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Le mythe de l’Atlantide : entre preuves géologiques et rêveries romantiques

De toutes les hypothèses pseudo-archéologiques, le mythe de l’Atlantide demeure certainement le plus populaire. Transmis à l’origine par les Egyptiens puis totalement réécrit dans le Timée et le Critias par Platon pour forger son propre conte philosophique, le mythe connaît depuis le XIXème siècle un vif regain d’intérêt. Parmi les très nombreuses hypothèses plus ou moins saugrenues gravitant autour des textes de Platon, existe-t-il tout de même un fondement archéologique crédible ou les atlantologues sont-ils tous des pseudo-scientifiques ? Le débat est relancé aujourd’hui sur le site Slate, qui publie un récit-interview du Pr. Stavros Papamarinopoulos, géophysicien à l’Université de Patras (Grèce) et fervent partisan de l’Atlantide. Ce chercheur n’en démord pas : le mythe de Platon s’appuie sur des éléments archéologiques vérifiés, aussi argumente-t-il que le récit d’une guerre entre l’Atlantide et Athènes suivie de la destruction cataclysmique des Atlantes doit-il être pris avec beaucoup plus de sérieux que le mépris actuel du monde académique. Dans son récent ouvrage « Meet Me in Atlantis: My Obsessive Quest to Find the Sunken City », le journaliste américain Mark Adams a souhaité donner la parole à ce scientifique grec controversé. Si l’article de Slate ne permet pas de juger l’ouvrage d’Adams, il donne l’occasion d’aborder avec scepticisme les arguments du célèbre atlantologue Papamarinopoulos.

atlantis

Le premier argument de notre géophysicien grec repose sur la véracité entre les descriptions historiques de Platon et les fouilles archéologiques de l’Athènes mycénienne. Mais que savons-nous exactement des premiers siècles de cette importante cité antique ? Selon les connaissances archéologiques actuelles, le site d’Athènes est habité depuis au moins le néolithique et aurait connu dès le premiers temps l’édification d’un rudimentaire fortin. Après les invasions ioniennes, l’Attique se couvre de cités. Athènes est alors baptisée Cécropia (vers -1400 ans). Elle devient un important centre de la civilisation mycénienne avant que l’invasion dorienne (vers -1200 ans) mette un terme à cette époque. Cependant, Cécropia échappe aux pillages et n’est pas abandonnée. Elle régresse alors, se rétractant pour redevenir une petite place fortifiée. Mais sa situation géographique avantageuse lui permet de redevenir une importante cité grecque lors de sa refondation (vers -750 ans). D’abord cité-état gouvernée par les rois d’Athènes, sa démocratie se bâtit progressivement au cours des siècles suivants. Toujours est-il que Stavros Papamarinopoulos s’appuie sur des sources historiques sérieuses lorsqu’il compare le Critias et les preuves archéologiques contemporaines. Il veut pour preuve de la précision de Platon le constat que lors de fouilles menées à l’Acropole dans les années 30, la découverte d’habitations de l’époque mycénienne se révéla comparable aux descriptions du philosophe antique.

Le problème se pose lorsque Stavros Papamarinopoulos s’appuie sur la véracité des propos de Platon concernant l’Athènes mycénienne (Crécropia) afin de valider en grandes parties le récit de l’Atlantide contenu dans le Critias. Le géophysicien grec va encore plus loin dans la provocation, puisque selon lui, ignorer cette très grande compatibilité entre Platon et l’archéologie est un regrettable oubli bien trop courant dans le monde académique. Résumer le mythe de l’Atlantide à une île gigantesque située au milieu de l’océan atlantiques serait donc selon Papamarinopoulos une erreur d’interprétation de Platon dans le texte. Et le géophysicien d’accuser les sceptiques de l’Atlantide de « paresse intellectuelle » ! Pour notre partisan du mythe de l’Atlantide, il faut revenir au texte ancien de Platon. Le philosophe utilise le mot grec ancien « nesos » pour désigner le territoire mythique, presque toujours traduit par « île ». Or le terme peut aussi désigner une côte, un promontoire, une péninsule, voire même une île lacustre. Dans ces conditions, les Atlantes seraient peut-être les fameux envahisseurs venus de l’ouest de la Méditerranée, ces « peuples de la mer » que le pharaon Ramsès III vainquit aux alentours du XIIème siècle avant J.C. Le Pr. Papamarinopoulos considère donc que l’Atlantide serait située quelque part le long de la péninsule ibérique, et que les montagnes atlantes décrites par Platon correspondraient à la Sierra Nevada et la Sierra Morena. Leur localisation plus ou moins située « face aux Colonnes d’Hercule » resterait encore compatible avec les textes antiques.

Platon - détail de l'École d'Athènes par Raphaël.

Platon – détail de l’École d’Athènes par Raphaël.

Mais que s’est-il donc passé après la guerre entre l’ancienne Athènes et les Atlantes ? Un immense séisme, pardi ! Platon n’écrivit jamais de suite au Critias, et nous devons don nous contenter des maigres détails qui nous sont parvenus afin de retracer cette guerre puis la destruction de Atlantide et de son peuple décadent. Tout juste comprenons-nous que l’Athènes fantasmée par Platon comme un modèle politique d’excellence sut triompher de l’Atlantide décadente et gouvernée par des rois corrompus. La destruction finale de l’île-état par un immense raz-de-marée étant même attribuée à la colère de Zeus, faisant du Maître de l’Olympe lui-même un militant de la démocratie athénienne ! De toute évidence, le Timée et le Critias recyclent un ou plusieurs mythes antiques afin de forger de toutes pièces un conte politique et philosophique dont la véracité doit être considérée avec énormément de prudence. La naissance même de l’Atlantide, terre d’accueil des enfants nés de l’union entre Poséidon et des mortelles, sa richesse exceptionnelle et son architecture bien trop fastueuse, et la mise en scène d’une puissante cité d’Athènes se dressant seule face à la menace atlante tient difficilement la route dans un contexte historique plus sérieux. Deux époques sont proposées par les partisans de l’Atlantide : 9000 ans avant J.C. et 1200 ans avant J.C. Dans le premier cas, Athènes se résumait probablement à un petit groupement de maisons entourées d’une palissade. Dans le second cas, Cécropia (l’Athènes mycénienne) n’aurait certainement pas combattue seule les Atlantes, et alors Platon affabule délibérément en transformant l’ancienne Cécropia en une cité-état d’Athènes idéalisée.

Reste le scénario de la destruction de l’Atlantide, peut-être hypothèse la plus intéressante du Pr. Papamarinopoulos. En effet, le géophysicien rebondit sur les fouilles de 1930 et la découverte d’un point d’eau tari par des éboulements sismiques pour avancer qu’un séisme majeur dans le bassin méditerranéen ébranla Cécropia tout en submergeant l’Atlantide lors d’un tsunami. Il suffirait d’imaginer un événement encore plus spectaculaire que le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 pour boucler l’hypothèse. Un scénario séduisant à priori. Mais l’hypothèse du lointain souvenir d’une catastrophe géologique majeure située 9000 ans avant Platon s’avère peut-être encore plus « crédible ». Jacques Collina-Girard, maître de conférences à l’Université Aix-Marseille, s’appuie lui aussi sur les récits de Platon tout en retenant que l’auteur antique ne cherchait qu’à concevoir un mythe philosophique de la cité-état idéale. Une base de travail loin du délit de fainéantise intellectuelle que ne cesse de brandir Stavros Papamarinopoulos à l’adresse de ses adversaires. Pour Collina-Girard, Platon s’inspire de très vieilles légendes, elles-mêmes transmises (en partie ?) par les voisins Egyptiens. Or, voici quelques millénaires, le monde méditerranéen a été profondément affecté par la remontée du niveau de la mer. Un événement climatique majeur, qui s’exerça à très grande vitesse : durant l’apogée du phénomène, le niveau des mers grimpa de 4 à 16 mètres par siècle ! L’humanité se retrouva brutalement en proie à une modification de son habitat : révolue, l’époque des chasseurs-cueilleurs paléolithiques. Les grands troupeaux se raréfient, les terrains de chasse côtiers sont inondés, et alors que la poussée démographique ne cesse de s’accroître, l’humanité est obligée d’adopter un mode de vie agraire. Dans la mesure où l’humanité vivait en très forte interaction avec la nature, et que ces changements ont pu se manifester en quelques générations seulement, la montée du niveau de la mer a pu provoquer un immense « traumatisme » que les embryons de sociétés néolithiques se sont empressées de raconter et transmettre. Les récits de submersions accompagnent presque toutes les mythologies antiques, jusqu’au tardif Déluge biblique probablement inspiré par un brutal épisode d’inondation des côtes de la mer noire. Le mythe de l’Atlantide serait donc inspiré de ces très anciennes légendes encore rapportées à l’époque de Platon.

Paléopaysage du détroit de Gibraltar (crédits : Jacques Collina-Girard).

Paléopaysage du détroit de Gibraltar (crédits : Jacques Collina-Girard).

Dans ce récit-interview extrait du livre de Mark Adams, Stavros Papamarinopoulos bute irrémédiablement sur les fameuses Colonnes d’Hercule (Gibraltar) et le récit de Platon situant son Atlantide au-delà de ce détroit. Il en vient à revenir sur le terme de « panpelagos » qu’il traduit comme « mer infinie » et va jusqu’à sous-entendre que les terres atlantes situées au-delà des Colonnes seraient donc… situées en Amérique ! C’est là tout le piège du raisonnement de Papamarinopoulos, qui s’engage là vers de douteuses hypothèses pseudo-archéologiques. Les quelques éléments historiques relatifs à Cécropia que Platon introduisit dans ses récits de l’Atlantide pour forger son utopique Athènes ne sont pas des arguments assez solides afin d’accorder autant de crédit à la légende de l’Atlantide ! Jacques Collina-Girard constante, quant à lui, que le détroit de Gibraltar présentait au Paléolithique plusieurs grandes îles, dont celle de Spartel qui mesura jusqu’à 14 km de long. Un excellent site historique pour l’installation d’une peuplade néolithique, et qui fut contrainte à l’exil lorsque l’île fut définitivement submergée près de 9000 ans avant Platon… En définitive, les îles du détroit de Gibraltar formaient un paléopaysage certainement propice à l’installation de villages humains. Le flux de réfugiés climatiques jusqu’en Egypte apporta le récit de terres submergées; l’événement devenu une légende populaire fut transcrite par les premiers scribes égyptiens voici 5000 ans, garantissant par la même occasion la transmission du souvenir d’un événement néolithique qui se serait autrement perdu au fil des millénaires. Mais une transmission à l’origine orale aurait-elle pu supporter les quelque quatre millénaires de délais avant la transmission écrite ? Probablement oui : les derniers chasseurs-cueilleurs de Nouvelle-Guinée conservent ainsi le souvenir très fidèle d’éruptions volcaniques datant de 600 ans. La remontée du niveau de la mer, épisode encore plus traumatique, aurait donc certainement perduré encore plus longtemps.

Le mythe de l’Atlantide ne mènera certainement aucun aventurier sur la piste sous-marine de ruines antiques gigantesques. Cependant, ce mythe est probablement l’héritier d’un des plus anciens récits de l’humanité : celui de la submersion des côtes lors de la remontée brutale du niveau des océans à la fin de la dernière glaciation. Ce précieux témoignage vieux de plus de dix millénaires fait partie du patrimoine de l’Humanité, et c’est sous ce regard sceptique qu’il devrait être transmis de nos jours. Nul besoin d’embellir le mythe à la manière d’un récit de fantasy historique ! Même si, de toute évidence, Platon aurait certainement apprécié lire un tel roman.


Star Wars – tome 4 – la fin du chemin

SW_bw4Quatrième tome et dernier tome des aventures du scénariste Brian Wood dans l’univers Star Wars, cette fin du chemin clôture également toute une époque dans l’univers des comics. Celle des aventures de nos chers héros dans une galaxie lointaine, très lointaine que l’éditeur Dark Horse et sa version française assurée par Delcourt nous narraient régulièrement depuis tant d’années. Le retrait de la licence Star Wars au profit de Marvel sonne en effet le glas de l’épopée Dark Horse. Dégât collatéral de ce remaniement, la contribution récente de Brian Wood s’achève tout aussi brutalement… Si désormais l’éditeur Delcourt proposera des rééditions de ces fabuleuses bandes dessinées issues du catalogue Dark Horse, il ne le fera qu’avec la mention obligatoire de « Légendes » synonyme de « non-canon » et affublée de l’affreux bandeau doré apposé en couverture. Une époque s’achève, et un nouvel Univers Étendu s’apprête à remplacer l’ancien …

Bon gré mal gré, Brian Wood se retrouve donc dans l’obligation d’achever son incursion dans l’univers Star Wars. A travers son scénario glissé entre les épisodes IV et V de la saga, Wood s’intéresse au sort de l’Alliance Rebelle après la bataille de Yavin. Cherchant désespérément une nouvelle base planétaire, la flotte rebelle se cache dans l’espace interstellaire. Mais l’armada impériale ne lui laisse guère de répit, et malgré les modestes succès enregistrés par la rébellion, l’étau ne cesse de se resserrer autour de sa flotte errante. Cependant, ces récents revers ont particulièrement terni la réputation de Dark Vador, dont l’autorité au sein de l’état-major impérial se lézarde de jour en jour. Il est temps pour le seigneur Sith de frapper un grand coup s’il veut conserver son statut de bras droit de l’Empereur. Dans le premier récit, intitulé « La Fin du Chemin » (SW #13-14), Brian Wood nous plonge dans la folle mission de rédemption et de vengeance du seigneur Vador. Mais plutôt que de se focaliser sa narration sur le guerrier noir, Wood opte pour un récit en grande partie rapporté à la première personne par l’aide de camp au service de Vador durant ces cinq jours de mission officieuse. Grâce à l’enseigne Nanda, nous parvenons à mieux saisir la terreur qu’inspire Dark Vador à ses subalternes, mais également toute la violence de l’organe militaire impérial dans lequel chaque soldat n’hésite pas à sauter à la gorge de ses frères d’armes comme de ses supérieurs lorsque la moindre faiblesse d’autorité se présente. Au long de ces cinq jours de pure brutalité, Dark Vador débriefe avec toute la violence qui le caractérise les événements des tomes passés tels que la trahison du colonel Bircher, la désertion de Birra Seah ou encore la capture de Rogaren. Les nerfs de l’enseigne Nanda sont soumis à rude épreuve, et la marque noire du seigneur Vador restera longtemps gravée dans son subconscient …

« Là où les droïdes s’en vont mourir » (SW #19-20) conclue définitivement l’aventure de Brian Wood dans l’univers Star Wars. Plutôt que d’achever son récit en un mélancolique point final, le scénariste nous propose un récit de transition, dans lequel une agent rebelle infiltrée depuis quatre années doit être récupérée de toute urgence. La princesse Leia reconnaît la signature de Seren Song, une amie d’enfance qu’elle décide d’extraire immédiatement sans en référer à Mon Mothma. Plus qu’une amie en détresse, Leia se précipite pour sauver un souvenir vivant de son défunt monde natal d’Alderaan. Le jeu en vaut la chandelle, puisque l’agent Song ramène des informations vitales que l’Alliance Rebelle pourra exploiter afin de préparer l’installation d’une future base planétaire. Mais un impitoyable chasseur de primes poursuit l’agent Song : le droïde assassin IG-88 à bord du redoutable vaisseau IG-2000. Les lecteurs familiers des aventures de Boba Fett connaissent probablement ce vicieux droïde qui tenta d’éliminer son rival mandolarien pour toucher la prime de capture du contrebandier Han Solo. Brian Wood rajoute un épisode à la traque de Solo en imaginant une première confrontation entre le Faucon Millénium et un exemplaire de l’IG-2000. Les amateurs du jeu Star Wars : X-Wing adoreront rejouer cet affrontement avec les figurines respectives de ces superbes vaisseaux ! Quant à cet ultime récit, son dénouement ne se limite pas à dresser un lien vers l’épisode V. il souligne également tout l’enthousiasme contrarié de Brian Wood, obligé par la force des choses à abandonner une série qu’il maîtrise autant qu’il affectionne.

Hélas, il faut mettre un point final à cet album et faire ses adieux à l’ancien Univers Étendu. Chose qui, soit dit en passant, me sera impossible si le nouveau « canon » s’avère décevant. Mais ne condamnons pas l’accusé avant son procès. Toujours est-il que cet album s’achève avec une sympathique histoire bonus, scénarisé cette fois-ci par Zack Whedon. « L’art de faire des affaires » n’est pas un récit ordinaire, puisqu’il fut réalisé pour le Star Wars Day 2012 et distribué gratuitement la même année sous le titre « Star Wars: The Art of the Bad Deal » durant le Free Comic Book Day. Nous y retrouvons Han Solo et Chewbacca lors d’une courte aventure de contrebandiers, quelques temps avant l’épisode IV. Pas forcément très instructif en terme d’épopée des deux compères, mais le dessin des personnages très proche des traits du jeune et fringant Harrison Ford nous embarque dans un nostalgique voyage vers nos propres souvenirs d’enfance. Le genre de récit qui ravive ma joie de gamin émerveillé devant le téléviseur et mes vieilles VHS de Star Wars !

Cet ultime tome précipite donc la fin d’une aventure particulièrement intéressante, et bien que le transfert de licence force Brian Wood à nous pondre un dénouement précoce, force est de reconnaître que ce dernier aura fait du bon boulot chez Dark Horse. La frustration du scénariste sur son blog est bien compréhensible, d’autant plus que Marvel a récemment révélé son propre projet d’histoire calée entre les épisodes IV-V et reprenant à son compte les principales idées de Wood. Un sacré coup de Hutt. Hélas, avec le remaniement brutal de l’Univers Étendu par LucasFilm, il fallait s’y attendre.

 

Star Wars – tome 4 – la fin du chemin. Scénario : Brian Wood & Zack Whedon. Dessins : Facundo Percio, Carlos D’Anda & Davide Fabbri. Couleurs : Gabe Eltaeb & Ronda Pattison. Éditions Delcourt (2015), 160 p.


Parlons un peu de metal #19

Continuons notre route vers le Hellfest 2015. Après avoir dignement ouvert la voie avec Arkona et Alestorm, voici venu le tour de Arch Enemy, un de mes groupes préférés qui se présentera sur la scène clissonaise. Groupe suédois de death mélodique, Arch Enemy est surtout connu à travers les excellentes performances musicales de leurs chanteuses Angela Gossow puis Alissa White-Gluz. Des compositions agressives, un mélange réussi de metal mélodique et de voix décapantes, Arch Enemy s’est forgé une solide réputation auprès des amateurs de death. Egalement connu pour ses prises de position d’extrême gauche, le groupe ne cache pas son militantisme, même si ses engagements portés par leur icône Angela Gossow (chanteuse, 2001-2014), végétarienne anarchiste et athée. Le clip vidéo de « Cruelty Without Beauty » (2012) dénonce ainsi la cruauté de l’expérimentation animale menée par la recherche scientifique. Arch Enemy donne le ton, les suédois sont engagés, et ne veulent pas entendre parler de logique de show-business bon chic bon genre !

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Créé en 1995 par le guitariste Michael Amott peu de temps après son départ de Carcass (notez qu’il a cependant renoué avec ce groupe entre 2007 et 2012, de même qu’il participe parallèlement à d’autres groupes et projets musicaux), Arch Enemy se voulait initialement selon son créateur « un essai pour joindre une mélodie avec l’agressivité et la technicité  » . Le premier album, Black Earth (1996) connaît un bon succès, notamment grâce à la diffusion sur MTV du single « Bury Me An Angel ». Le groupe dépasse alors le cadre limité du projet technique, change de label pour l’actuel Century Media et entame avec son troisième album Burning Bridges (1999) un virage plus mélodique. Les performances du chanteur Johan Liiva ne convainquent pourtant pas totalement Michael Amott, qui le remercie en 2001. Il est vite remplacé par Angela Gossow, alors journaliste web et chanteuse de death metal depuis une dizaine d’années.

A partir de ce changement au chant, Arch Enemy adopte une image très proche de sa situation actuelle. En 2001 sort l’album Wages of Sin, premier enregistré avec Angela Gossow, puis Anthems Of Rebellion (2003) et Doomsday Machine (2005). Le groupe enchaîne les tournées, partage l’affiche avec de grandes figures lors de festivals metal, enregistre Rise of the Tyrant (2007) et enfin The Root of All Evil (2009). En 2011, l’album Khaos Over s’accompagne d’un soutien actif envers l’ONG Amnesty International. Angela Gossow se veut d’ailleurs très revendicative en interview :  « Nous espérons qu’un jour tout le monde aura la permission de dire librement ce qu’il pense. Aucun gouvernement n’a le droit de punir et tuer ceux qui ne se conforment pas et ceux qui oppressent les masses doivent affronter la Justice. Ce sera une longue et dure bataille mais c’est un objectif qui vaut le coup de la livrer. La scène metal est non-conformiste, alternative et révolutionnaire – Nous savons comment pratiquer ce que d’autres prêchent. Donc sortons dehors et soutenons la cause !  » .

War Eternal (2014) marque le retrait d’Angela Gossow et le recrutement d’Alissa White-Gluz, ancienne chanteuse de The Agonist. Angela reste cependant très active dans le groupe, puisque son abandon de la scène lui permet de prendre en charge le management d’Arch Enemy. C’est donc un groupe renforcé par cette nouvelle voix et ce changement de rôles qui aborde en 2015 la scène du Hellfest. Nos suédois célèbreront comme il se doit la dernière nuit du festival en jouant sur la scène du Altar, le dimanche 21 juin de 23:45 à 00:45. Un rendez-vous qu’ile me serait difficile de rater !

 


Star Wars – Le Côté Obscur – Mara Jade

mara_jadeDe tous les personnages énigmatiques de l’Univers Étendu, Mara Jade est certainement l’une des plus populaires auprès des fans. Redoutable guerrière, elle est recueillie dès son enfance par l’Empereur Palpatine qui la repère grâce à sa sensibilité à la Force. Il l’entraîne dans le plus grand secret pendant des années, la menant à un équilibre presque parfait entre côté obscur et côté lumineux. Palpatine ne voulait pas d’un autre apprenti Sith, rôle tenu par Dark Vador, mais désirait former un puissant agent secret, aussi habile avec les armes technologiques que dans le maniement de la Force. Lors d’une dernière épreuve dans le palais du Moff Tarkin, Mara Jade reçut l’approbation finale de l’Empereur en personne, qui la nomma Main de l’Empereur. En vérité, il existait plusieurs Mains de l’Empereur, mais Palpatine dans son machiavélisme habituel faisait croire à chacune d’entre-elles qu’elles étaient uniques. Mara Jade fut certainement la plus efficace et favorite de l’Empereur, puisqu’il n’hésita pas à la présenter comme rivale de Dark Vador. Destinée à traquer et tuer les derniers Jedi, elle rentre ainsi en compétition avec Vador. Un épisode ainsi rapporté dans la même série de comics « Le côté obscur » nous rapporte comment Mara Jade, après avoir traqué la Femme Sombre sur Cophrigin V, se voit refuser l’honneur de l’achever au profit de Vador.

Son rôle durant la première trilogie de George Lucas reste très discret, le personnage n’apparaissant pas à l’écran. Après l’échec de Vador dans la Cité des Nuages, Palpatine ordonna à Mara Jade d’abattre le jeune Skywalker. Elle infiltra le palais de Jabba le Hutt sous le pseudonyme de Arica, persuadée que Luke ne tarderait pas à tenter un sauvetage de son ami Han Solo. Hélas, découverte par une des contre-agents du Hutt, elle rata deux occasions d’exercer la volonté de l’Empereur. Après son échec, Palpatine lui confia une seconde mission, bien différente des événements du Retour du Jedi. Chargée d’éliminer Dequc, nouveau seigneur du crime du Soleil Noir après l’exécution du Prince Xizor par Dark Vador, elle se rend sur Svivren pour accomplir l’ordre de l’Empereur. Mais de retour sur Coruscant, elle réalise que le seigneur Dequc n’était qu’un sosie destiné à leurrer les agents impériaux. Alors qu’elle tente de forcer les services du renseignement impériaux afin de relancer la mission, un puissant message télépathique la terrasse : l’Empereur vient de mourir !

La situation se dégrade fortement pour Mara Jade après la chute de l’Empereur. Contrairement à ce que George Lucas a voulu représenter lors de ses retouches du montage initial, la mort de Palpatine ne sonne pas la fin de l’Empire, et l’événement est nullement célébré durant une immense fête interplanétaire (du moins, les rares fêtards sont rapidement exécutés par les stormtroopers). Une période d’insécurité agite les mondes impériaux, alors que les Moffs et officiers tentent de prendre le contrôle de fragments territoriaux. C’est d’ailleurs l’aboutissement de cette période d’incertitude après la bataille d’Endor que J.J. Abrams a choisi de revisiter avec le prochain épisode Star Wars : The Force Awakens. Prise malgré elle dans la guerre de pouvoir entre la directrice de l’Intelligence Impériale Ysanne Isard et le Grand Vizir Sate Pestage, un des premiers clones présumés de l’Empereur, Mara Jade parvient à s’échapper et entame alors une existence clandestine. Ne restant fidèle qu’à feu Palpatine, elle n’est pas moins hantée par les messages télépathiques que son fantôme semble lui adresser depuis les tréfonds obscurs de la Force. La colère de Palpatine est sans appel : « TU VAS TUER LUKE SKYWALKER ». Un objectif compliqué à atteindre et qui plus est impliquant une soumission totale de l’esprit de Mara Jade aux visions de l’Empereur déchu. La question reste posée : pourra-t-elle y résister ?

Malgré la pression psychologique que le fantôme de l’Empereur lui impose, elle reste concentrée sur son objectif : exécuter une bonne fois pour toutes le seigneur du crime Dequc. Sur Nezmi, elle atteint brillamment sa cible, sous les yeux dépités des autorités impériales impuissantes. Mara Jade repart alors en solitaire, et le lecteur attentif sait qu’elle réapparaîtra d’ici peu dans le Cycle de Thrawn. Pour le moment, cet opus de la collection « le côté obscur » nous offre le portrait d’une agent impériale et utilisatrice de la Force entièrement détachée des rivalités entre côté obscur et côté lumineux, capable ainsi d’entrevoir avec un peu plus de clarté les stratagèmes tortueux des organisations illégales ou non tributaires de la Force. Mais surtout, Mara Jade nous permet de découvrir les coulisses d’un Empire civilisé dont la paix sociale est menacée par la guerre civile et le sauvage opportunisme des organisations criminelles. Un curieux retournement de point de vue alors que l’image habituelle que nous avons de l’Empire correspond plutôt à un totalitarisme écrasant le bas peuple. Est-ce là une réponse à la « propagande rebelle » ou Mara Jade se fait-elle une représentation idéalisée de sa faction ? Encore un élément d’approfondissement du personnage soulignant son passionnant intérêt dans l’Univers Étendu.


Star Wars – tome 3 – princesse et rebelle

SW_bw3La situation semble s’améliorer pour la flotte rebelle : le système d’Arrochar est prêt à l’accueillir en échange d’un mariage entre l’héritier princier et la princesse Leia. Contre toute attente, l’intéressée accepte, choisissant de perdre son indépendance au profit de la survie de la Rébellion. Un noble sacrifice, mais les choses ne sont pas aussi simples qu’elles n’y paraissent. Ce mariage politique n’arrange pas tout le monde sur Arrochar, et un mouvement de contestation manifeste son opposition à la construction de la nouvelle base planétaire rebelle. Pendant ce temps, une trahison s’organise, et les cartes ne s’abattront que lorsque brutalement une flotte impériale ralliera l’orbite de la planète Arrochar…

Quelles sont les réelles attentes de la princesse Leia ? Certainement pas de s’enfermer dans le rôle d’une dame de cour, prêtant de son temps aux bonnes causes et paradant dans les somptueuses toilettes de la maison régnante d’Arrochar. Les intrigues de nobles et protocoles de cour ne l’ont jamais passionnée, alors pourquoi vouloir s’enfermer dans cette prison dorée ? Peut-être, comme l’a très bien compris Wedge, parce que Leia cherche à combler un vide terrible : la perte d’Alderaan. Son choix ne serait donc pas de l’abnégation politique, ni un coup de foudre pour le jeune prince d’Arrochar, mais un besoin de compensation psychologique face à un deuil qu’elle ne parvient pas à achever.

Les tourments de Leia ne manquent pas d’affecter le jeune Luke Skywalker, qui se sent rejeté par l’annonce du futur mariage princier. Plus qu’une supérieure, ou qu’une icône de la Rébellion, Luke est conscient de perdre quelque chose de très cher à son cœur. Le lecteur ayant visionné la trilogie originelle de George Lucas sait au combien cet attachement entre le frère et la sœur peut s’apparenter selon les situations à une sorte d’inceste involontaire. Mais les deux enfants Skywalker ne croqueront jamais le fruit défendu, soyons-en rassurés. Le lien familial qui les unit, renforcé par la Force, s’est naturellement mis à vibrer lors de leur première rencontre sur l’Étoile Noire, ne faisant que favoriser leur rapprochement. La situation sur Arrochar rend Luke aussi turbulent qu’un adolescent en pleine crise voyant sa grande sœur chérie quitter définitivement le cocon familial. Présenté sous cette forme, le scénario pourrait sembler ennuyeux, mais l’inclusion judicieusement menée par Brian Wood est tout à fait convaincante. L’exploration psychologique des deux faux jumeaux est donc brillamment menée dans ce troisième tome.

Enfin, l’intrigue principale nous narre avec efficacité le fiasco d’Arrochar, un épisode tout droit sorti du scénario woodien et permettant de mieux comprendre l’évolution progressive de l’Alliance Rebelle, de la bataille de Yavin jusqu’à celle de Hoth. Pourquoi n’avoir pas choisi un monde moins hostile que cette fameuse boule de neige ? La conclusion de cet album nous donne plusieurs réponses. Autre point intéressant, le fiasco d’Arrochar a également permis le test grandeur nature des fameux canons à ions de défense sol-espace. Grâce à cette innovation technologique, la Rébellion parvient à échapper au piège impérial. Enfin, si Dark Vador s’est montré particulièrement en retrait durant cet épisode, le seigneur Sith ne manque pas de retenir les leçons de l’échec d’Arrochar. Désormais, il ne déléguera plus l’extermination des Rebelles, même temporairement, mais en fera sa seule priorité. Nous sommes en marche vers l’épisode V de la sage. Leia a enfin compris que son indépendance compte plus que combler artificiellement les blessures de son deuil, et Luke devra apprendre à mieux contrôler ses émotions s’il veut conserver son statut dans la Rébellion et continuer ses progrès en tant que manipulateur de la Force. La chose sera dans son cas plus difficile à accomplir …

 

Star Wars – tome 3 – princesse et rebelle. Scénario : Brian Wood. Dessins : Stéphane Créty. Couleurs : Julien Hugonnard-Bert. Éditions Delcourt (2014), 160 p.


Théorie de la Terre « Boule de neige » : entre coup de chaud et avis de grand froid

snowball_earthLa Terre primitive n’a pas toujours été ce monde surchauffé que nous illustrent les ouvrages de vulgarisation. A plusieurs reprises, un dérèglement brutal de son climat entraîna de brutales chutes des températures, transformant notre bonne vieille planète en une copie conforme du monde polaire de Hoth dans la saga Star Wars. Mais comment un tel phénomène fut rendu possible, et quelles preuves avons-nous de ces périodes cryogénaires ? Depuis une huitaine d’années, différentes études apportent un éclairage nouveau sur ces événements exceptionnels, nous permettant aussi bien de mieux comprendre la dynamique de notre planète que d’extrapoler ces résultats aux lunes glacées de notre système solaire.

D’après la Théorie de la Terre « Boule de neige » , la planète fut recouverte de glace à différentes époques : le premier de ces événements, ou glaciation huronienne, eut lieu au Paléoprotérozoïque (2,2 à 2,4 milliards d’années). Selon l’hypothèse communément retenue, l’activité bactérienne fut responsable de cette première crise. Alors que la photosynthèse entraînait une augmentation de la teneur en dioxygène de l’atmosphère terrestre primitive jusqu’au seuil de 1 %, le taux de méthane présent dans l’atmosphère a brusquement chuté, victime de cette grande oxydation. Les molécules d’eau et de dioxyde de carbone ainsi formées ne provoquant pas le même effet de serre (le dioxyde de carbone ayant un pouvoir de réchauffement global 25 fois moins important que le méthane), la température globale à la surface de la Terre primitive chuta progressivement, favorisant l’accroissement des banquises polaires. D’après les modèles climatiques proposés par les géophysiciens, le phénomène connut un emballement dès lors que les glaces descendirent sous les 50° de latitude. Leur effet albédo renvoyant alors suffisamment de rayons solaires pour amplifier significativement le refroidissement, et ainsi entraîner la glaciation globale.

La glaciation huronienne fut suivie au cours des âges géologiques par 3 ou 4 autres glaciations totales qui se seraient déroulées au Néoprotérozoïque (entre 730 à 590 millions d’années). Cette théorie de la Terre « boule de neige » , proposée pour la première fois en 1992 par le géobiologiste Joseph L. Kirschvink, s’appuie sur trois arguments majeurs :

 

  • Les couches de carbonates : d’épaisses séquences de carbonates caractérisent le néoprotérozoïque. Elles se seraient formées au cours des épisodes « boule de neige » entre 730 et 590 millions d’années.
  • Des dépôts glaciaires à basses latitudes : des sédiments glaciaires se sont accumulés sur de larges zones continentales alors situées au niveau de l’équateur.
  • La présence de dépôts d’argiles très riches en fer et de dépôts de manganèse : leur accumulation massive entre 3,5 et 1 milliard d’années résulterait d’une réoxygénation des océans, et donc du dégel brutal de la planète suite à l’épisode « boule de neige » du Paléoprotérozoïque.

 

snowball_earthL’hypothèse de la “Terre Boule de neige” ne fait pas l’unanimité auprès de la communauté scientifique. Certains lui préfèrent un modèle de Terre partiellement gelée, présentant des régions affranchies de toute glace. Ce modèle alternatif a été appuyé par la mise en évidence de cycles climatiques alternant des périodes chaudes et froides au cours du Cryogénien, voici 850-544 millions d’années. Analysant des roches sédimentaires glaciaires originaires de l’Oman, des géologues anglo-suisses ont pu clairement mettre en évidence l’alternance de ces cycles climatiques. Leurs résultats, publiés en 2007 dans la revue Geology, se basaient sur l’indice chimique d’altération de ces roches. Examinant la composition chimique et minérale de ces roches sédimentaires, l’équipe désirait initialement prouver l’absence de changements climatiques durant le Cryogénien, confirmant alors l’hypothèse d’une Terre « boule de neige ». La technique employée permet de renseigner rapidement sur les conditions climatiques de l’époque géologique : un fort indice d’altération trahit l’action chimique d’un climat chaud et humide, tandis qu’un faible indice est synonyme d’un climat froid et sec. Or les roches sédimentaires glaciaires présentent trois intervalles à faible indice d’altération chimique, en alternance avec des périodes à fort indice d’altération chimique. Au final, le Cryogénien n’apparaît donc pas comme une période entièrement gelée mais montre des preuves évidentes d’alternance entre des climats chauds et humides et des climats froids et secs. De plus, l’existence de périodes chaudes signifie qu’en dépit des sévères glaciations de cette période, la Terre ne fut probablement jamais entièrement gelée, et que des zones océaniques libres de toute glace perdurèrent.

Le scénario de la Terre « boule de neige » venait-il de fondre au soleil ? Pas si sûr ! Des chercheurs français publièrent également en 2007 dans la revue Comptes Rendus Geosciences un modèle climatique décrivant la première glaciation totale du Néoprotérozoïque, voilà 730 millions d’années. Leur étude, basée sur des données terrain existantes et complétée par des relevés au Brésil et en Afrique de l’Ouest, proposait un scénario de gel et de dégel de la planète. Pour Anne Nédélec, professeur de géologie à l’université Paul-Sabatier (Toulouse) et coordinatrice de l’étude, la fragmentation du super-continent Rodinia et l’augmentation des précipitations auraient initialement abaissé la température globale de 8°c. Le surfaces basaltiques (estimées à 7 millions de km²) érodées réagirent alors avec le dioxyde de carbone atmosphérique dissout dans les pluies, formant des dépôts de carbonates sédimentaires au fond des océans et contribuant à un refroidissement global des températures de – 50°c. L’activité volcanique aurait permis une sortie de crise : selon les modélisations du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (Gif-sur-Yvette, Essonne), les taux de dioxyde de carbone auraient alors représenté 10 à 20% des gaz atmosphériques, provoquant un effet de serre propice au dégel de la planète. Ces conditions, si particulières, expliqueraient pourquoi un tel scénario catastrophe ne s’est pas reproduit au cours des 570 derniers millions d’années.

Mais pour définitivement valider ces modèles paléo-climatiques, encore faudrait-il posséder des températures remontant à ces lointains événements de Terre « boule de neige ». Or ces données sont désormais disponibles, grâce à la récente contribution d’une équipe internationale de géologues et géochimistes. Traditionnellement, les « paléo-thermomètres » consistent à déduire la température à partir de la comparaison des teneurs en isotopes 16 et 18 d’oxygène contenus dans les carbonates marins ou les carottages de glace. Hélas, pour des événements aussi reculés que le Cryogénien, il n’existe pas d’échantillon adéquat. Grâce à une nouvelle technique reposant sur la mesure de l’isotope 17 de l’oxygène, les chercheurs ont pu mesurer ces « paléo-températures » à partir de prélèvements rocheux datés de 700 millions d’années (Chine) et de 2,4 milliards d’années (Russie). Ces roches ayant interagi avec des molécules d’eau, elles se sont naturellement imprégné de l’oxygène contenu dans H2O. Selon les résultats de cette étude parue dans les PNAS, les températures seraient inférieures à -40°c. Des conditions polaires pour des roches supposées localisées au niveau des tropiques lors de leur contamination chimique !

Selon Daniel Herwartz, chercheur à l’Université de Cologne et premier auteur de cette nouvelle étude, « Il est arrivé que nous ayons vraiment une Terre intégralement gelée. Si vous allez dans des régions tropicales et que vous y imaginez d’épais glaciers et des océans pris par la banquise, cela semble fou, mais il apparaît que c’est bien cela qui s’est passé  » . Mais comment la Terre a pu préserver la Vie lors de ces différents épisodes ? La question semble particulièrement épineuse et laisse toujours une porte ouverte aux modèles alternatifs d’une Terre « boule de neige fondue » où des oasis dégelés auraient localement servi de zones-refuges aux formes de vie primitives. Une hypothèse qui apporte également des arguments favorables à la présence éventuelle de vie dans les océans souterrains des lunes glacées du système solaire …

Paysage de banquise en Antarctique (crédits : non renseignés).

Paysage de banquise en Antarctique (crédits : non renseignés).

 

Pour en savoir plus :

 

Donnadieu Y., Goddéris Y., Ramstein G., Nédélec A., Meert J. (2004). A « snowball Earth » climate triggered by continental break-up through changes in runoff. Nature. 428: 303-306.

Herwatz D., Pack A., Krylov D., Xiao Y. (2015). Revealing the climate of snowball Earth from Δ17O systematics of hydrothermal rocks. PNAS. doi: 10.1073/pnas.1422887112

Kirschvink J. (2002). Quand tous les océans étaient gelés. La Recherche. 355: 88-89.

Nédélec A., Ramstein G., Laskar J. (2007). Gel et dégel de la Terre boule de neige néoprotérozoïque : du terrain aux modèles climatiques. Comptes Rendus Geosciences 339:3-4.

Rieu R., Allen P. A., Plötze M., Pettke T. (2007). Climatic cycles during a Neoproterozoic « snowball » glacial epoch. Geology. 35: 299-302.