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Ayerdhal présente : Genèses

ayerdhal-geneses« Vonarburg, Ligny, Dunyach, Bordage, Lehman, Werber, Trudel, Canal, Ayerdhal… En moyenne, ils ont moins de quarante ans et, à eux tous, déjà plus de vingt prix littéraires. Ils vivent sur trois continents. Autant de goûts, de passions et de violons d’Ingres différents. Mais ils ont un talent commun : ils écrivent en français une science-fiction qui n’a ni frontière ni complexe ».

Pardonnez-moi pour cette introduction directement tirée de la quatrième de couverture, mais il me semblait plus pertinent de débuter cette chronique en laissant l’ouvrage se présenter lui-même. Contrairement à ce que laisse supposer l’intitulé et la suite du texte de présentation, « Genèses » n’est pourtant pas à proprement parler une anthologie sur la création d’univers, mais plutôt un florilège d’auteurs français ou francophones du milieu des années 90. Déjà à l’époque, on nous parlait de déclin de la SF française dans un contexte de crise économique difficile. En pleine vague cyberpunk et dystopique, les textes évoquent – comme encore aujourd’hui – une vision particulièrement dépressive sur l’avenir de cette société capitaliste. Vingt ans plus tard, force est de reconnaître que ces prophéties ne se sont pas réalisées, mais que le malaise ambiant s’est largement pérennisé.

Au menu de ce Zeitgeist désormais vingtenaire, une sélection hétérogène de nouvelles francophones. Les goûts et les couleurs de chacun, si j’en crois les chroniques consultées avant de rédiger ce billet. Pour ma part, je retiendrai surtout « Le Jugement des oiseaux » de Jean-Claude Dunyach et « Une paix éternelle » de Pierre Bordage, efficaces nouvelles de space opéra collant de plus avec le thème de départ, la genèse. Le désormais classique « Chaque jour est un nouveau combat » de Bernard Werber, au twist fantastique correct mais peu original, prête à sourire tant le divorce entre l’auteur à succès et la communauté science-fictionnelle francophone est désormais largement consommé. Peu convaincu par « Le Début du cercle » d’ Elisabeth Vonarburg ou par « Lamente-toi, sagesse ! » de Jean-Louis Trudel. A noter également que les amateurs de Serge Lehman et Ayerdhal devraient trouver leur bonheur avec deux nouvelles de bon cru. Pour le reste, voilà une anthologie dépassée par les années écoulées, et qui ne présentera d’intérêt que pour les collectionneurs les plus acharnés de nouvelles de SF francophone.

 

Sommaire :

  • Préface d’Ayerdhal,
  • « Génèse », Francis Carsac.
  • « Le Début du cercle », Elisabeth Vonarburg.
  • « Labyrinthe de la nuit », Jean-Marc Ligny.
  • « Le Jugement des oiseaux », Jean-Claude Dunyach.
  • « Une paix éternelle », Pierre Bordage.
  • « Nulle part à Liverion », Serge Lehman.
  • « Chaque jour est un nouveau combat », Bernard Werber.
  • « Lamente-toi, sagesse ! », Jean-Louis Trudel.
  • « Les Heureux damnés », Richard Canal.
  • « Reprendre », Ayerdhal.

 


TIE Fighter – short film

Dessiné et animé par Paul ‘OtaKing77077′ Johnson pendant ses temps libres le week-end durant 4 ans, TIE Fighter est un excellent anime fan-made de 7 minutes mettant en scène la guerre des étoiles côté impériaux. La musique est signée Zakir Rahman à la guitare électrique et le traitement audio assuré par Joseph Leyva.

Les lecteurs fidèles auront peut-être remarqué qu’il s’agit de la version longue et complète du court extrait que Paul Johnson avait déjà laissé fuiter sur le web. Hommage au jeu TIE Fighter, à l’univers de George Lucas, ainsi qu’aux dessins animés des années 80 (une grosse influence Robotech), cet anime cartonne littéralement, puisqu’il a cumulé près d’un million de vues en seulement une journée. Si cette vidéo du dimanche ne vous donne pas envie de jouer à Star Wars X-Wing ou à Star Wars Armada, je mange mon sabre laser !

 

 

TIE_fighter


Inner City – Jean-Marc Ligny

inner_cityQuelques années après la démocratisation du réseau Internet, un nouveau monde technologique envahit notre quotidien. La révolution numérique n’en est encore qu’à ses premiers balbutiements, mais déjà la transformation est irréversible. L’ordinateur personnel s’invite dans les salons et s’apprête à bientôt concurrencer l’incontournable téléviseur cathodique. Nous sommes pourtant encore loin du haut débit, les modems sont d’encombrantes boîtes émettant une curieuse mélopée électronique en se connectant sur la ligne téléphonique, et les pages web se téléchargent lentement sur nos disques durs.

Pendant ce temps, prenant du recul face à l’émerveillement technologique du milieu des années 90, des auteurs de science-fiction s’apprêtent à rebooter le cyberpunk. Les projections de Gibson sont-elles en passe de se réaliser ? Le grand saut de l’an 2000 va-t-il se révéler aussi technophile que l’imaginent les romans de science-fiction, ou bien la réalité a-t-elle déjà rattrapé les auteurs des années 80 ? Il est temps d’effectuer un premier toilettage du genre. En France, Jean-Marc Ligny se jette à l’eau. Ce parisien « émigré » en Bretagne, qui s’inspire dans ses romans du choc des cultures et des peuples, n’en rate pas une miette. Les réalités virtuelles ne se limitent plus aux bornes d’arcades ou consoles de salon, les tout premiers jeux en ligne pointent le bout de leur nez. A nos portes, la mondialisation s’annonce, et l’ancien spectre du bloc communiste s’est effondré avec les gravas d’un vieux mur berlinois. L’heure est venue de rêver un autre lendemain cyberpunk.

Celui-là n’opposera plus occident et communistes, mais uniquement monde virtuel et monde réel. D’ici cinquante ans, la plupart des citoyens des pays développés se seront réfugiés dans la Haute Réalité, un vase réseau virtuel et royaume infini des Inners. Le regard perdu dans leurs Oculus Rifts futuristes, ils ont délaissé la Basse Réalité, bien trop fade et ennuyeuse à leur goût. Paris est ainsi devenu une ville fantôme, sillonnée par de rares robots domotiques et municipaux encore en état de marche. Kris est une jeune agent de la Mens Sana, le service spécialisé dans la récupération des Inners perdus dans la vaste réalité virtuelle de MAYA. Lors d’une mission de routine, elle perd son client virtuel. Une expédition en Basse Réalité jusqu’à son studio ne suffit pas à sauver l’addict, qui se meurt corps et âme. Il semblerait qu’une intelligence tueuse ait décidé de frapper au cœur du réseau virtuel géant. Mais qui la dirige, et quel est son but ?

De l’autre côté de la barrière, Hang est un hacker à la petite semaine. Ses trafics minables lui permettent de survivre dans Paris et de se payer des virées à Slum City, la vaste banlieue parisienne tiers-mondisée par un ancien gouvernement paranoïaque. Derrière cette identité quelconque se cache un réfugié politique russe, fuyant la dictature fasciste de sa patrie. Hang est également sur la piste de ce tueur virtuel, mais pour d’autres raisons. Selon lui, il s’agirait de l’avatar de son père, opposant politique devenu fou après des années d’enfermement. Les destins virtuels de Kris et Hang semblent opposés, en faisant de parfaits ennemis. Et pourtant, la crise complexe que traverse aussi bien MAYA que la Basse Réalité va redistribuer les cartes : les ennemis d’hier pourraient bien devenirs les alliés d’aujourd’hui.

Roman cyberpunk décapant, thriller d’anticipation nous plongeant dans une France agonisant doucement dans ses rêves virtuels, Inner City est le second volume d’une trilogie de cyberpunk « à la française » [1]. Composant autour de ses personnages une projection intelligente et cynique de la géopolitique et société des années 90, Jean-Marc Ligny pose une intrigue haletante, riche de rebondissements et parfaitement dosée en 315 pages. Un roman court mais efficace, qui se lit d’une seule traite, et qui vingt ans plus tard n’accuse que très peu son âge. Beaucoup d’éléments esquissés pour bâtir MAYA restent au final des anticipations encore crédibles, à l’heure des google glass et de la remise en cause de la neutralité du Net. Sans l’ombre d’un doute, Inner City mériterait une réédition.

 

Inner City, Jean-Marc Ligny (1996). Édition J’ai Lu SF, n°4159, 315 p.

[1] La trilogie complète se compose des romans Cyberkiller, Inner City et Slum City.


Journal de Bord #34

Je n’ai pas entamé de nouveaux défis de lecture sur ce blog depuis un long moment. Parfois, la démarche permet de suivre un fil conducteur pour ses lectures, une manière comme une autre de les choisir. Retombant sur une vieille publicité des années 90 pour la collection J’ai Lu SF, l’idée m’est venue d’en faire un petit challenge printanier. Aussi vais-je compléter mes chroniques pour ces quatre ouvrages dont les couvertures étaient mises en avant dans cette auto-promotion de l’éditeur. Profitant de mes excursions dans les bouquineries nantaises, j’ai pu reconstituer cette petite collection pour laquelle il me manquait certains exemplaires. Notez la tendance nettement cyberpunk de la sélection J’ai Lu, cela rappelle des souvenirs de l’époque, non?

collection jailu sf pub

Au fur et à mesure de mon avancée dans ce petit défi personnel, le billet sera complété avec des liens hypertextes pointant vers mes chroniques. Ce qui nous donnera le récapitulatif final suivant :

N’hésitez pas à poster vos encouragements et notes de lectures pour ces quatre ouvrages dans vos commentaires. On se tient au courant de l’avancée du défi ;)

 


Hausse du niveau de la mer en France : une menace territoriale encore trop négligée ?

Le niveau mondial de la mer augmente sous l’effet du réchauffement climatique, mais cette hausse diffère selon les régions du globe. Jeudi dernier, le climatologue Jean Jouzel présentait à la Ministre de l’écologie Ségolène Royal le cinquième volume de son rapport consacré au climat de la France pour le XXIème siècle. Ce nouveau tome, dédié à la hausse du niveau de la mer le long des côtes françaises, prend en compte aussi bien les données nationales que les conclusions récentes du GIEC.

Mauvaise nouvelle pour les côtes françaises, le rythme de la montée des eaux s’accélère. Si à l’échelle mondiale la hausse est de 18,7 cm en 110 ans, la tendance globale est même à la hausse avec + 6,7 cm pour les trente dernières années. En France métropolitaine, Antilles et Réunion, la hausse est dans cette moyenne mondiale. En revanche, elle est beaucoup plus forte en Polynésie (+ 21 cm) et en Nouvelle-Calédonie (+ 12 cm) sur les soixante dernières années suivies. D’après Anny Cazenave, chercheuse en géodésie et océanographie spatiale au CNES, ce phénomène s’explique par trois facteurs : la fonte des glaces, le réchauffement des océans mais aussi le pompage dans les aquifères. D’ici l’horizon 2100, la hausse moyenne le long des côtes métropolitaines sera de + 40 cm à + 75 cm selon les scénarios climatiques et les actions politiques envisagées. Un risque de submersion des zones les plus sensibles se doit donc d’apparaître clairement dans les plans de gestion du territoire.

Quel avenir pour le littoral français ? (photo : port du Cotentin, Nessie 2012)

Quel avenir pour le littoral français ? (photo : port du Cotentin, Nessie 2012)

Les installations portuaires, les ouvrages privés comme publics ainsi que les communes côtières dont l’altitude moyenne reste très proche du niveau de la mer devront faire face en premier lieu à cette hausse du niveau de la mer. Le coût sur les collectivités sera forcément important : « Pour un niveau marin relevé d’un mètre, il faut rehausser de 1,5 à 2 mètres des ouvrages comme les digues » , précise Gonéri Le Cozannet, expert au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et co-auteur de ce cinquième volume. A ce risque de submersion directe se rajoute l’érosion accélérée du littoral. La Basse-Normandie figure parmi les régions côtières les plus exposées à cette menace, et son conseil régional a d’ores et déjà adopté en 2012 une stratégie de gestion durable de la bande côtière. Premier défi : sensibiliser des élus locaux peu ouverts aux questions environnementales afin de stopper les nouveaux permis de construire dans les zones exploitées. Un défi de taille pour cette région traditionnellement à droite sur l’échiquier politique, mais qui commence à porter ses fruits, selon la conseillère régionale Muriel Jozeau-Marigné. Enfin, la hausse du niveau marin entraînera une infiltration saline dans les sols et aquifères côtiers, risquant de provoquer une baisse notoire des rendements agricoles. Un drame économique annoncé pour les communes rurales côtières, mais encore difficile à évaluer aujourd’hui.

Projection de la hausse du niveau de la mer (Vermeer, 2009 ; Skeptical Science, 2015)

Projections de la hausse du niveau de la mer selon les scénarios envisagés (Vermeer, 2009 ; Skeptical Science, 2015)

Il est cependant possible de se rendre compte dès aujourd’hui des enjeux environnementaux soulevés par ce rapport en se remémorant les récentes tempêtes côtières qui ont ravagé le littoral atlantique : en Vendée, la tempête Xynthia avait ainsi provoqué la mort de 29 victimes suite à l’inondation de zones urbaines pourtant classées en territoires sensibles. Le tribunal correctionnel des Sables d’Olonne a récemment reconnu la culpabilité des élus locaux dans cette affaire, laissant espérer que cette décision de justice forcera les décideurs récalcitrants à enfin prendre toute la mesure de ces changements climatiques et à agir en conséquence. Autre exemple récent, les tempêtes d’hiver de ces dernières années ont fortement érodé le littoral breton, provoquant sur le territoire de la commune de Trégastel d’importants dégâts sur les installations touristiques comme sur les terrains de riverains les plus exposés aux vagues. Les répercussions économiques liées à ces dégradations climatiques seront forcément dramatiques pour ces petites communes côtières vivant principalement de l’activité touristique ; les coûts à long terme de réaménagement de leur littoral dépassent parfois le modeste budget de ces municipalités, qui ne pourront pas faire face seules à la déferlante climatique. La sensibilisation des élus ne suffira pas, et les pouvoirs publics accusés avec raison de passivité sur ces dossiers devront obligatoirement se mobiliser pour proposer une véritable plan de développement durable du littoral côtier.

Les causes du changement climatique et l'opinion des français (sources : SIG Lab, 2015).

Les causes du changement climatique et l’opinion des français (sources : SIG Lab, 2015).

Afin que l’Etat soit sensible à la question, il faut que les électeurs plébiscitent les discours politiques allant dans cette direction. Pour les communes côtières normandes, « les mentalités changent » se félicite Muriel Jozeau-Marigné. Rare parti politique introduisant le climat au cœur de son programme politique, EELV a enregistré aux dernières départementales un faible score qui ne dépassent pas les 2% des bulletins exprimés. Les débats environnementaux ont d’ailleurs brillé pour leur absence durant la campagne politique. Un paradoxe, alors que l’aménagement du territoire fait partie des enjeux départementaux. Sur le plan national, les français se disent très majoritairement sensibles aux problèmes environnementaux (87% selon le Crédoc, avril 2013). Toutefois, le sujet n’est pas au cœur de leurs préoccupations actuelles : 23 % des sondés considèrent l’environnement comme préoccupation principale selon un sondage TNS/La Croix. La faute aux multiples autres crises que traverse notre pays, dont les effets sont bien plus concrets et immédiats dans notre quotidien que les changements climatiques annoncés pour les décennies à venir. Plus inquiétant encore, les causes du réchauffement climatique sont mal comprises par les français, qui ne sont que 39 % à relier climat et effets de serre des GES. Les thèses climato-sceptiques, rendues populaires en France par les succès éditoriaux des ouvrages de Claude Allègre, ont surtout distillé un doute majoritaire dans l’opinion de nos concitoyens. Ainsi, seulement 16 % rejettent la responsabilité anthropique dans le réchauffement actuel, tandis que 43 % se contentent d’exprimer leur incapacité à se positionner dans le débat entre scientifiques et climato-sceptiques (SIG Lab, 2015). La situation est donc bien moins catastrophique que dans les pays anglo-saxons, où les thèses climato-sceptiques ont pignon sur rue. Afin de convaincre ces 43 % de français indécis, il est nécessaire de promouvoir une vulgarisation scientifique intelligente, sachant apporter des éléments clairs et concrets tout en s’affranchissant de trop d’alarmisme ou de militantisme. Espérons que la Conférence climat de Paris 2015 sera l’occasion d’introduire auprès du grand public ces précieux éléments de compréhension qui leur permettront de mieux apprécier les défis environnementaux guettant notre pays pour les décennies à venir.