ne fait pas très longtemps illusion. Il serait tentant de qualifier ce block-buster de singerie, mais au vu de son synopsis, le jeu de mot serait trop facile. Et pourtant, nous y sommes bien. Même ses décors classiques de ville en ruine manquent cruellement d’originalité. Quid du scénario ? Il est fade, sans grand intérêt et ne ménageant aucun suspens quant à sa conclusion. N’espérez pas qu’un des personnage ne vienne sauver la production, aussi bien du côté humain que du côté singes numériques, ce n’est qu’un festival de rôles clichés et mal interprétés. Il faut bien reconnaître pour la défense des acteurs que les incohérences du scénario et les répliques fadasses échangées entre leurs personnages n’aident pas à crédibiliser leur prestation. Au final, le film lasse rapidement, chaque plan étant tourné avec si peu de conviction qu’il aurait fallu beaucoup plus qu’un combat nocturne largement spoilé dans les bandes-annonces pour faire oublier leur vacuité. Quant à la poursuite de la série, rassurez-vous, une belle fin ouverte sur un coucher de soleil plein de promesses nous confirme qu’un troisième volet est déjà en préparation. Cette fois-ci, ce sera sans moi. Alors pourquoi pas sans vous ?


Le Cycle de Thrawn – L’intégrale

cycle thrawnAlors que sonne le glas de l’Univers Étendu de Star Wars, l’envie de me replonger dans l’adaptation comics des romans de Timothy Zahn m’est soudain venue. Comme une ultime quête avant le massacre annoncé de l’épisode VII. Pourquoi autant de pessimisme dans cette chronique, me demanderez-vous ? Tout simplement parce qu’après un certain sang froid et une bonne dose d’optimisme à l’annonce de la refonte de l’Univers Étendu par LucasFilm, j’avoue éprouver de sérieux doutes quant au scénario retenu par J.J. Abrams. Peut-être ai-je tort de prêter trop de crédit aux rumeurs relayées par les grands médias, mais cette histoire de main ou de sabre laser (au choix) de Luke Skywalker dérivant dans l’espace puis rattrapée par deux nouveaux héros partant en quête du héros Jedi disparu depuis une trentaine d’année me fait frissonner d’horreur. Ce n’est plus un scénario, mais un viol sauvage de l’Univers Étendu séquestré dans son placard. Certes, les internautes pragmatiques que vous êtes relativiseront en me faisant remarquer – comme je le fis moi-même ces derniers mois – qu’un label devrait assurer la diffusion de l’Univers Étendu malgré sa refonte, et que les nouveaux « canons » de Star Wars devraient certainement se prolonger dans une trame proche de ces suites au juteux succès marketing.

Cependant, le succès à l’affiche d’un Star Wars est tel que je doute sérieusement du moindre effort des scénaristes sur ce plan. Pour être encore plus pessimiste, il y a fort à parier que n’importe quel scénario insipide fasse l’affaire pour le futur block-buster de la fin 2015. Il existe déjà suffisamment d’éléments motivant mes craintes dans la version remasterisée de l’épisode VI : après la défaite de l’Empereur à la bataille d’Endor, nos héros ne sont plus les seuls à célébrer leur victoire mais la galaxie toute entière marque l’événement lors de scènes de liesse populaire. Cette nouvelle fin en images de synthèse me pose quelques problèmes : comment la bataille d’Endor, décisive car décapitant littéralement l’Empire, aurait pu être célébrée dans les heures qui suivirent par des citoyens encore sous le joug des gouverneurs impériaux ? L’information, capitale et démoralisante, a du être soigneusement censurée par les services secrets impériaux, et j’imagine que sa diffusion s’effectua avec beaucoup plus de lenteur que cela. Il me semble donc plus crédible de supposer un recul rapide de l’Empire et une fondation de la Nouvelle République dans les mois qui suivirent plutôt qu’une brutale chute de rideau sur l’histoire le soir même de la bataille d’Endor. Bien entendu, les réponses à mes questions ont déjà été traitées, et notamment par la trilogie de Timothy Zahn baptisée « La Croisade noire du Jedi fou ». L’idée de relire son adaptation en comics m’est donc ainsi venue comme un besoin d’y trouver une alternative à cette refonte en cours des « canons » de Star Wars. Une sorte de retour aux sources de l’Univers Étendu, et peut-être même l’idée de m’enfermer préventivement dans cette bulle de peur d’une déception future sur grand écran.

Ma quête commence donc sur cette interrogation centrale : quels ultimes soubresauts agitèrent l’Empire décapité après la bataille d’Endor ? Dans sa version comics, la trilogie porte un tout autre titre, celui de « Cycle de Thrawn ». La réponse à mes questions réside en ce personnage énigmatique : Thrawn. Grand Amiral de la flotte impériale, cet extra-terrestre Chiss est doté d’une grande intelligence et bénéficiait de l’appui secret de l’Empereur bien avant la défaite d’Endor. Neuf ans après la mort de l’Empereur, Thrawn dirige les reliquats impériaux repoussés aux confins de la galaxie par la Nouvelle République. Lentement, Thrawn reconstitue ses forces et s’apprête à frapper un grand coup. Il s’allie pour cela au vieux Maître Jedi Jorus C’Baoth. L’ermite, qui semble frappé de folie, veut capturer Luke Skywalker et Leia Organa Solo pour en faire ses disciples. Leur alliance semble fragile, mais commence à porter ses fruits. Lentement, l’Empire regagne du terrain. Une vieille carte refait alors surface : Mara Jade, la « Main de l’Empereur ». La jeune femme, sensible à la Force, joue un double-jeu dangereux. Son véritable objectif est bien plus trouble. Hantée par la voix de l’Empereur, elle cherche à tuer Luke Skywalker, tel que l’ordonne son défunt maître.

La trilogie de Timothy Zahn se retrouve également découpée dans sa version comics en trois chapitres distincts, gardant cette fois-ci les titres des romans d’origine. Chaque épisode est scénarisé par Mike Baron, seuls changent les illustrateurs. L’héritier de l’Empire est ainsi dessiné par Olivier Vatine, Fred Blanchard et Vincent Rueda. Graphiquement, ce volet reste mon préféré. Le dessin des personnages n’est pas excessivement réaliste, mais crayonné dans un style purement comics un poil cheap qui flatte vraiment l’œil du lecteur nostalgique. Et surtout, les dessins de batailles spatiales sont superbes, à couper le souffle. Le genre de planche que j’aimerais agrandir pour les encadrer. Bref, cela m’a énormément branché, à tel point que le changement de dessinateurs avec La bataille des Jedi a été un peu plus dur à passer. Dessinées par Terry Dodson et Kevin Nowlan, les planches sont plus classiques, se voulant trop réalistes sur les visages au point de les rendre fades. Seuls les personnages féminins et notamment Mara Jade sont réussis à mon goût. Pour le reste, l’intrigue m’a permis de rester accroché, et ce malgré certains dessins franchement décevants. L’Ultime Commandement se rattrape bien mieux. Les dessins de Edvin Biukovic et Eric Shanower sont plus sympathiques à regarder, bien qu’ils restent un peu trop sages et ne parviennent pas à m’inspirer autant que ceux du premier tome. Côté impression finale, ce mélange de styles différents reflète certes l’histoire du comics, mais m’a posé quelques problèmes esthétiques personnels à l’occasion. De quoi pinailler sur ce billet, en définitive.

Quant à mes recherches personnelles, mes révisions m’ont donc permis, grâce à cette relecture, de me souvenir de ces événements post-Endor cruciaux pour la Nouvelle République. Les modifications de George Lucas, un peu trop abruptes et laissant sous-entendre un happy end extrêmement rapide du conflit ne sont clairement pas la vision de Timothy Zahn, ni à proprement parler celle de Richard Marquand dans la version originelle de l’épisode VI. En définitive, mes souvenirs très évasifs sont consolidés et j’y retrouve les ingrédients qui m’avaient séduits dans ma rapide exploration enfantine de l’Univers Étendu : la poursuite d’un combat difficile à mener, et la présence de dangers insoupçonnés dans la Force. Suis-je en train de devenir un réactionnaire de l’univers de Star Wars ? Je n’irais pas jusque là, mais il me semble que plus je vieillis, plus une certaine vision de Star Wars, située quelque part entre la trilogie originelle et l’Univers Étendu, me correspond mieux que les évolutions actuelles. Intégriste, pas pour autant, car si je crains le pire pour le septième volet cinématographique, je reste tout de même curieux de découvrir ce que les nouveaux romans ancrés sur la refonte de l’Univers Étendu nous réservent. Une douce nostalgie guide donc mes lectures et mon imagination. Je le sais, je l’ai senti dans la Force.

 

Star Wars : Le Cycle de Thrawn (Intégrale). Editions Delcourt, 2012, 430 p.


Challenge Warmachine #1

Voilà, j’ai encore craqué. Pour bien occuper les joueurs nantais privés de plage en cette période estivale, le magasin Sortilèges propose un petit événement autour du jeu de figurines steampunk fantastique Warmachine. La consigne est simple : le starter pour toute nouvelle armée Warmachine ou Hordes est en soldes. Si le joueur le peint avant la fin du mois d’août, il pourra revenir acheter une boîte d’extension d’armée elle aussi à prix réduit. Les participants s’affronteront à la mi-août prochaine lors d’une bataille apocalyptique destinée à élire le meilleur warcaster des Royaumes d’Acier ! J’avais déjà présenté succinctement Warmachine et Horde lors de mon billet consacré aux jeux de figurines steampunk. Ce challenge sera également l’occasion d’y revenir plus en détails. Mais puisqu’il faut bien un commencement à tout, choisissons d’abord une faction pour ce challenge…

Lorsque je me lance dans un nouveau wargame, je commence toujours par admirer les figurines disponibles. Les Royaumes d’Acier proposent moultes factions, les plus célèbres étant certainement Cygnar, Khador et le protectorat de Menoth. Mais il me fallait quelque chose de sombre, d’allure un peu gothique et surtout maniant les énergies maléfiques. Bref, je recherchais du chaoteux ou quelque chose s’en rapprochant. Aussi ai-je jeté mon dévolu sur Cryx, l’Empire du Cauchemar. Quelque chose dans le nom de ce royaume me laisse supposer que ces légions auront un je ne sais quoi de terrifiant sur le champ de bataille. Me trompe-je ? Cryx est donc une puissance nécromancienne adorant Toruk, le Seigneur des Dragons (un Targaryen ?). Leurs hordes de morts-vivants et de démons sont redoutables, car capables de submerger l’ennemi sous le nombre. En effet, les warcasters nécromanciens ne se contentent pas de diriger les machines infernales de leurs forces, mais invoquent également des troupes supplémentaires durant la bataille. Les maîtres mots de la faction Cryx sont corrosion et corruption. C’est noté. Je vais donc peindre de l’os, du pus et du métal rouillé !

warmachine_cryx1

Lire la suite…


Du fond du labo #9 spécial climat

Voici une nouvelle fournée d’actualités scientifiques pour vous occuper en ce mois de juillet à la météo capricieuse ! Puisqu’il n’y a plus de saisons et que le temps menace de nous tomber sur la tête, on se penche depuis le fond du labo sur les sciences climatiques. Bien entendu, été pourri rime avec troll climato-sceptique, et le blog n’a pas manqué de voir éclore ces derniers jours une nouvelle fournée de « climate deniers » toujours aussi velus. Mais la récréation est finie, et il est temps de revenir plus sérieusement sur l’actualité très chargée de la climatologie. Haters gonna hate !

 

NASA_2000_2005

 

Mauvaise nouvelle pour nos amis climato-sceptiques, la « pause climatique » n’en est non seulement pas une, mais le phénomène est désormais expliqué. Il est fort peu probable que cette nouvelle étude, publiée dans la revue Geophysical Research Letters, puisse convaincre les trolls les plus velus. Et pourtant, l’analyse statistique des températures moyennes mesurées directement ou non à la surface de la Terre montre que non seulement le réchauffement climatique n’est pas à l’arrêt, mais que cette accélération est actuellement ralentie par une variation climatique naturelle. En d’autres termes, un refroidissement naturel s’oppose au réchauffement climatique provoqué par l’activité humaine. Cette conclusion apparaissait déjà dans les résultats publiés par Meehl et al. en 2004. L’article proposé par Lovejoy et al. (2014) s’appuie quant à lui sur une autre méthode statistique développée précédemment par la même équipe et publiée en avril dernier dans le journal Climate Dynamics. Lovejoy et ses collègues confirment par la même occasion les précédentes interprétation du phénomène. Avec la confirmation récente dans Nature Climate Change que les modèles climatiques prennent bien en compte le ralentissement climatique observé depuis 1998, le hoax de la « pause climatique » est bon à jeter à la corbeille. Hélas, nos émissions de gaz à effet de serre s’emballant, ce rafraîchissement climatique ne suffit pas à masquer totalement les facteurs anthropiques. Le pire reste même à prévoir lorsque cette fluctuation naturelle viendra à s’inverser … A lire sur Geophys. Res. Lett.

 

Un nouveau satellite chargé de mesurer la teneur atmosphérique en dioxyde de carbone a été lancé avec succès par une fusée Delta-2 au début du mois de juillet depuis l’astroport de Vandenberg, en Californie. Grâce à ce satellite OCO-2, la NASA souhaite apporter un second outil de mesure en renfort de l’observatoire de Mauna Loa, situé à Hawaï. Le satellite OCO-2 est placé sur une orbite polaire à 705 km d’altitude, rejoignant la trajectoire de la constellation de satellites A-train dédiés à l’étude de la Terre. A terme, sept satellites franco-américains occuperont cette orbite. OCO-2 est le successeur de la sonde OCO, perdue lors de l’échec de son lanceur en février 2009. Cinq autres satellites sont déjà en orbite, deux autres les rejoindront dans les années à venir. La mission de OCO-2 ne devrait cependant durer que deux ans, ce qui peut sembler particulièrement court en comparaison du suivi de l’observatoire de Mauna Loa mené depuis 1958. Cependant, OCO-2 devrait avoir le temps de transmettre aux scientifiques de précieuses données sur la répartition et la dynamique des teneurs en dioxyde de carbone. Ces informations permettront de compléter les modèles informatiques du cycle biogéochimique du carbone. Pour rappel, l’observatoire de Mauna Loa rapporte une hausse des teneurs en dioxyde de carbone depuis plus d’un demi-siècle, passant de 315 ppm en 1958 à 401 ppm en avril dernier (voir figure ci-dessous). A lire sur Science².

 

CO2 Mauna Loa

 

Le mois de juin 2014 a marqué un nouveau record mondial de chaleur. L’usage massif des énergies fossiles et la déforestation tropicale ont contribué à l’intensification des émissions de gaz à effet de serre tels que le méthane et le dioxyde de carbone. En conséquence, la NOAA rapporte que le mois passé a été en moyenne le plus chaud depuis plus de 130 ans. Après les records d’avril et de mai, cette année 2014 sera-t-elle la plus chaude jamais rapportée ? Les climatologues ne s’avancent bien évidemment pas encore sur un tel bilan, mais notent que les fluctuations enregistrées dans le Pacifique tropical pourraient bien avoir le dernier mot dans cette histoire. En effet, l’écart moyen des températures mensuelles rapportées le long des côtes Pacifique de l’Amérique du sud est positif, laissant craindre la préparation d’un nouvel épisode El Niño. Tout dépendra donc de l’évolution de ces fluctuations dans le Pacifique tropical. En attendant, Sylvestre Huet s’amuse des habituels discours climato-sceptiques en notant que James Hansen n’est certainement pas responsable de ce record de chaleur. En effet, le patron du GISS (Godard institute for space studies) fait parti de ces « affreux réchauffistes » honnis par les anti-climatologistes en raison des calculs de température rapportés par son équipe toujours supérieurs à ceux d’autres instituts. Seulement voilà, James Hansen est désormais à la retraite et les températures continuent à battre des records. Facétieux Sylvestre Huet !


H.P. Lovecraft : contre le monde, contre la vie – Michel Houellebecq

houellebecq_lovecraftHoward Phillips Lovecraft mourut le 15 mars 1937 d’un cancer métastasique de l’intestin. L’auteur, quasiment inconnu de son vivant, devait finir ses jours dans la pauvreté, son maigre héritage familial presque totalement grignoté. Et pourtant, Lovecraft mort, son œuvre s’éveille enfin. Précieusement conservée par ses amis, publiée deux ans plus tard par August Derleth, elle s’achemina lentement mais sûrement vers l’engouement mondial qui agite aujourd’hui le petit monde de l’imaginaire autour des grands textes du Maître de Providence. Les recueils comme les essais se succèdent, et Lovecraft, gentleman anonyme et désargenté, est devenu après sa mort l’une des figures majeures de la littérature américaine moderne. Son œuvre est suffisamment familière aux lecteurs de ce blog pour que j’arrête là mon introduction. Sa vie reste cependant moins connue, plus énigmatique que ses désormais célèbres Grands Anciens. De nombreux biographes et essayistes se sont déjà attelés à reconstituer le parcours du personnage. Certain d’entre ayant l’originalité de sortir de leurs propres itinéraires littéraires. C’est le cas de Michel Houellebecq. S’il est plus connu de nos contemporains pour ses Particules élémentaires et sa Carte et le territoire, l’auteur publia en 1991 un court essai sur Lovecraft, pompeusement sous-titré « contre le monde, contre la vie ».

Et ce présent essai, même enrichi dans sa réédition de 2005 d’une préface de Stephen King qui ne présente que peu d’intérêt (si ce n’est révéler que le romancier américain connaît et apprécie lui aussi – ô surprise – le Maître de Providence), n’est certainement pas la meilleure référence biographique existante sur Lovecraft. Mais aussi court et subjectif soit-il, cet texte propose tout de même une grille de lecture plutôt intéressante. Biographie incomplète, en effet, puisque Houellebecq retranscrit avant tout les facettes de la vie de Lovecraft qui servent le mieux son argumentation ; l’enfance complexe de l’auteur réduite à une sorte d’apathie nerveuse laisse clairement à désirer ; les relations entre Lovecraft et les sciences sont écartées des pages de cet essai ; son mariage raté avec Sonia Greene insuffisamment développé ; et son matérialisme athée oublié en faveur d’un anti-christianisme mystique. Houellebecq ne manque pas de s’excuser de ces raccourcis et approximations en précisant dès sa préface le caractère bien plus méditatif qu’académique de son ouvrage. Soit. Mais de telles coupes dans la vie de Lovecraft ne peuvent tout de même s’empêcher de briller par leur absence une fois parvenus à la conclusion finale de cet essai.

La grille de lecture proposée par Houellebecq est bien plus intéressante que son analyse parcellaire de la biographie de Lovecraft. Et cela en raison des notions-clés répétés au fil de ses oeuvres : un désintérêt – pour ne pas dire un dégoût – pour l’argent et la sexualité, une obsession pour les architectures écrasantes, et la peur farouche de toute chose étrangère à une conception de la société WASP et conservatrice. En cela, l’analyse de Houellebecq est pertinente, car elle permet de cerner une obsession de Lovecraft contre le progrès et le libéralisme sous toutes ses formes. L’œuvre du Maître de Providence prend pour référence immuable et rassurante le conservatisme d’une Nouvelle-Angleterre déjà révolue et fantasmée par Lovecraft ; lui-même l’avoue dans ses lettres en regrettant de n’être pas né un siècle plus tôt. Houellebecq souligne cette clé de lecture en interprétant ces oeuvres comme un rejet violent du gentleman de Providence face au tourbillon du monde qui l’entoure. Le récit de ses personnages apparaît facilement comme une transposition de sa propre vie contrariée par une époque qu’il rejette en bloc. Rien ne lui permet de s’intégrer dans ce monde : son attitude anachronique de gentleman, son passéisme farouche et ses indifférences vis à vis de la société moderne le mèneront à cumuler les échecs dans sa vie amoureuse comme professionnelle. Mieux encore, Houellebcq décortique le racisme de Lovecraft en trois grandes étapes : partant du jeune homme de bonne famille provinciale, il distingue ensuite le Lovecraft trentenaire désargenté noyé dans la ruche grouillante de New York du Lovecraft vaincu et séparé de son épouse de retour à Providence. Le premier n’avait qu’un racisme de convenance sociale,  le second voit sa haine grossir alors que ses recherches d’emploi se heurtent au refus des recruteurs, le troisième s’est enfermé dans une attitude misanthrope et hautaine. Trois actes pour décrire un racisme conservateur bien plus complexe qu’en apparence, et qui génèreront chez l’auteur un puissant sentiment de haine et de peur prompt à alimenter sa machine créatrice. D’ailleurs, comme le fait remarquer Houellebecq avec raison, ses plus grands textes, marqués du racisme le plus criant, sont tous postérieurs à l’épisode new-yorkais.

Dommage que Houellebecq tente ensuite de mélanger cette composante xénophobe avec une inspiration anti-chrétienne, comme s’il fallait absolument donner une teinte religieuse à l’œuvre de Lovecraft. Mais il n’y a pas d’antéchrist dans le mythe de Cthulhu ; il n’y a que du matérialisme, aucun Dieu n’y est invoqué pour bercer l’humanité d’illusions rassurantes. Subsiste uniquement une effroyable vérité venant brouiller littéralement la raison des personnages de ses nouvelles. Houellebecq perd trop rapidement de vue le cosmicisme de Lovecraft et s’égare à mon sens en résumant son œuvre en un combat manichéen contre un Mal qui ne serait que la « vie » elle-même. Ce n’est certainement pas la « vie » qui est visée, mais plutôt l’imposture d’un monde partiellement révélé. Lovecraft rejetait de toute évidence son époque, et aurait encore moins apprécié les décennies à venir s’il avait survécu à son cancer. S’il rejette manifestement son époque en l’incarnant dans ses créatures fantastiques, l’analyse va bien au-delà de la conclusion de Houellebecq. Puisque le rationalisme lovecraftien le pousse à rechercher la vérité sur la « vie » – aussi effroyable soit-elle – son rejet ne lui inspire pas pour autant ce fracassant « NON ! » que Houellebcq voudrait le voir pousser à la manière de cet homme pris de folie dans le tableau d’Edvard Munch. La conclusion est à mon sens trop facile, car ce grand cri serait le premier pas vers un combat ardent contre ce monde. Or il n’en est rien. Les horreurs du mythe de Chtulhu sont parfois combattues, mais jamais remises en cause. Elles finissent toujours par être acceptées par le narrateur et le lecteur, et ce quoi qu’il leur en coûte. Lovecraft ne nous dresse pas contre ces horreurs, il nous y résigne. Le cauchemar de Lovecraft serait donc non seulement d’avoir compris son échec vis à vis du monde et de la vie, mais d’en accepter la laideur manifeste qu’ils lui inspirent. Il faut bien reconnaître une certaine dose de courage au gentleman de Providence, à moins qu’il s’agisse de flegme, pour nous révéler page après page son imposture dans son propre monde.

 

 

H.P. Lovecraft : contre le monde, contre la vie, Michel Houellebecq (1991). Réédition poche J’ai Lu n°5386, 133 p.


Ch3val de Troi3 – Eric Nieudan

nieudan1Non, mon correcteur d’orthographe ne subit pas un bug, il s’agit bien du titre du dernier Eric Nieudan, publié en format numérique par Bragelonne dans la collection Snark. Pour une novella cyberpunk, le jeu de caractères est plutôt bien trouvé et annonce directement la couleur. Nous voici transportés dans le royaume des hackers, altermondialistes et marginaux des réseaux, qui comme toujours jouent au chat et à la souris avec les filtres gouvernementaux, les fournisseurs d’accès internet et l’arsenal anti-piratage des firmes de sécurité multimilliardaires. Ch3val de Troi3 se déroule donc dans un futur relativement proche, où les crises économiques successives ont suffisamment affaibli les gouvernements ploutocratiques pour que les 99% silencieux dépassent le stade du mouvement #occupy et instaurent une constellation de micro-états alternatifs.

Dans ce monde en pleine mutation sociale, un troisième acteur tente également de tirer son épingle du jeu. Et il s’agit en l’occurrence des grandes multinationales spécialisées dans la finance et la sécurité réseaux. C’est du moins ce que Worg va découvrir à ses dépens au fil de cette novella. Informaticien réseau travaillant en freelance, Worg mène une double vie, participant activement à l’édification du micro-état de Dolf en plein cœur de Dublin. Les relations ont toujours été tendues entre les altermondialistes squatters et le gouvernement, mais la tension est montée d’un cran depuis que le quartier insurgé a officiellement formulé une demande de reconnaissance auprès de l’ONU. La situation prend un tout autre tournant lorsque Worg se retrouve infecté par un cheval de Troie qu’aucune de ses contre-mesures ne semblent pouvoir repousser. Pire encore, la police irlandaise comme des groupes d’intervention paramilitaires s’intéressent d’un peu trop près à sa personne. Pour Worg, il est grand temps de mettre les voiles.

Un bon récit cyberpunk ne doit pas se limiter à un catalogue de termes informatiques. L’auteur un peu trop jargonneur aura tôt fait de perdre son lecteur au beau milieu de l’intrigue ; aussi un roman efficace de ce genre se doit-il de doser correctement la part de jargon indispensable à l’étiquette et la part d’action requise afin de ne pas coaguler. Ch3val de Troi3 propose pour sa part une excellente idée : entre-couper les chapitres de faux dialogues de chat boxes, servis comme des échanges supplémentaires entre personnages ou de simples notes personnelles du personnage principal. Cette formule a un effet positif immédiat dès les premières pages : en instaurant un changement de ton et de police d’écriture dans le récit, ces séquences viennent briser le rythme du récit et captivent l’attention du lecteur. Le résultat est immédiat : les paragraphes intégrant du jargon informatique s’en retrouvent plus digestes et la double lecture permise par ces chat boxes viennent affûter le côté incisif et nerveux du récit.

Insister sur cette originalité d’écriture n’est pas innocent de ma part. Car en réussissant ce délicat mélange de termes informatiques et de thriller digne d’un « page turner » , Ch3val de Troi3 passe avec succès l’examen critique et se présente comme une novella nerveuse, haletante et des plus convaincantes. A la croisée entre critique de la mondialisation, courants altermondialistes et explosion actuelle des réseaux internet, Eric Nieudan nous livre une vision des plus préoccupantes pour nos sociétés occidentales. Et pourtant, impossible de ne pas opiner face aux choix d’anticipation de l’auteur, qui non content de nous plonger dans une Irlande futuriste – terre d’adoption de l’auteur – aussi vivante que convaincante, parvient à concilier anticipation et thriller sans jamais une seule fausse note tout au long du récit. Là où des auteurs à succès auraient dilué leur récit en un interminable pavé littéraire, Eric Nieudan ne perd pas de temps en fioritures, sait rester nerveux et sans détours, fidèle à son plan d’intrigue. Et si au terme de cette novella vient poindre l’envie de prolonger sa lecture, il faut tout de même remercier l’auteur pour n’avoir jamais cédé à cette sale manie de dilution à des teneurs homéopathique de toute intrigue de thriller. Ch3val de Troi3 est comme un nectar de fruit, certes court mais savoureux, le genre de récit qui vous reste longtemps en tête après lecture, pendant que ses saveurs se dissipent lentement dans votre cerveau. Rien à voir avec un jus de best-seller dilué ! Un seul regret, celui de voir cette novella plutôt boudée pour le moment par les prix littéraires. Dommage, et pourtant tellement prévisible : en littérature, les meilleurs crus ne sont pas forcément les plus primés.

 

Ch3val de Troi3, Eric Nieudan (2014). Bragelonne (numérique), collection « Snark », 117 p.