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Star Wars – Legacy – tome 5

SW_legacy5La loyauté. Voilà bien une qualité précieuse en temps de guerre. Après les événements de Coruscant, Cade ne veut plus qu’une seule chose : vivre en paix. Mais traqué par l’Empereur Sith Dark Krayt, il ne peut se faire oublier si facilement. Malgré ses tentatives un peu désespérées pour imposer sa propre volonté contre sa destinée, le voilà repris dans le tourbillon des événements. Cade va devoir malgré tout accepter de suivre pour un temps sa voie de Jedi, aussi reprend-il contact avec les derniers de son Ordre pour monter une opération risquée : assassiner Dark Krayt, et mettre un terme à cette guerre sanglante. Mais les Jedi accepteront-ils de suivre un chemin si obscur ?

Cade aura besoin de toute l’amitié et loyauté de ses frères d’armes pour mener à bien ce plan. La chose ne s’annonce pas facile alors que resurgissent les fantômes du passé. Et comme à son habitude, on ne peut pas dire que Cade fasse de grands efforts pour se rendre sympathique. Pourtant, bon gré mal gré, Cade parvient à rassembler suffisamment d’âmes loyales et courageuses autour de lui. Son penchant pour le côté obscur et sa fâcheuse tête de mule menacent à chaque instant de tout faire capoter, et il faut bien avouer que cela fait aussi partie de son charme de bad boy. Arrivera-t-il à donner au moins un petit coup de main à cette galaxie qui a tant besoin d’un Skywalker ?

La loyauté ne se limite pas seulement aux grandes figures de ce conflit. Elle se joue également au quotidien, parmi la masse de fantassins anonymes. L’album se termine sur « Le bleu » , un récit particulièrement illustratif sur ce point. Il nous offre un regard profondément humain sur les stormtroopers, et souligne à quel point les Sith ne sont plus que la caricature brutale de l’époque de Dark Sidious. Un jugement qui n’engage que moi. Album plutôt réussi, ce tome 5 poursuit l’aventure Star Wars Legacy sans un seul temps mort, et c’est tant mieux. Avec ses nombreux personnages et intrigues emmêlées, la suite promet d’être aussi épique que complexe !

 

Star Wars – Legacy tome 5 – Loyauté. Scénario : John Ostrander. Dessins : Jan Duursema & Travel Foreman. Couleurs : Brad Anderson. Éditions Delcourt (2008), 134 p.


Dans l’abîme du temps – H.P. Lovecraft

lovecraft_bouquins_1Tandis qu’il donne un cours d’économie politique, le professeur Nathaniel W. Peaslee de l’Université Miskatonic d’Arkham tombe brutalement inconscient. Il se réveille amnésique et doté d’une nouvelle personnalité. Commence alors un étrange cheminement pour cet homme transformé, que sa famille et ses proches peinent à reconnaître. Pendant cinq ans, il mène de curieuses recherches bibliographiques, réalise de mystérieux voyages au bout du monde pour au final se déclarer las de ses pérégrinations. Puis, une nouvelle crise tout aussi brutale rétablit son ancienne personnalité et ses souvenirs passés, sans qu’il ne soit capable de se remémorer ni d’expliquer son comportement dédoublé. L’amnésie du Pr. Peaslee reste un mystère pour le corps médical. L’universitaire décide de consacrer le restant de sa carrière universitaire à la psychologie, afin de trouver une explication rationnelle à cette névroses passagère. Mais de curieux songes de cités antédiluviennes et de créatures repoussantes hantent ses nuits ; et ce qui aurait dû demeurer d’horribles cauchemars prend une toute autre tournure lorsque sont exhumées des ruines, aux bas-reliefs semblables à ceux de ses songes …

Nouvelle tardive de l’œuvre de Lovecraft, « Dans l’abîme du temps » germe dans l’esprit du Maître de Providence à la fin de l’année 1934. Alors de retour dans sa ville natale, il souffre des premières manifestations d’un cancer de l’intestin qui ne lui sera diagnostiqué que trois ans plus tard. Notre auteur est alors surmené par ses travaux de révision, dont il s’en plaint dans une lettre adressée à Elizabeth Toldridge le 6 octobre. S’il déplore ne même plus avoir le temps d’écrire de nouvelles fictions, il se résout pourtant à poursuivre cet ingrat travail de nègre. Bon nombre d’œuvres ainsi révisées par le Maître portent ainsi sa discrète griffe littéraire, mais l’empêchent de poursuivre ses propres récits aussi souvent qu’il le souhaiterait. Pourtant, Lovecraft trouve tout de même le temps d’écrire en ce début d’automne un poème funèbre et un article consacré à Poe. Le 18 novembre, il semble avoir retrouvé suffisamment de temps libre et confie à E. Hoffmann Price qu’il est en train de rédiger un nouveau texte, dont il lui expose le sujet dans son courrier. Il s’agit du premier brouillon pour « Dans l’abîme du temps ». Insatisfait, il le détruit avant d’entamer au début de l’année suivante une seconde version, achevée fin février 1935. Mais encore insatisfait, il se demande si ce second manuscrit ne connaîtra le même sort. Lovecraft juge ce texte comme une simple expérience d’écriture, déclinant l’idée de le soumettre à un éditeur. Nous devons la démarche à Robert Barlow, qui adresse un tapuscrit à F. orlin Tremaine, alors éditeur d’Astounding Stories. La revue accepte alors la nouvelle, ainsi que « Les Montagnes Hallucinées ». Les deux textes paraissent entre février et juin 1936, et Lovecraft empoche 280 dollars versés par l’éditeur. Une petite fortune pour un homme dont le train de vie est toujours à la limite de la pauvreté. Mais hélas le dernier éclat littéraire avant son décès, en mars 1937.

Nouvelle particulièrement marquante dans la mythologie lovecraftienne, « Dans l’abîme du temps » est considérée par beaucoup comme une œuvre majeure de son art, si ce n’est sa plus grande création littéraire selon Lin Carter. De nombreux lecteurs partagent l’enthousiasme du biographe, probablement en raison des nombreuses révélations sur l’univers des Grandes Races. La nouvelle dialogue en de nombreux points avec « Les Montagnes Hallucinées », publiée la même année dans Astounding Stories. Un universitaire de Miskatonic vient progressivement à percer les secrets d’une race antique, dotée d’un savoir presque omniscient et ayant bâti une florissante civilisation à la surface de la Terre voilà plusieurs millions d’années avant notre ère. Cette fois-ci, il ne s’agit pas des Choses Très Anciennes mais de la Grande Race de Yith, passée maîtresse dans la manipulation du temps et de l’esprit. Ce peuple énigmatique est capable de voyager psychiquement par-delà le temps et l’espace, échappant ainsi aux cataclysmes menaçant sa civilisation en s’appropriant le corps de créatures suffisamment développées pour les accueillir en retour. La principale occupation des Yithiens fut de visiter les époques passées et futures de la Terre, échangeant alors leur corps avec celui d’un hôte temporel. Tel fut le sort du professeur d’économie politique Nathaniel W. Peaslee de l’Université Miskatonic, dont l’enveloppe charnelle servit pendant près de cinq ans d’hôte à un visiteur Yithien. La découverte progressive de la terrible nature de sa névrose amnésique, ainsi que le souvenir de vérités encore plus effroyables sur l’histoire de notre planète, constituent les points d’orgue de cette nouvelle narrée à la première personne par le Pr. Peaslee.

Lovecraft fut inspiré, si l’on en croit S.T. Joshi, par le film fantastique Berkeley Square (1933), qu’il vit pas moins de quatre fois lors de sa sortie en salles. Ce long-métrage développe le scénario d’un échange de personnalité entre un homme contemporain et un visiteur du XVIIIème siècle. Une idée qui ne manque pas de frapper l’imagination de Lovecraft, comme en témoigne sa correspondance. Et si le Maître avait déjà abordé un thème similaire avec « L’affaire Charles Dexter Ward » (1927), il ne manqua pas d’en reprendre l’idée une nouvelle fois en développant cette nouvelle que S.T. Joshi juge supérieure au long-métrage. Mais Lovecraft ne s’intéresse pas uniquement à ce prodigieux moyen de voyager dans le temps. A travers cette nouvelle, il reprend l’étude initiée dans « Les Montagnes Hallucinées » de grandes races mystérieuses et incontestablement supérieures à l’humanité, et qui peuplèrent la Terre voici des millions d’années. La Grande Race de Yith, jusque là ignorées des paléontologues, apparaît comme une espèce particulièrement horrible, avec son corps conique, sa tête globuleuse et ses nombreux appendices tentaculaires. Son origine est tout aussi repoussante : il s’agit d’esprits aliens ayant accaparé le corps de ces créatures coniques pour échapper au cataclysme de leur lointaine planète. Lovecraft insiste sur l’immense savoir collecté par ces créatures, qui ont fait de la bibliothèque de Pnakotus à la fois leur capitale et Tour de Babel. Malgré leur apparence repoussante, les Yithiens encouragent les contacts avec les esprits dont les corps ont été échangés, les invitant même à participer à l’enrichissement de leur immense bibliothèque. Ce savoir vertigineux renvoie le narrateur à l’insignifiance de notre propre espèce, dont d’inéluctable extinction était déjà connue des Yithiens. Malgré leur toute-puissance, ces créatures redoutent les Polypes volants, adversaires redoutables qu’ils ont bannis sous terre et dont le retour vengeur sonnera le glas de leur civilisation. Redoutant leur prochaine extinction, ils se préparent déjà à transférer leurs esprits dans les corps de hideux coléoptères géants qui domineront la Terre après que l’espèce humaine se soit éteinte. Invariablement, le cycle des Yithiens se poursuit, alors que l’humanité est condamnée au néant et à l’oubli.

astounding_stories_june36Tout du long de cette nouvelle, Lovecraft développe l’investigation sur deux époques, malgré les réticences de son narrateur. Puisque le Pr. Peaslee examine son cas d’amnésie et de double personnalité comme un phénomène purement psychologique, il s’évertue à décrire ses rêves comme une clé psychologique au mystère de sa névrose passée. Les souvenirs de son séjour chez les Ythiens apparaissent intimement liés aux pérégrinations de sa seconde personnalité. Mais le Pr. Peaslee réfute toute explication fantastique, c’est avec la démarche d’un esprit sceptique qu’il s’évertue à décrire son expérience stupéfiante, qu’il explique comme un étrange cas de double perception de ces cinq années d’amnésie. L’universitaire acquiert même grâce à ses analyses rigoureuses l’approbation de ses pairs, et occupe finalement une chaire de psychologie à l’Université de Miskatonic. Il se charge lui-même de publier son expérience dans des revues médicales, et ce qui semble alors constituer un cas rarissime de trouble amnésique prend une toute autre tournure lorsqu’un prospecteur australien retrouve en plein désert des ruines similaires aux descriptions de ses songes. Le Pr. Peaslee est troublé, et prépare en toute hâte une expédition. Lovecraft rembauche pour l’occasion le célèbre Pr. William Dyer, membre survivant de l’expédition Miskatonic en Antarctique. Voilà bien un comportement d’auteur sadique envers son ancien personnage, déjà fortement ébranlé par sa rencontre polaire avec un shoggoth ! Sans pitié pour les points de santé mentale de ses personnages, il les lance donc à la recherche de la Cité perdue de Pnakotus, dont les ruines se trouveraient selon toute vraisemblance dans le Grand désert de sable australien. Lovecraft, comme à son habitude, pousse le réalisme jusqu’à donner les coordonnées de ce site paléontologique (22°3’14 S 125°0’39 E) et s’évertue à décrire dans les moindres détails les ruines souterraines que le Pr. Peaslee y découvre.

Le climax final de ce récit étant sérieusement compromis par les incessantes révélations occultes et les récurrentes allusions au voyage temporel du narrateur, il n’y a quasiment aucune surprise dans les dernières lignes de cette nouvelle. Un manque de ressort plutôt étonnant de la part du Maître, pourtant si familier de l’exercice. Mais qu’importe. La révélation étant déjà devinée par le lecteur depuis bien des pages, comme dans les « Montagnes Hallucinées », l’horreur est suggérée par l’apparition d’une de ces créatures mythologiques. Nous aurons donc tout de même droit à notre petit frisson d’épouvante. Une fois de plus, Lovecraft développe non pas un panthéon mais une fresque historique cachée de notre Terre, dans laquelle l’homme n’est qu’un insignifiant parvenu au règne bien éphémère. Il serait bien faux de juger cette nouvelle prophétique ou mystique, tant le cosmicisme de Lovecraft révèle une fois de plus la vision athée et misanthrope de son auteur. L’homme n’est rien, ses croyances et sa morale ne sont rien. Des cônes tentaculaires bien plus intelligents l’ont précédé, et des coléoptères géants lui succéderont. Voilà bien un discours aussi dur que salvateur en cette période de tohu-bohu religieux.

 

[1] H. P. Lovecraft. The Shadow out of Time (1935). Traduit de l’américain par Jacques Papy et Simone Lamblin, éditions Denoël.


Réchauffement climatique : faut-il rationner les ressources énergétiques fossiles ?

oil pumpLimiter le réchauffement climatique relèvera-t-il de l’exploit ? C’est hélas ce que laisse à penser une publication parue dans la revue Nature. Avec un objectif annoncé d’une hausse maximale de 2°c de la température globale moyenne depuis l’époque pré-industrielle, les dirigeants politiques ont voulu adresser un signal fort à leurs concitoyens. Mais pourront-ils tenir leurs engagements ? Rien n’est moins sûr. Selon les experts du GIEC, pour conserver 50% de chances de parvenir à ce résultat, il faudrait limiter les émissions mondiales de dioxyde de carbone d’ici 2050 à seulement 1100 milliards de tonnes (gigatonnes) maximum. Or nous disposons d’après le World Energy Council de réserves fossiles mondiales encore conséquentes, estimées à environ 2900 gigatonnes d’équivalent CO2. Ces stocks n’étant que la partie émergée de l’iceberg, puisque l’ensemble des ressources en matières fossiles présentes dans le sous-sol terrestre est estimé à 11000 gigatonnes d’équivalent CO2. Est-ce à dire qu’il faudra volontairement rationner ces stocks si nous voulons tenir nos objectifs ?

Selon les chercheurs Christophe McGlade et Paul Ekins, de l’University College London, la réponse est clairement oui. Leur étude, s’appuyant sur la répartition, l’extraction de ces énergies fossiles et l’impact global de ces émissions de gaz à effet de serre, est sans appel. Afin de tenir l’objectif d’une hausse de seulement 2°c des températures mondiales, il nous faudra renoncer à 35% des réserves de pétrole, 52% des réserves de gaz et 88% des réserves de charbon. Inutile non plus d’espérer contre-balancer le bilan en procédant au captage-stockage du CO2 : cette technologie encore balbutiante n’aurait que peu d’impacts positifs, si ce n’est faire fonctionner le marché économique fort critiquable du « crédit carbone ». L’effort devra être mondial, mais inégalement réparti selon les nations. Ces derniers seront d’autant plus mis à contribution que la distance entre centres d’extraction et zones de consommation sont éloignées, créant par exemple de fortes différences entre une nation comme le Canada (restriction de 75% de son pétrole) ou les USA (restriction de 6% de son pétrole). Nul doute que de telles mesures risqueraient d’être des plus impopulaires, aussi bien auprès d’états producteurs d’énergies fossiles qu’auprès des dirigeants et citoyens d’états massivement importateurs.

Mais ce rapport va encore plus loin, puisqu’il prend parti sur l’épineuse question des hydrocarbures « non conventionnels » (à savoir les pétroles et gaz de schistes et de sables bitumeux). Les auteurs concluent que toute hausse de leur production actuelle n’est en aucun cas envisageable dans le scénario climatique mis en œuvre; adieu donc l’exploitation de nouveaux gisements tout comme l’autorisation de leur prospection. Un argument supplémentaire pour les opposants au gaz de schiste en France et dans le monde entier. La sanctuarisation s’étend également aux ressources en hydrocarbures de l’Arctique, qui ne doivent en aucun cas être exploitées. Mais cet article ne règle pas pour autant la question du modèle économique mondial à même de soutenir une telle restriction, et se focalise plus sur la production que sur la consommation d’énergies fossiles par la population mondiale. En d’autres termes, l’épineuse question de la résolution de l’équation de Kaya reste posée.

Sorti quelques jours avant les récentes déclarations de Ségolène Royal sur le nucléaire, cette étude relance le débat sur les énergies alternatives aux ressources fossiles. Sérieux candidat dans ce domaine, la filière nucléaire souffre cependant d’atouts négatifs, que ce soit la gestion de ses déchets ou sa très mauvaise image dans l’opinion public depuis la catastrophe de Fukushima. Et pourtant, la solution demeure, avec le concours des énergies renouvelables, l’une des rares alternatives préconisées dans les rapports du GIEC. Devra-t-on s’y résoudre en partie, du moins pour assurer le renouvellement d’un parc nucléaire vieillissant ? Ou nous faudra-t-il tout simplement apprendre à vivre dans un monde beaucoup moins énergivore ? Hélas, dans les deux cas, nous ne pouvons que regretter l’émergence de ce débat alors que le réchauffement climatique nous met dos au mur, après des décennies d’effarante passivité.


Ambition

Court-métrage de space fantasy dédié à la mission Rosetta, Ambition (2014) de Tomek Bagiński a été tourné en Islande et est issu d’une collaboration entre Platige Image et l’ESA. Présenté en octobre dernier à Londres, il connaît depuis un franc succès sur les réseaux sociaux. Et pour cause : car au-delà de son scénario de fantasy futuriste, Ambition est une magnifique pièce de vulgarisation scientifique. Enjoy !

 


Fragments d’un miroir brisé – Anthologie

antho_sf_itaParue voici maintenant 16 ans, cette anthologie de la SF italienne se voulait en son temps une sorte de zeitgeist de la production au-delà des Alpes. L’initiative portée par Valerio Evangelisti était alors louable car, comme rapporté dans sa préface, la production nationale souffrait alors d’un faible éclairage et d’une image plutôt négative. La faute en était multiple. D’une part la concurrence étouffante de la SF américaine, mais aussi la médiocrité de la production amateur comme professionnelle, et enfin la récupération politique que tentait d’orchestrer l’extrême droite italienne.

Il était donc temps de corriger tout cela. L’anthologie proposée par Evangelisti se proposait d’entamer une sorte de remise à plat de nos références, et ce après le précédent Livre d’or de la SF italienne paru en 1981 chez Presse Pocket. Le recueil démarre cependant sur une mise en garde : le lecteur est invité à ne pas se formaliser sur la faiblesse narrative de certains textes mais à se les figurer plutôt une sorte de renaissance récente du genre, inspirée par la publication de revues enfin dignes d’intérêt et par l’engouement d’auteurs italiens pour le cyberpunk et l’anticipation politique. Les textes mis en avant sont à l’image de cette nouvelle vague : avant-gardistes, engagés, voire même révoltés, mais également allégoriques, érotiques ou horrifiques. Le style laisse par contre à désirer, la plupart des textes ne parvenant pas à accrocher le lecteur ou se limitant à une interminable succession de paragraphes pompeux. Les nouvelles cyberpunk ont malheureusement mal vieilli, ce qui n’est pas étonnant avec près de deux décennies de révolutions technologiques écoulées depuis leur écriture. Plus regrettable par contre, certaines nouvelles ne sont que d’indigestes ratés, et s’égarent dans des litotes totalement incohérentes. Bref, peu d’élus à retenir dans le sommaire de cette anthologie.

Du côté des bonnes surprises, notons « Tarentula » de Daniele Brolli, une nouvelle erotico-fantastique à la satirique atmosphère d’Italie puritaine. Mais aussi « Ketama » de Silvio Sosio, excellente enquête futuriste à la sauce Blade Runner. L’inspiration n’est pas étonnante lorsque l’on se rappelle les précisions d’Evangelisti sur l’influence de P.K. Dick traduit en italien. Quant à « Kappa » de Valerio Evangelisti, nous avons affaire à un texte d’anticipation cyberpunk assez correct mais sans grande originalité, et qui plus est ayant assez mal vieilli. Il est bien loin le temps des terroristes anarcho-communistes philanthropes ! Un sommaire plutôt moyen, trop peu de textes percutants, cette anthologie ne présente pas une image fort engageante de la SF italienne. Aussi est-il important de revenir sur les propos d’Evangelisti en préface : cette SF se reconstruit après des décennies de quasi-inexistence. Il faut donc replacer l’anthologie dans son époque : celle d’une profonde mutation au terme du XXème siècle, et l’amorce d’une nouvelle vague salvatrice. Je veux pour preuve récente de ce changement le savoureux Tommaso Pincio, dont sa nouvelle « Excursion à l’endroit des atomes » avait particulièrement alléché les lecteurs de l’anthologie 2012 des Utopiales. Rien n’est perdu, tout se crée, dirait-on !

 

Fragments d’un miroir brisé, anthologie préfacée et dirigée par Valerio Evangelisti (traduction de l’italien par Jacques Barbéri). Payot, collection SF (n°1), 1999, 288 p. Réédition Pocket SF (n°5743), 2001, 378 p.

 

Sommaire :

 

  • « Fragments d’un miroir brisé » (préface), Valerio Evangelisti.
  • « Fabulaliena » – Silverio Novelli
  • « Choukra » – Nicoletta Vallorani
  • « L’ombre des empires à venir » – Franco Ricciardiello
  • « Tarentula » – Daniele Brolli
  • « Le Dernier souvenir » – Giorgia Mantovani
  • « La Baleine du ciel » – Luca Masali
  • « Ketama » – Silvio Sosio
  • « Le Reflet noir du vinyle » – Domenico Gallo
  • « Je le jure » Andrea Colombo
  • « La Musique du plaisir » – Luigi Pachi
  • « Kappa » – Valerio Evangelisti.

Climat : 2014 record d’année la plus chaude

Fin du suspens, l’année 2014 est officiellement la plus chaude jamais enregistrée. L’analyse des températures globales du mois de décembre passé mène en effet le NOAA à publier cette conclusion. D’après les données collectées par les chercheurs américains, l’année 2014 se situe à +0,68°c au-dessus de la moyenne climatologique tandis que le précédent record de 2010 était situé à +0,66°c au-dessus de cette moyenne. Si cette même moyenne est calculée à partir des données climatologiques de la période de référence 1951-1980, une brève comparaison aux températures moyennes antérieures rappelle que l’année 2014 reste dans tous les cas de figure le record de températures depuis que le suivi des données météorologiques existe. Plus préoccupant encore, le podium des trois années les plus chaudes jamais rapportées comprend 2005, 2010 et 2014, soit une accumulation très récente de ces records climatiques.

NOAA_dec_global_temp

Si les records de chaleur de l’année 2014 sont indépendants du phénomène El Niño, le risque de rencontrer cet événement climatique dans les mois à venir reste de l’ordre de 65% selon les scientifiques du NOAA. L’année 1998 est à ce sujet une référence en climatologie, en raison de son important événement El Niño, significatif d’une année « chaude ». Le contre-phénomène de La Niña qui s’en suivit eut pour effet inverse de « refroidir » les températures des années suivantes. Le phénomène s’est également reproduit en 2005 puis 2010, et les fortes chaleurs rencontrées en 2014 auraient pu déclencher un nouvel événement El Niño/La Niña. Si un nouveau phénomène se manifestait en 2015, il aurait pour effet de provoquer une année climatique encore plus chaude, et probablement de battre un nouveau record dans un délais encore plus court.

En définitive, le réchauffement climatique actuel trouve une bien meilleure explication dans les facteurs anthropiques que naturels. Fin décembre, l’observatoire du Mauna Loa (Hawaï) rapportait une concentration atmosphérique record en dioxyde de carbone de 399 ppm. Ce surplus d’émissions, dû à l’activité humaine, contribue à l’augmentation des teneurs en gaz à effet de serre. En l’absence de rejets agricoles et industriels, le climat serait même naturellement dans un léger cycle de refroidissement ! Si la quasi-totalité des climatologues pointe désormais du doigt l’activité humaine, le GIEC note quant à lui dans ses récents rapports que désormais, l’objectif n’est plus de stopper le réchauffement climatique mais de tenter de le limiter à seulement +2°c par rapport aux températures antérieures à l’ère industrielle.

Bien entendu, ce nouveau record s’est attiré une vague de réactions climatosceptiques. Gavin Schmidt, directeur du GISS (Godard Institute for space studies) s’en est même amusé  lors d’un récent tweet ironisant sur l’incapacité des « climate deniers » à accepter les chiffres. La fameuse rengaine de la « pause climatique depuis 1998  » , mythe sans aucun fondement scientifique, étant bien entendu épinglée dans un graphique pince-sans-rire :

 

 

A propos de contre-offensive climatosceptique, Sylvestre Huet rapporte sur son blog une anecdote plutôt croustillante. Le 16 décembre dernier se tenait à l’Académie des sciences une séance sur le changement climatique et ses conséquences. Après l’intervention de plusieurs spécialistes reconnus comme Christophe Cassou, Anny Cazenave, Jean-Pierre Gattuso et Sandrine Bony, entre en scène Vincent Courtillot, ancien directeur de l’IPG et scientifique controversé en raison de ses prises de position en climatologie. Que ce chercheur ne soit pas spécialiste du climat passe encore, après tout il ne serait pas le premier à changer de domaine d’étude au cours de sa carrière. Mais voilà, cet ardent chevalier du climato-scepticisme français se traîne plusieurs casseroles gênantes. Après avoir voulu réfuter l’influence anthropique sur le climat avec un modèle considérant notre planète comme « noire et plate », il s’était également illustré en confondant changement de thermomètre et de température (voir le billet de S. Huet pour plus de détails). Le voici donc prenant la parole lors de cette séance de décembre dernier, dénonçant des observations et des conclusions hasardeuses, tout en martelant que les températures globales n’augmentent plus depuis 15 ans. Là où le bât blesse, c’est que Courtillot en arrive à nier des résultats présentés, tout en se faisant tacler par les autres intervenants sur ses sérieuses lacunes en océanographie et physique de l’effet de serre. Embêtant pour un scientifique se donnant une image de spécialiste du climat.

Bref, si l’anecdote a de quoi faire sourire en un début d’année extrêmement sombre, elle a également le mérite de démontrer que, même dans le domaine scientifique, la France est toujours un grand pays de liberté d’expression. Nul citoyen n’est tenu au silence en matière de sciences publiques, et la parole reste libre. Cependant, la science est un outil à double tranchant : si chacun peut exprimer ses arguments, il faut également savoir assumer en retour le jugement porté par la communauté scientifique sur ses propres âneries !