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La Tête et la Main – Christopher Priest

tete_et_mainLe monde du spectacle est-il devenu fou, ou ne fait-il que perpétuer la morbide tradition des jeux du cirque ? Christopher Priest pose la question des tabous de notre société des loisirs dans une courte nouvelle, à paraître dans le recueil « L’Été de l’infini » aux éditions Le Bélial’ à la fin de ce mois de septembre. Dans un décors aussi glacial que son sujet, « La Tête et la Main » dépeint la dernière prestation polémique de Todd Alborne, artiste devant son succès à ses mises en scène morbides d’automutilations et de scarifications. Lasken, son assistant, sera le témoin privilégié de son ultime représentation, celle qui brisera les derniers tabous et lui offrira l’immortalité artistique.

Le monde du spectacle a toujours flirté avec l’interdit, chaque génération d’artistes repoussant les limites imposées par la morale conservatrice de son époque. Mais demeurent des tabous ultimes – bien au-delà du respect de la législation en vigueur. Endommager volontairement son corps, pratiquer des amputations pour satisfaire le voyeurisme morbide du public en font partie. Le spectateur condamne, et pourtant il vient en masse assister à l’ultime représentation du Maître Alborne. Paradoxe de fiction ? Plus vraiment, car voilà bien une maxime désormais gravée dans le marbre, tant des programmes de TV-réalité poubelle sont devenus des rendez-vous incontournables du paysage audiovisuel français.

Écrite en 1972, cette nouvelle de Christopher Priest fête le quarantième anniversaire de sa première parution française dans Univers 02. Rarement un texte d’anticipation n’a été aussi brutalement rattrapé par la réalité : les programmes « survival » dans lesquels la mort d’un candidat peut s’avérer un événement médiatiquement payant existent désormais. Pire encore, ils ne soulèvent quasiment plus aucune indignation, contrairement au climat sociétal décrit dans la nouvelle de Priest. Qu’un homme s’inflige des jackasseries devant une caméra et il trouvera immédiatement un public d’admirateurs sadiques pour l’encourager. Triste époque, qui ne fait que remettre au goût du jour la fameuse formule du cirque romain : des jeux et du pain pour le peuple assis devant sa télé…

 

Nouvelle à télécharger sur le site du Belial’.


The art of Chris Foss

L’artiste britannique Chris Foss est un illustrateur incontournable de science-fiction. Bien connu pour son style chamarré et ses illustrations de couvertures pour le Cycle de Fondation, le Cycle de Fulgur, la Geste des Princes-Démons ou encore Skylark, il a également participé à l’élaboration graphique de célèbres longs-métrages.

Le vaisseau Nostromo d’Alien, la fusée de Flash Gordon (1980), les vaisseaux de Gardiens de la Galaxie, et bien entendu son travail sur le mythique Dune avorté d’Alejandro Jodorowsky, autant de pièces maîtresses de son art. Tout ceci méritait bien un album photo, pour le seul plaisir des yeux.

 

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La croisade de l’idiot – Clifford D. Simak

croisade_idiotDu prolifique Simak, nous connaissons principalement Demain les Chiens et Au carrefour des Etoiles. Pourtant, l’auteur publia une myriade de nouvelles et novellas au cours de sa très longue carrière ! Si l’éditeur Le Bélial’ avait mené il y a quelques années un travail d’édition des meilleurs textes de Simak, il reste encore beaucoup de nouvelles à découvrir, ou pour mieux dire à redécouvrir, puisque certains d’entre-elles sommeillent dans les catalogues français de recueils et anthologies non-réédités. En 1961, les éditions Denoël publiaient dans la collection Présence du Futur La croisade de l’idiot, une sélection de nouvelles traduites à partir du recueil The Worlds of Clifford Simak (Simon & Schuster, 1960). Ce poche, dont la dernière réédition date de 1987, n’a pas particulièrement marqué les lecteurs francophones. Et il faut bien reconnaître que pour un fois, la production simakienne se révèle bien trop variable pour constituer un recueil de référence.

Débutant notre lecture avec la nouvelle éponyme du recueil, « La Croisade de l’idiot », nous découvrons un texte typiquement simakien : ancrée dans un univers rural américain, l’intrigue confronte un personnage principal simple d’esprit mais attachant à la révélation de ses supers-pouvoirs. Un texte particulièrement humoristique, alors que Simak dévoile la saugrenue origine de ces pouvoirs et l’utilisation que notre héros va en faire ! Mais qui est l’idiot dans l’intrigue ? La chute hilarante voulue par Simak accorde à notre idiot une belle vengeance sur son voisinage intolérant. « Le Zèbre poussiéreux », une nouvelle plutôt originale puisque pour une fois la scène se déroule dans une maison de banlieue pavillonnaire, relate la découverte d’un objet extra-terrestre permettant de troquer des marchandises par téléportation. Ce terminal commercial va déconcerter notre bon père de famille, et profondément modifier son quotidien ! L’extra-terrestre est difficile à comprendre chez Simak, car son comportement et sa morale échappent totalement à nos concepts humains. Nous en avons la preuve dans « Honorable adversaire » où la guerre menée entre l’humanité et une race alien débouche sur un compromis totalement inattendu, à la manière d’une trêve très fair-play entre deux adversaires sportifs.

La nouvelle « Lulu » traite avec humour d’un problème saugrenu : et si le super-ordinateur d’un vaisseau spatial, programmé à la manière d’un esprit féminin, tombait amoureux de son équipage masculin ? Farce amusante mais ayant mal vieillie en raison de sexisme permanent, « Lulu » semble prendre le contre-pied du célèbre HAL 9000 de 2001, l’Odyssée de l’Espace. Hélas, le style ennuyeux de cette nouvelle gâche l’idée. Même constat avec « La Grande cour du devant », novella bien trop longue qui aurait mérité d’être condensée. Il faut croire que le texte a également mal vieilli puisqu’il fut récompensé en son temps par un Prix Hugo en 1959. Même constat hélas avec « Copie carbone ». Heureusement, le recueil s’achève sur le brillant « Le Père fondateur », nouvelle particulièrement émouvante sur le conditionnement d’un individu voué à une très grande longévité et expédié sur une lointaine colonie spatiale où il devra assurer en solitaire la formation des futurs colons, encore congelés à l’état d’embryon. Voilà bien une agréable manière de terminer ce recueil à la qualité jusque là particulièrement variable. Ouvrage mineur du catalogue simakien bien que présentant quelques textes remarquables, « La croisade de l’idiot » reste tout de même une belle pioche pour les lecteurs séduits par l’inimitable style de l’auteur du Wisconsin. Et ils sont nombreux, croyez-moi !

 

 

Notice bibliographique :

 

Simak, Clifford D. The Worlds of Clifford Simak, éditions Simon & Schuster, 1960, 378 p. Edition française consultée : La croisade de l’idiot (traduction Elisabeth Gille), collection Présence du Futur, éditions Denoël (n°52), 1987, 260 p.

 

Sommaire :

 

  • ‘Idiot’s Crusade’ (La Croisade de l’idiot). Galaxy Science Fiction, Octobre 1954
  • ‘Dusty Zebra’ (Le Zèbre poussiéreux). Galaxy Science Fiction, Septembre 1954
  • ‘Honorable Opponent’ (Honorable adversaire). Galaxy Science Fiction, Août 1956.
  • ‘Lulu’ (Lulu). Galaxy Science Fiction, Juin 1957.
  • ‘The Big Front Yard’ (La Grande cour du devant). Astounding Science Fiction, Octobre 1958.
  • ‘Carbon Copy’ (Copie carbone). Galaxy Science Fiction, Décembre 1957
  • ‘Founding Father’ (Le Père fondateur). Galaxy Science Fiction, Mai 1957.

Sukran – Jean-Pierre Andrevon

sukranMarseille, dans un futur proche. La cité que le réchauffement climatique a transformé en « Venise du pauvre » est devenue un immense taudis dans lequel s’entassent émigrés maghrébins et démobilisés de la croisade anti-islamique européenne. Les pays occidentaux s’enfoncent dans la récession et la paranoïa, tandis que la Fédération panislamique, subtil mélange de marxisme, militarisme et d’appartenance religieuse commune, offre un âge d’or aux nations arabes. Dans ce marasme économique, Roland Cacciari est un démobilisé, laissé sans solde ni emploi après la débâcle de Libye. Vivotant comme chanteur de rue, il est repéré par un magnat industriel après une rixe entre voyous. Embauché comme vigile, suffisamment intelligent pour rapidement devenir chef de la sécurité, Roland découvre que son employeur n’est pas un simple fabriquant de matériel électronique, mais un dangereux trafiquant d’armes adepte du terrorisme pour arranger ses affaires. Roland décide alors de collaborer avec les services secrets étrangers afin de faire cesser les exactions criminelles de son patron.

Certaines anticipations vieillissent mal, d’autres se métamorphosent en d’amusantes uchronies. Le roman de Jean-Pierre Andrevon, quant à lui, échappe à ces deux catégories grâce à son ton cynique et une lecture incisive de la géopolitique des pays arabes à la fin des années 80. Par provocation, Andrevon inverse les rôles : Kadhafi n’est plus le dirigeant terroriste honni par l’occident, mais l’un des pères fondateurs de l’union arabe. Son grand rêve est devenu réalité, et les principaux leaders arabes ont rejoint son camp pour créer une fédération militairement puissante et économiquement solide. Pied de nez de l’auteur, l’union européenne devient un conglomérat d’états terroristes et ultra-religieux, obsédés par la destruction du nouveau bloc islamiste. Le racisme ambiant découle directement des tensions socio-politiques régnant au moment de la parution du roman ; il n’est pas encore question de terrorisme islamique (ce phénomène va cependant apparaître quelques années après la sortie du roman), mais plutôt d’une France ruinée par ses tensions sociales et la mise au pouvoir de gouvernements à l’idéologie pétainiste suicidaire. Clin d’œil ironique au regain de l’extrême droite dans les années 80. Le résultat est sans équivoque : les états européens chancellent, minés par la peste brune. La monnaie actuelle, le « pétro », contraction des pétrodollars, trahit la suprématie économique du bloc arabe. Les villes se paupérisent et les campagnes sont livrées aux bandes de hors-la-loi.

Thriller d’anticipation particulièrement bien mené abordant des thèmes aussi variés que la géopolitique, le racisme, la morale et l’éthique scientifique, Sukran se présente comme une œuvre un brin provocatrice, publiée dans une France encore marquée par les vagues de violence à l’encontre des ses émigrés maghrébins. Mais le message ne se limite pas à relayer le fameux appel médiatique du « touche pas à mon pote » contre le racisme, loin de là. Andrevon est trop fin pour cela, et sa plume dépasse l’analyse bon genre dans laquelle s’enferment alors la plupart de ses confrères écrivains. Ne se contentant pas des manifestes superficiels, il autopsie la société française avec minutie, plaçant son sujet dans un monde inversé où le bon français de souche joue le rôle du terroriste idéologique et du fou religieux. La menace n’est plus l’Iran ou la Libye, mais l’Europe. Le monde court joyeusement à sa perte, au fond qu’importe les rôles ? Andrevon nous livre une anticipation particulièrement pessimiste, dans laquelle ses personnages ne sont que les jouets de la géopolitique. Mais alors, que reste-t-il à sauver ? Peut-être l’humain, non pas en tant que personne morale ou création divine, mais en tant qu’être vivant, animal sensible prisonnier de ses folies. Une quête qui s’avère au fil des pages des plus absurdes : car comment protéger un fou de sa propre folie ?

 

Sukran, Jean-Pierre Andrevon. Collection Présence du Futur, Denoël (1989), n°493, 250 p.


GloryHammer – Universe On Fire

On connaît déjà le pirate déjanté Christopher Bowes, leader du groupe Alestorm; mais on le connaît en tant que leader de GloryHammer, formation de power medieval metal. Chanteur et claviériste écossais, notre pirate wizard aurait voulu entonner des chansons de dragons quand il était petit. C’est chose faîte depuis 2010 avec ce side poject qui ne signifie nullement l’arrêt de la piraterie metal pour autant ! Très orienté heroic fantasy avec une nette influence de groupes comme Rhapsody ou Hammerfall, cette formation aux compositions mélodiques assume également une esthétique assez proche des univers Warhammer. Encore un projet fou pour notre écossais déjanté, et qui plus est signé chez Napalm Records !

 


Les Druides – Christian-J. Guyonvarc’h & Françoise Le Roux

les_druidesA travers l’histoire antique et la légende médiévale, de la Gaule à la Bretagne insulaire et à l’Irlande, la recherche du druide antique s’apparente à une quête vaine, alors que l’ancienne religion celte est morte et oubliée depuis plus d’un millénaire. Pourtant, les deux auteurs universitaires à l’origine de cet ouvrage de référence ont patiemment cherché la définition du druide, figure mythique de cette époque antique. Premier personnage de la société celtique, face auquel le souverain lui-même ne pouvait que se taire, à la fois détenteur de savoir naturaliste et médicale, d’une autorité spirituelle immense, serviteur et représentant des divinités en ce bas monde, le druide reste une figure mythique du monde celtique. Hélas, persécutés par César puis par la Chrétienté, les druides n’ont laissé qu’un héritage légendaire que la culture populaire s’est empressée de transformer au fil des siècles.

Si nous avons tous découvert la figure du druide à travers le personnage de Panoramix dans la célèbre bande-dessinée de Goscinny et Uderzo, nous ignorons souvent que le sage homme tire directement son image des textes des auteurs latins nous étant parvenus. Le druide cueillant le gui et préparant des potions est une image très réduite de ses rôles dans la société celtique, cependant la position dominante de Panoramix dans le petit village gaulois, où son autorité est de toute évidence plus grande que celle du braillard chef Abraracourcix, est un clin d’œil plutôt réussi à la véracité historique. En effet, le druide celte est un personnage majeur de la société, dégagé des obligations militaires et de l’impôt, parlant avant le roi et obligeant ce dernier à prendre conseil auprès de lui avant toute décision. Son pouvoir sur la société est immense, son savoir l’est tout autant. Hélas transmis oralement en raison du dédain que leur inspirait l’écriture, le savoir druidique se perd dès lors que les congrégations des deux sexes sont persécutées et s’éteignent en quelques siècles seulement.

Fort heureusement l’Irlande, une des dernières terres druidiques, ne connut pas la même violence religieuse que la Gaule ou la Bretagne. Les moines eurent même l’heureuse idée de consigner bon nombre d’éléments de cette culture avant son extinction définitive, permettant aujourd’hui et en complément du corpus des bardes qui survécurent presque jusqu’à notre époque une transmission de nombreuses informations sur les rites, la mythologie et l’organisation celtique. Ce livre universitaire, plus spécialement focalisé sur le personnage du druide, constitue une des synthèses modernes de ce précieux savoir. Deux chapitres décrivent ainsi le druide dans la société, dans ses rapports avec le roi et la classe guerrière. La classe sacerdotale des Celtes ne peut être comparée aux brahmanes d’Inde, il est donc nécessaire aux auteurs d’en définir la hiérarchisation et les spécialisations : bardes, poètes, devins, juges, échansons, historiens, harpistes, architectes.

Un long chapitre étudie les techniques rituelles et magiques ; un autre décrit les fêtes et les sanctuaires. Le dernier, et le plus important, étudie les doctrines, les croyances et les principales conceptions religieuses, du non-usage de l’écriture à l’immortalité de l’âme. De très nombreux extraits de textes, classiques et insulaires, ont été minutieusement choisis et traduits. Dans un domaine difficile, chargé d’hypothèses dont il fait le plus souvent justice, ce livre se borne à ne présenter que des faits. Une distinction qui peut décevoir le lecteur en terme de nouvelle spiritualité, mais pourtant indispensable afin de séparer rigoureusement le druide historique de son cousin moderne, le néo-druide spirituel.