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La guerre des drones aura-t-elle lieu ?

Ils sont depuis plusieurs décennies déployés par les armées et les agences d’espionnage, leur marché civil explose depuis ces deux dernières années, et ils représentent même une idée de cadeau high-tech pour les fêtes de fin d’année. A première vue, les drones ont largement conquis nos sociétés en ce début de siècle. Et pourtant, ils n’ont jamais suscité autant d’inquiétudes auprès des autorités et du grand public : risques de collisions aériennes, drones militaires, détournements mafieux, survols de centrales nucléaires, dérives totalitaires … Les gros titres de journaux sont unanimes : devons-nous craindre les drones ? Il semble que, sans pour autant entrer dans la paranoïa ambiante, l’usage exponentiel de ces concentrés volants de technologie soulève en effet bon nombre d’inquiétudes justifiées. Si le ciel appartiendra certainement demain aux drones, le véritable enjeu sera donc d’en garder le contrôle depuis la terre ferme.

Depuis que la France est devenue, en 2012, la première nation à autoriser leur vol réglementé dans son espace aérien, les drones ont envahi les colonnes de la presse. Formidable marché industriel pour certains, les drones pourraient avoir un effet positif significatif sur l’économie nationale, si l’on en croit Frédéric Serre, co-fondateur et président de la société Delta Drone. Alors que le service public comme privé entament déjà de larges commandes de drones commerciaux ou d’assistance, la réglementation très stricte imposée par la DGAC (délégation générale de l’aviation civile) sur le pilotage de ces engins télécommandés a abouti à la création de la première école privée de pilotage de drones à Grenoble. En tout, le secteur des drones compte déjà 220 start-up françaises et permettra la création de 30000 à 40000 emplois dans les prochaines années [1]. Une manne financière dont les débouchées sont aussi diverses que variées. Outre les drones de livraison que les postes de plusieurs pays ou la société Amazon voudraient bien voir un jour décoller depuis leurs centres de tri, les drones de service pourraient également assister des ouvrier lors de travaux délicats dans des espaces accidentés, rallier des zones sinistrées ou ravitailler des victimes d’accidents ou de catastrophes, et même servir à la collecte d’informations pour la recherche scientifique. Ce ne sont là que quelques exemples d’applications publiques ou privées mises en avant par les fabricants de ces engins télécommandés.

Nos colis Amazon seront-ils un jour livrés par des drones ?

Nos colis Amazon seront-ils un jour livrés par des drones ?

Mais si les industriels de ce secteur technologique florissant ne tarissent pas d’éloges pour leurs nouveaux modèles de drones, un aspect bien plus sombre vient entacher cet élogieux tableau. Les drones, dont on fêtera bientôt le centenaire, sont apparus dès 1917 dans l’esprit d’ingénieurs militaires français. Il s’agissait, à l’origine, d’avions modifiés pour être télécommandés. Le premier vol, mené sur une distance d’un kilomètre, est battu l’année suivante avec un vol de plus de 100 km ! En 1920, le Président du Conseil Georges Clémenceau autorise le financement d’un nouveau projet, mais l’idée d’avions sans pilotes est très vite abandonnée. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’idée refait surface en 1960 après l’incident de l’U-2. Il devint alors évident pour l’état-major américain que les UAV (Unmanned Aerial Vehicle) constitueraient la seule alternative technologique capable de corriger les risques liés au survol de territoires ennemis par des avions de reconnaissances traditionnels. Depuis 1948, l’US Air Force est en contrat avec la société Ryan Aeronautical pour produire des drones-cibles « Firebee » . Leur succès technique les conduit à commander une nouvelle génération de drones Firebee, cette fois-ci utilisés pour des vols de reconnaissance. Ces nouvelles générations de Firebee, les modèles « Fire Fly » et « Lightning Bug » font leur entrée en scène durant la guerre de Vietnam. En 1990, la guerre du Golfe introduit l’objectif militaire de « zéro mort » dans les rangs alliés, marquant par la même occasion un tournant dans l’usage des drones militaires. Les modèles français MART (Mini Avion de Reconnaissance Télépilotée) et américano-israélien RQ-2 Pioneer révolutionnent les drones de reconnaissance par leurs équipements high-tech : en quelques secondes, les positions ennemies à couvert sont identifiées et filmées, permettant un ajustement des tirs alliés avant même d’être repérés par les troupes irakiennes. La guerre moderne devient une guerre de l’information, où toute la stratégie repose sur l’anticipation et la localisation des positions ennemies.

Les attentats du 11 septembre changent encore la donne. Avec l’intervention américaine en Afghanistan puis la seconde guerre du Golfe, il n’est plus question de seulement repérer les cibles, il faut aussi que le drone soit en mesure de les éliminer. Les UAV se modernisent en fonction : leur autonomie est sensiblement augmentée, et leur charge utile doit embarquer un armement et ses munitions. Le drone américain RQ-4 Global Hawk conçu en 1999 n’est pas encre armé, mais il peut effectuer des missions de reconnaissance de plus de 30 heures. Le drone américain MQ-1L Predator est quant à lui équipé de deux missiles Hellfire à charge anti-personnel ou anti-tank. Ce drone est devenu le symbole de cette nouvelle génération d’UAV de combat. Testé depuis 1994, il est d’abord utilisé comme drone de reconnaissance dans les Balkans puis en Afghanistan. En 2001, les premiers essais d’armement avec des missiles AGM-114C Hellfire sont effectués. Les drones Predator de combat sont déployés dès novembre 2001 et auraient permis l’élimination du « numéro 3″ d’Al-Qaida en Afghanistan. La première bavure a lieu quatre mois plus tard lorsque les opérateurs au sol confondent des villageois afghans avec Ben Laden. Officiellement, les 50 premières versions de reconnaissance RQ-1 et de combat MQ-1 ne sont mises en service qu’en 2002. Durant la seconde guerre du Golfe, un drone de combat détruit ainsi un char anti-aérien ZSU-23-4 irakien. Dès 2003, l’US Air Force augmente ses commandes de drones Predator, et les frappes à distance s’accélèrent dès 2005. En 2009, on estimait ainsi qu’un total de 42 frappes en territoire pakistanais avaient tué 404 membres d’Al-Qaida et 41 civils.

Un drone MQ-1L Predator. (crédits : US Air Force / Domaine public)

Un drone MQ-1L Predator. (crédits : US Air Force / Domaine public)

Récemment, les drones Predator sont entrés en action au Mali. Les Etats-Unis confirment ainsi leur nouvelle stratégie de déploiement militaire « zéro morts » en soutien des autres forces alliées. Mais pour quel bilan humain ? Mauvaises appréciations des cibles malgré la qualité des images fournies, interventions à distance plus ou moins légales et souvent officieuses, la guerre des drones n’a pour ainsi dire rien à voir avec les message de guerre plus « humaine, propre et sûre » que les militaires et chargés de communication des groupes industriels voudraient nous faire croire. Les témoignages de ces soldats-pilotes menant la guerre à distance depuis leurs claviers et écrans d’ordinateurs font plutôt froid dans le dos. Brandon Bryant, ancien pilote de drone de l’US Air Force, a livré son récit l’année dernière. Enfermés dans des containers climatisés en plein cœur de l’état du Nouveau-Mexique, lui et ses collègues passaient des heures entières à scruter le sol afghan, prêts à faire feu sur les cibles potentielles dès que l’ordre leur en serait donné. La mort devient virtuelle, à la manière d’un jeu vidéo. Mais à des milliers de kilomètres de là, ces vagues cibles pixelisées sont parfois d’innocents civils. La « guerre propre » ? Un mensonge vieux comme le monde.

Alors que le drone Predator reste encore un gros engin avec ses 8 mètres de long, son envergure de 17 mètres et son poids maximal d’une tonne, la miniaturisation des drones démultiplie les possibilités militaires futures. En France, la DGA travaille déjà sur un modèle de la taille d’une libellule. D’une taille plus volumineuse mais bien plus modeste que les énormes Predator, les drones commerciaux actuellement en vente auprès du grand public accélèrent le risque de détournement de ces modèles, que ce soient à des fins d’espionnage ou policières, ou dans un but répréhensible. Rien n’interdit d’envisager un contrôle des rassemblements (manifestations, festivals, activités sportives) par des drones de reconnaissance, de même que de nombreuses questions restent posées quant à l’usage de drones policiers dans le cadre de débordements ou d’émeutes. Capables de porter de petites charges utiles, les drones policiers français (d’un poids de 1-2 à 20 kilogrammes) seront tout d’abord équipés de caméras. Mais que se passera-t-il si le drone est détérioré par un jet de projectile et s’écrase sur la foule ? De même, la charge utile pourrait bien être remplacée par des bombes lacrymogène ou des armements non-létaux. En outre, ces mêmes équipements d’espionnage sont facilement disponibles auprès des sociétés et du grand public, il est d’ailleurs possible de piloter des drones à l’aide de smartphones. Sans pour autant craindre le pire des mondes à la manière d’un Big Brother, l’explosion de ces drones espions « tout public » fait voler en éclats la notion de vie privée. Les quelques vidéos insolites de jeunes femmes topless bronzant au sommet de buildings et surprises par des drones d’amateurs font pour le moment sourire, mais elles sont révélatrice une énorme brèche ouverte en matière de droit privé : avec 10000 drones vendus chaque mois rien que sur Amazon, où s’arrêtera désormais la notion de vie privée ?

Un modèle de drone de surveillance.

Un modèle de drone de surveillance.

Mais le plus inquiétant reste à venir. Depuis le 14 septembre, pas moins de 31 survols par des drones de centrales nucléaires françaises ont défrayé la chronique. Bien qu’il s’agisse vraisemblablement de blagues potaches de possesseurs avides de braver l’interdit avec leurs nouveaux gadgets technologiques, ces survols posent de réelles questions de sécurité. Au point que Greenpeace s’est récemment emparé du sujet en remettant un rapport confidentiel alarmiste concernant les risques encourus par une attaque terroriste de centrale nucléaire à l’aide de drones commerciaux détournés. Selon l’organisation, un engin de 1 à 1,5 mètre de diamètre suffirait à transporter une charge explosive de 6 à 10 kilogrammes. Une attaque insuffisante pour détruire un réacteur nucléaire ou provoquer des rejets majeurs, mais qui pourrait provoquer des incidents susceptibles de mettre en danger les employés à l’intérieur du site, voire à provoquer un black-out électrique national si plusieurs attaques étaient coordonnées au même moment sur différents sites. Le but terroriste serait alors atteint : frapper fort les esprits en démontrant que l’organisation terroriste est capable de mettre en péril une de nos installations civiles les plus sensibles. La situation est suffisamment inquiétante pour que le gouvernement débloque 1 million d’euros afin de développer des solutions. Aux États-Unis, le risque n’est pas non plus ignoré, ne serait-ce que par crainte d’attaques de drones de combats militaires ennemis ou capturés. La marine américaine a ainsi testé avec succès durant l’automne un système de canon laser capable d’anéantir de tels drones. Le laser LaWS installé sur le bâtiment USS Ponce, d’une puissance d’environ 33 kW, est capable d’enflammer à distance des drones de combat et même de neutraliser de petites embarcations. Est-ce une solution à court terme pour la défense d’autres cibles potentielles, comme des installations civiles ou militaires au sol ?

En ce début de XXIème siècle, les drones occupent bien désormais les premières loges en matière d’armement et de sécurité. Susceptibles d’êtres convertis en armes redoutables, leur usage a déjà profondément changé la donne en matière de conflits modernes. Le drone serait-il en passe de devenir la nouvelle kalachnikov des combattants de demain ? Peut-être bien, pour le plus grand malheur des populations civiles.

 

[1] « Drones : la révolution des sans-pilotes ». Alexandre Moix, Sciences & Avenir, hors-série oct.-nov. 2013, p. 40-45.


Nouveautés de décembre Warmachine / Hordes

Il est un peu tard pour annoncer les nouveautés Pivrateer Press du mois, cependant je tenais à rapporter ma sélection parmi les dernières figurines et suppléments parus en version française pour Warmachine et Hordes. Au programme, le nouveau livre de faction Khador et un pack spécial Vladimir Tzepesci & Drago, le warjack lourd cygnaréen Dynamo, les prétoriens karax de la faction Skorgne et quelques Trollbloods visiblement fans des highlanders d’Ecosse !

Pour m’être procuré ce week-end le nouveau livre de faction Khador, je confirme l’excellente qualité de ces nouvelles éditions françaises. Succédant à la parution du livre de faction Cygnar, cet imposant volume comporte autant d’historique que de profils de personnages, unités et warjacks. Un régal pour l’amateur de l’univers des Royaumes d’Aciers que je suis. Pour en savoir plus ou découvrir les autres nouveautés de cette fin d’année, une seule adresse : VictoriaGame.

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La NASA propose de coloniser Vénus grâce à des stations aériennes

Une des plus grandes déceptions de l’exploration spatiale fut la découverte de conditions extrêmes à la surface de Vénus, enterrant définitivement tout espoir de marcher un jour sur l’étoile du berger. Mais Dale Arney et Chris Jones, scientifiques de la Space Mission Analysis Branch de la NASA basée à Langley, n’ont pas pour autant totalement abandonné l’idée. Puisque la surface nous est inaccessible, concentrons-nous sur la haute atmosphère vénusienne en y expédiant des dirigeables habités ! Ce projet baptisé HAVOC (High Altitude Venus Operational Concept) vise à long terme une présence humaine permanente dans des stations aériennes flottant à 50 km d’altitude. Si le projet semble très intéressant sur le papier, son développement soulève encore de nombreux défis technologiques et ses premières phases ne devraient pas voir le jour avant les années 2020 … En supposant que le programme HAVOC obtienne un jour le moindre feu vert de la part de l’administration américaine !

Crédits : NASA Langley Research Center

Crédits : NASA Langley Research Center

Pourquoi vouloir coloniser le ciel vénusien avec des dirigeables ? Tout simplement parce qu’il présente de très nombreuses conditions comparables à celles de la Terre. A 50 km d’altitude, la pression atmosphérique et la gravité de Vénus sont sensiblement les mêmes qu’à la surface terrestre. En comparaison, Mars présente une atmosphère 100 fois moindre à sa surface et une gravité trois fois plus faible. La colonie planétaire pourrait donc flotter à cette haute altitude vénusienne de la même manière que d’immenses dirigeables pilotés sur Terre, à quelques nuances près : l’atmosphère de Vénus est saturée en dioxyde de carbone et les dirigeables de la NASA devront essuyer des averses de gouttelettes d’acide sulfurique et d’acide chlorhydrique. De plus, la température moyenne à ces altitudes est de 75°c. Les stations aériennes devront donc être totalement hermétiques, thermoisolées et résistantes à la corrosion. Enfin, si les stations aériennes pourront s’équiper de panneaux solaires à cette altitude, le faible champ magnétique de Vénus risque de constituer une protection insuffisante face aux vents solaires. A moins que l’ionosphère vénusienne assure à ces altitudes une seconde protection suffisante, soit encore un point négatif à résoudre.

L’hypothétique programme HAVOC se déroulerait en cinq étapes majeures. Première phase, une exploration robotisée collectera le plus grand nombre de données sur la géophysique de l’atmosphère vénusienne et testera le plan de vol proposé pour placer des ballons-sondes à 50 km d’altitude. Seconde phase, une mission habitée devra réaliser 30 jours d’orbite autour de Vénus. Non seulement il s’agirait d’un exploit en terme d’exploration spatiale, mais Vénus étant plus proche de la Terre que Mars, la mission ne durerait que 440 jours en optimisant les trajets entre les orbites terrestres et vénusiennes. Jusque là, le projet HAVOC nous est technologiquement accessible d’ici la prochaine décennie ; avec la troisième phase commencent les choses sérieuses. Grâce aux données collectées par l’exploration robotisée, un premier modèle de station aérienne habitable devra être placé à l’altitude requise dans l’atmosphère vénusienne. L’engin, que les concepteurs du projet estiment d’une taille de 130 mètres de long, comprendra un module habitable de 21 mètres-cube. Lors des missions habitées, la future station aérienne serait expédiée à part, les astronautes s’embarquant parallèlement à bord d’un vaisseau de type Deep Space Habitat pour rallier Vénus. Ils n’embarqueront dans le module de descente qu’une fois atteint le « rendez-vous » en orbite au-dessus de Vénus. Commencera alors la phase la plus délicate du plan de vol : une rentrée dans l’atmosphère depuis l’altitude de 200 km qui devra comporter en un quart d’heure le déploiement du parachute, le freinage à très haute altitude grâce au jet-stream et l’inflation du ballon géant. Le module devra pendant ce temps réduire sa vitesse de 72 km/s lors de son entrée dans l’atmosphère à 100 m/s lors du déploiement du ballon vers 70-80 km d’altitude, pour finalement se positionner à l’altitude requise avec une vitesse finale de 10-41 m/s. Si le moindre incident empêche le déploiement du parachute ou du ballon, c’est un crash mortel assuré à la surface de Vénus. Les astronautes effectueraient une mission de 30 jours dans l’atmosphère, avant de repartir à l’aide d’une petite capsule couplée à une fusée les réexpédiant à 200 km d’altitude. De retour dans le Deep Space Habitat, ils pourraient enfin entamer le voyage de retour. Dernière étape, une capsule Orion assurerait depuis l’orbite terrestre leur rentrée dans l’atmosphère et achèverait ainsi leur triomphal voyage spatial.

Crédits : NASA Langley Research Center

Crédits : NASA Langley Research Center

Imaginons que malgré tous ces défis techniques ahurissants, la NASA soit en mesure de réussir cette troisième phase du programme HAVOC. Outre l’exploit humain dépassant les premiers pas sur la Lune, la voie serait ouverte vers les phases suivantes, encore plus délirantes. Quatrième phase, l’équipage resterait un an maximum dans l’atmosphère vénusienne. Les stations aériennes seraient donc agrandies et améliorées en conséquence. Cinquième phase, enfin, le programme aboutit à la construction de bases flottantes permanentes et nous colonisons définitivement Vénus de cette manière. Mais ne nous emballons pas trop vite. A 50 km d’altitude, les stations aériennes devront résister aux incessantes rafales de 100 m/s qui font le tour de la planète en 110 heures seulement. Voler sur les vents vénusiens nécessitera une parfaite maîtrise de la part des astronautes et une robustesse à toute épreuve des équipements de navigation. La NASA ne délivrera donc pas de licences de vol vénusienne avant plusieurs décennies ! Malgré ces énormes difficultés le programme HAVOC reste sur le papier très alléchant et relativement plausible. Imaginé à partir de technologies pour la plupart déjà disponibles, il règle la frustrante impossibilité de marcher un jour à la surface de Vénus en proposant une solution alternative tout aussi excitante. De plus, sa mise en place ne remet nullement en cause le rêve martien, bien au contraire : un vol habité orbital autour de Vénus reste beaucoup plus facile à réaliser qu’une mission similaire vers Mars, et pourrait même servir d’entraînement avant la conquête de la planète rouge. Enfin, imaginer des colonies flottant au-dessus des nuages vénusiens reste un magnifique rêve scientifique : en cette période de fin d’année à l’actualité particulièrement sombre, nous avons plus que jamais besoin de rêver en levant la tête vers le ciel.


Star Wars – Legacy – tome 3

SW_legacy3Plus de 130 années après la bataille de Yavin, l’Empereur Dark Krayt contrôle la quasi-totalité de la galaxie. Mais que savons-nous de lui ? Dans ce troisième tome riche en révélations, John Ostrander et Jan Duursema nous emmènent à la rencontre du nouveau Maître de l’Ordre Sith. Prétexte à ces révélations, Cade Skywalker en personne. Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? Notre anti-héros a juré de sauver le Jedi qu’il avait lui-même livré en tant que chasseur de primes. Et le voilà fonçant tête baissée dans le temple Sith de Coruscant. Un acte pour le moins stupide, qui révèle toute la mentalité de fonceur et de tête brûlée du jeune Cade. Toujours est-il qu’il se retrouve emprisonné par les Sith : l’Empereur Dark Krayt entend bien en faire un puissant allié, et par la même occasion le soigner de sa maladie de corail qui lui ronge peu à peu les chairs. Mais Cade se laissera-t-il aussi facilement soumettre ?

Troisième opus de l’excellente série Star Wars Legacy, ce volume ne contient qu’un seul récit « Les griffes du Dragon » . Et quel récit ! Au cours de ces haletantes planches, nous découvrons tout un pan de l’histoire cachée de la galaxie, celle de l’ascension du nouveau tyran. L’histoire remonte à la guerre des clones, alors qu’un maître Jedi échappe in extremis à l’ordre 66. Cette histoire, que Dark Krayt livre en partie à Cade, implique même Obi-Wan Kenobi dans un intéressant épisode de son exil sur Tatooine. Elle se poursuit bien après la mort de l’Empereur Palpatine et connaît son apogée avec la venue des Vong. Ce récit ne permet pas seulement d’approfondir un des personnages majeurs de la série, elle éclaire en grande partie les manigances Sith qui menèrent l’Alliance Galactique à son crépuscule. Bien entendu, il serait dommage d’en révéler plus sur ce passionnant récit, dont la lecture justifie à elle-seule l’achat de ce volume. Aussi concentrons-nous sur le second thème développé dans ces planches : l’apprentissage Sith de Cade Skywalker.

Pour ceux d’entre-vous ayant déjà suivi les chroniques des précédents tomes, vous vous souvenez probablement que l’héritier Skywalker rejette sa famille et les conflits de pouvoir au sein de la Force. Il cherche à tracer sa propre voie, papillonnant en permanence entre côté obscur et côté lumineux. Dans le précédent tome, le jeune Cade semblait vouloir achever sa formation de Jedi. Mais tout comme son ancêtre Luke Skywalker, son impétuosité irréfléchie pourrait bien le mener à basculer du côté obscur. Prisonnier dans le Temple Sith, il est contraint de suivre leur apprentissage. Une broutille pour le jeune homme, dont l’immense pouvoir à l’état brut ne demande qu’à être poli. Cependant, Cade est-il vraiment sincère dans son allégeance au côté obscur, ou joue-t-il encore double jeu ? Toute la question repose sur ses choix, et sa grande capacité à conserver son libre-arbitre. Cade joue souvent la carte de l’humour et du cynisme face aux grandes révélations dogmatiques que lui inculquent les Sith. Il fait de même avec l’enseignement Jedi, et semble au final se protéger ainsi des croyances étouffantes que les deux tenants de la Force veulent lui imposer. Cade n’a qu’une seule maxime : personne ne meurt pour lui. La galaxie peut bien brûler, il n’en a que faire, du moment qu’il ne serve pas d’étendard pour un des nombreux camps s’affrontant. Peut-être est-ce là une clé de sa liberté : le refus de s’élever au-dessus des individus. Mais jusqu’à quand un Skywalker peut-il prôner cette posture égoïste ?

 

Star Wars – Legacy tome 3 – Les griffes du Dragon. Scénario : John Ostrander & Jan Duursema. Dessins : Jan Duursema. Couleurs : Brad Anderson. Editions Delcourt (2008), 135 p.


Vikings – saison 1 (2013)

Série télévisée canado-irlandaise créée par Michael Hirst et produite par Keith Thompson et Steve Wakefield, Vikings est un drame historique basé sur la vie de Ragnar Lothbrok. Ce héros légendaire dont la doublure historique aurait vécu entre 750-850 après J.C. a fortement marqué les mythes vikings. Les historiens s’accordent depuis quelques décennies à reconnaître une part de vérité dans les légendes danoises autour de la figure emblématique de Ragnar : on relie ainsi le héros à plusieurs seigneurs de guerre à l’origine des premiers raids vikings sur les côtes saxonnes, celtiques et franques ainsi qu’au comte Reginherus de la cour du roi danois Hårek, qui participa siège de Paris en 845. Auréolé de gloire dans la Geste des Danois, Ragnar a également marqué les esprits en raison de la saga Ragnarssona þáttr qui attribue les raids en territoire saxon de la « Grande Armée » viking (865-878) à la présumée mort mythologique de Ragnar prisonnier dans la fosse aux serpents du roi Ælle de Northumbrie.

Aussi épique soit la légende danoise, Michael Hirst s’est pour sa part intéressé au personnage historique caché derrière la figure mythique. Choix pour le moins difficile, puisque Ragnar a certainement été forgé par les raids et exploits de plusieurs chefs de guerre vikings au cours des VIIIème et IXème siècles. Hirst fait ainsi de Ragnar un simple fermier, homme lige du jarl Haraldson qui entre en rébellion contre son suzerain en décidant de piller les riches terres chrétiennes de l’Ouest plutôt que les villages slaves et baltes. Revenant victorieux, il asservit un prêtre chrétien dont il espère qu’il lui révèlera d’autres contrées méridionales à piller. Son jarl se montre d’abord pragmatique face à l’insubordination couronnée de succès de son vassal, mais devient rapidement jaloux. Il tente d’assassiner Ragnar et sa famille, mais ce dernier s’échappe et le provoque en duel. Vainqueur, Ragnar devient le nouveau jarl. Il renouvelle ses raids vers l’Angleterre grâce aux drakkars construits par son vassal Floki. Sa réputation ne cesse de gonfler en Scandinavie : commence alors son ascension au sein de la société viking…

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Au cours de ces neufs épisodes constituant la première saison, le spectateur part donc à la rencontre de Ragnar, figure légendaire rapidement démystifiée par les scénaristes. Alors que l’ascension de Ragnar se poursuit, les graines de la dissension commencent déjà à germer. Son frère, Rollo, accumule les rancunes contre notre héros. Par provocation, il se convertira au christianisme (bien qu’il reniera son baptême le soir même) et s’alliera avec le jarl Borg. Son épouse Lagertha, apparaît rapidement comme écrasée par le nouveau pouvoir de son époux, un rôle qui ne peut que l’étouffer et annoncer une future séparation. Enfin, Ragnar est bien trop confiant dans son nouveau statut de jarl. Grisé par ses succès, il en oublie que les luttes de pouvoir sont désormais politiques. Naïf, il prête trop vite allégeance au roi Horik en croyant acquérir un allié supplémentaire. Il ne devine pas que le suzerain s’empresse de le plier à sa propre volonté. Héros tragique en devenir, Ragnar achève cette première saison dans une fausse apogée. Il ignore que son statut, son clan et sa famille sont en danger, et que le château de cartes qu’il a bâti sur sa réputation de grand navigateur pourrait s’écrouler à tout moment. Bien que nous puissions supposer que sa saga est encore loin d’être achevée, il est évident que Ragnar n’est en rien la figure légendaire des contes danois. Le personnage est clairement dépeint, tout au long de ces premiers épisodes, comme un homme ordinaire, avec ses ambitions et ses faiblesses.

Et parmi les points faibles de Ragnar figure le prêtre Athelstan, symbole d’un christianisme encore fragile en Occident et fortement raillé par Michael Hirst. La foi est un thème majeur de Vikings. Que ce soit à travers le prêtre Athelstan ou le guérisseur Floki, la série n’a de cesse de rappeler le poids de la religion. Mais là où le polythéisme des vikings est dépeint comme un culte cruel mais libertaire, prônant une certaine jouissance du corps en communion avec la nature, le culte plus « civilisé » du christianisme apparaît comme ridiculement dogmatique, étouffant au quotidien et véhiculant des messages de philanthropie que très peu respectés par les monarques chrétiens. Le paganisme viking est donc mis à l’honneur dans cette première saison, mais faut-il pour autant considérer la série comme une œuvre anti-chrétienne ? Probablement pas, si l’on en juge la figure du prêtre Athelstan. Homme cultivé, tolérant et réfléchi, il incarne une image plus positive du christianisme. Servant d’abord de guide pour le spectateur découvrant le monde viking, la caméra en fait également le narrateur privilégié du rassemblement païen d’Uppsala. Son regard mène à un basculement progressif du jugement porté par le spectateur sur les vikings. Ragnar atteint un climax au cours du rassemblement d’Uppsala : très clairement, son ascension commence à s’étioler suite aux choix et événements qui rythment ce festival religieux. Athelstan n’est alors plus simple témoin, mais aussi acteur. Il révèle un aspect plus sombre de la culture viking, brisant partiellement l’empathie du spectateur envers les vikings. Cependant, Michael Hirst ne fait pas pour autant du paganisme un rejet manichéen, propre à justifier la doctrine de l’Eglise encore en vigueur de nos jours. Nous ne sommes pas dans une dénonciation d’un quelconque « satanisme » mais plutôt dans un questionnement profond : le panthéon viking peut demander l’ultime sacrifice consenti à chaque croyant, là où le christianisme est censé n’apporter qu’amour. Or, si la brutalité de ce culte païen choque profondément Athelstan, il ne réhabilite pas pour autant le christianisme dans la série. L’Eglise demande au final bien plus à ses fidèles, mais ses exigences sont déguisées sous un vernis de belles paraboles. Le polythéisme est peut-être nettement plus brutal, mais bien plus honnête, puisqu’il n’exige qu’un rapport direct et volontaire de ses fidèles envers les dieux, n’obligeant en rien le fidèle à rendre un culte aveugle auprès d’un clergé autoritaire muselant en retour la société.

Cette différence d’approche du religieux concernant la société ne fait pas des vikings un peuple laïc mais lui assure une plus grande respiration au quotidien. Première conséquence, les femmes ont des rôles plus enviables que dans les royaumes chrétiens. Elles peuvent prendre les armes aux côtés des hommes, n’hésitent pas à se mêler de politique et peuvent même devenir jarls. Série d’apparence féministe, Vikings ne gagne cependant ce qualificatif qu’avec de nombreuses réserves. Les femmes ont beau avoir beaucoup plus de pouvoir que leurs consœurs chrétiennes, elles n’en restent pas moins victimes d’une société très nettement patriarcale. Les mariages arrangés sont monnaie courante, l’époux a énormément de droits sur son épouse, et le viol comme le meurtre d’une femme sont des crimes parfois laissés impunis. Dans cette société encore bien loin de mériter le qualificatif d’égalitaire, les femmes doivent se battre autant pour faire respecter leurs droits que pour les agrandir. Le personnage de Lagertha rappelle en permanence ce combat. Une fois son mari devenu jarl, elle prend à cœur de rendre la justice en faveur des femmes et place sous sa protection la femme et la fille du jarl vaincu. Si elle est appelée à un destin encore plus grand au cours des saisons futures, Lagertha n’en reste pas moins dans cette première saison un personnage fort, incarnant aussi bien la société féminine viking qu’une icône féministe moderne. Mais ne nous y trompons pas, derrière ce personnage ne se cache aucune tentative de détournement militant de la série, nous sommes juste en présence d’un tableau bien plus juste de la femme viking, délivrée des clichés machistes propres aux vikings hollywoodiens.

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Si la série ne manque pas de qualités, il faut cependant reconnaître que son aspect historique souffre de quelques menus défauts. De l’avis même de Michael Hirst, ces libertés historiques se justifient tout d’abord par les besoins scénaristiques : pour captiver le plus grand nombre de spectateurs, il faut hélas quelque peu tricher avec la réalité. Ragnar n’aurait pas eu besoin de découvrir l’Angleterre ou la France, ces royaumes étaient déjà connus des Vikings même avant leurs premiers raids. Les jarls n’étaient pas non plus des figures autoritaristes, mais leur pouvoir s’appuyait sur un système relativement démocratique au sein du clan. Les exécutions capitales de criminels sont aussi bien trop courantes dans la série, la société viking leur préférant historiquement le bannissement. A l’inverse, les techniques de navigation sont relativement bien décrites, toujours avec cette volonté d’y intéresser le plus grand nombre, et les auteurs savent s’affranchir des textes anciens rédigés par les moines du Haut Moyen-Âge, bien plus prompts à dépeindre des démons de légende que la peuplade civilisée et commerçante qu’étaient ces guerriers en temps de paix. Au final, Vikings se présente comme une série dramatique historique plutôt convaincante, parvenant à conserver ce fragile équilibre entre fiction grand public et récit historique. Un jeu d’équilibriste que Michael Hirst maîtrise de toute évidence, et dont il expose les limites en toute modestie. Très belle découverte pour ma part, espérons que la seconde saison tienne autant le rythme.