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Lire J.R.R. Tolkien – Vincent Ferré

lire_JRRTLongtemps demeuré en France comme une œuvre underground que chaque génération d’adolescent redécouvrait au hasard des lectures, l’univers littéraire de J.R.R. Tolkien a connu dès 1998 et l’annonce du projet d’adaptation cinématographique du Seigneur des Anneaux un rapide engouement du grand public, propulsant l’auteur en tête des meilleures ventes de fantasy pendant plus d’une décennie. S’il disputa le haut du podium avec la saga Harry Potter de J.K. Rowling avant que la déferlante Trône de Fer de G.R.R. Martin ne vienne les détrôner, cette déferlante commerciale laisse Tolkien que trop superficiellement connu du grand public en tant qu’auteur majeur du siècle passé. Un paradoxe littéraire hélas fort courant en France, où rares sont les auteurs de genre étrangers à avoir pu atteindre à la fois le cœur des lecteurs et les hautes sphères élitistes de la littérature académique.

Bien sûr, Tolkien reste un auteur aisément accessible en librairie, et il n’est désormais guère difficile de se procurer des biographies consacrés à l’auteur ou des analyses de son œuvre. Les titres remplissent les étagères des librairies spécialisées depuis plusieurs années déjà, en témoigne la traduction en 2003 chez l’éditeur le Pré au Clerc du précurseur essai de Lin Carter, qui eut le mérite d’initier un travail de recherche sur l’auteur et son œuvre, à défaut de constituer une référence de qualité en la matière. Mais face à la publication de mémoires et thèses universitaires d’approche difficile pour le lecteur profane, la lecture documentaire de l’œuvre de J.R.R. Tolkien nécessitait une pièce angulaire, un trait d’union entre le grand public et le monde académique. C’est désormais chose faîte, me semble-t-il, avec l’excellent ouvrage de Vincent Ferré publié aux éditions Pocket.

Impossible d’échapper à l’imagerie hollywoodienne de la Terre du Milieu. Les adaptations cinématographiques de Peter Jackson ont eu le mérite de révéler l’univers de Tolkien à un grand public très peu enclin à la fantasy : chez le spectateur découvrant cette littérature de genre à travers le prisme du cinéma tout comme chez le lecteur confrontant sa propre vision de l’œuvre aux images projetées à l’écran, les deux trilogies (Le Seigneur des Anneaux et Le Hobbit) ont considérablement influencé leur rapport à l’œuvre originelle. Il s’avère donc essentiel de se « déjacksoniser » en (re)lisant Tolkien, afin de remonter jusqu’à la véritable source de la Terre du Milieu. L’ouvrage de Vincent Ferré devient alors un guide précieux dans cette quête littéraire, nous proposant de défricher notre mémoire buissonnante emprunte d’adaptations variées de l’œuvre originelle. Point d’exagération cependant, l’axe de lecture privilégié par Vincent Ferré ne place nullement Tolkien comme père incontesté de la fantasy moderne, ce serait là une regrettable exagération. Mais plutôt comme le trait d’union entre les mythes et textes médiévaux et une fantasy moderne qui se nourrit encore largement de l’héritage tolkienien.

Le maître-mot de la première partie de cet essai est incontestablement « philologue ». Plus que la spécialisation universitaire de J.R.R. Tolkien au cours de sa carrière académique, il s’agit d’une démarche centrale de l’écrivain au cours de son travail littéraire. La philologie consiste en l’étude d’un langage à partir de documents écrits. Elle se base donc sur la critique littéraire, l’éclairage historique et l’analyse linguistique des textes étudiés. Dans le cas de documents anciens ou déformés par des traductions ultérieures, le philologue oeuvre à restituer le contenu original de textes connus par plusieurs sources, discutant des différents manuscrits et éditions imprimées, recherchant dans la tradition orale et la langue de précieux indices complémentaires, et proposant au final une traduction ou une lecture proposant de rétablir pour le mieux le texte dans sa forme et son interprétation originelles. La carrière universitaire de Tolkien est jalonnée de tels travaux, dont certains font encore office d’autorité, aussi n’est-il guère surprenant que la démarche inverse anime son travail d’écrivain. A partir de la construction de langues fictives, il bâtit une bibliothèque entière de poèmes, manuscrits, contes et récits médiévaux, vaste ouvrage de « philologie fictionnelle » teinté d’emprunts aux langues anciennes, vieux contes, mythologies nordiques, arthuriennes et textes médiévaux.

Eclairé par l’analyse littéraire de Vincent Ferré, le lecteur de retour sur les rivages de la Terre du Milieu esquisse peu à peu une nouvelle grille de lecture, qui selon son niveau d’immersion dans l’univers tolkienien lui sera plus ou moins familière. La relation permanente dressée entre l’écrivain et l’universitaire constitue cependant un axe de lecture relativement peu connu du grand public, et permet d’introduire l’étude – même dilettante – de l’œuvre en tant que réinvention littéraire autant que monument du genre. La seconde partie de l’ouvrage se révèle un peu plus inédite, puisque couvrant la réception de l’œuvre en France selon deux périodes, séparées par la date de sortie du premier volet cinématographique de Peter Jackson. De la traduction tardive du Hobbit et du Seigneur des Anneaux en français, depuis largement rattrapée par le travail éditorial des éditions Christian Bourgois, jusqu’à la perpétuelle redécouverte de l’auteur par la presse grand public (noircissant ses colonnes d’erreurs enrobées de condescendance), les premières décennies ne sont guère propices à Tolkien ; il faut donc attendre l’avènement des premiers sites Internet dédiés à l’auteur et surtout l’annonce officielle de la sortie cinématographique de la Communauté de l’Anneau pour qu’enfin l’œuvre sorte de sa caverne « underground » pour rôlistes et adultes rêveurs.

Cette notoriété apportée par le 7ème art aura permis d’encrer définitivement Tolkien dans la culture populaire tout en bousculant un milieu universitaire jusqu’alors plutôt hermétique à la littérature de genre grâce l’arrivée de jeunes chercheurs et étudiants « baignés » dans la fantasy depuis leur plus jeune âge. Néanmoins, ces « jacksoneries » auront eu l’inconvénient de formater la vision de l’œuvre de Tolkien selon un scénario et une esthétique des plus discutables ; et si l’ouvrage de Vincent Ferré n’a pas vocation à ranimer l’éternel débat autour de l’adaptation de l’œuvre, il ouvre cependant la voie à un « retour au sources » , militant en cela pour une imagination du lecteur débarrassée de ses oripeaux hollywoodiens. Aussi, puisque Tolkien puise son inspiration dans les récits médiévaux, la troisième partie de cet essai examine avec plus d’attentions l’influence de figures telles que Beowulf, Beorhtnoth (Byrhtnoth), Arthur, Tristan et Iseult sur les personnages tolkieniens. La rencontre entre ces récits médiévaux, leurs langues et la Terre du Milieu s’inscrit nettement dans l’esprit du lecteur, qui guidé par l’érudition de Vincent Ferré, s’engage de nouveau sur les chemins dressés par le maître de la fantasy. Ouvrage de lecture agréable et foisonnant d’analyses littéraires, ce guide de lecture de J.R.R. Tolkien méritait bien son Prix spécial du jury des « Imaginales » 2015. Incontestablement, un ouvrage de choix pour tout lecteur de fantasy qui se respecte.

 

Lire J.R.R. Tolkien, Tout ce que vous ne savez pas encore sur Le Seigneur des Anneaux, Vincent Ferré (2014). Editions Pocket, n°7167, 343 p.


La propulsion EM Drive enfin démontrée ?

En avril dernier, un groupe de physiciens du NASA Johnson Space Center annonçait avoir testé avec succès le principe d’une propulsion électromagnétique (EM Drive) dans le vide. Cette technologie futuriste de propulsion, qui défie les règles de la physique classique, pourrait ouvrir une toute nouvelle ère d’exploration spatiale grâce à la création de moteurs à très grande vélocité. Ainsi la Lune serait accessible en seulement quelques heures et une mission vers Pluton ne durerait que 18 mois (contre 9 ans de voyage pour la sonde New Horizons). Cependant, la technologie EM Drive suscite bon nombre d’avis sceptiques parmi la communauté scientifique. Une nouvelle étude allemande, présentée fin juillet lors de la conférence internationale de propulsion aéronautique et astronautique d’Orlando, viendra-t-elle lever les dernières réticences ?

Roger Shawyer dans son laboratoire. (c) Satellite Propulsion Research Ltd

Roger Shawyer dans son laboratoire. (c) Satellite Propulsion Research Ltd

Proposé en 2001 par l’ingénieur britannique Roger Shawyer pour la société Satellite Propulsion Research, l’EM Drive est une méthode de propulsion grâce à laquelle des micro-ondes électromagnétiques fournissent dans une cavité résonnante la conversion d’énergie électrique en énergie de poussée sans expulsion de propergol. En raison de son concept extrêmement avancé et de sa remise en cause de la conversion de la quantité de mouvement, le propulseur EM Drive laisse sceptique bon nombre de physiciens. A tel point que certains d’entre-eux crient même au charlatanisme ! Et pourtant, depuis quelques années, les premiers essais techniques menés par l’équipe de Shawyer semblent donner quelques résultats encourageants. En 2013, le professeur chinois Juan Yang publia un article démontrant la conversion d’une puissance électrique de 2,5 kW en une poussée de 720 mN. Il a été ainsi calculé que si l’EM Drive chinois se révélait totalement opérationnel, il fournirait assez de poussée pour compenser la perte progressive d’altitude de la station spatiale internationale (ISS). En attendant, chaque nouveau vaisseau spatial arrivant effectue ce travail en épuisant ses réservoirs.

Selon le Dr. White, leader du groupe de recherche NASA Eagleworks et travaillant sur la toute aussi hypothétique propulsion spatiale par distorsion, il une explication « physique » au phénomène mis en jeu par l’EM Drive. Il s’agirait d’une poussée due à l’énergie du vide quantique (l’état quantique au plus bas niveau d’énergie) selon un mécanisme de propulsion qui ne serait pas sans rappeler les ions propulsés par accélérateur magnétohydrodynamique (une méthode de propulsion spatiale électrifiant le propergol et le dirigeant grâce à un champ magnétique vers l’extérieur des turbines). Dans le modèle suggéré par le Dr. White, le propergol est remplacé par des particules issues du vide quantique, expliquant ainsi l’incompatibilité du phénomène avec les seuls principes de la physique classique.

Afin de mettre la théorie du Pr. White à l’épreuve, rien ne vaut l’expérimentation dans le vide. Paul March, un ingénieur du NASA Eagleworks, a récemment rapporté sur le forum scientifique NASASpaceFlight.com le test réussi d’un EM Drive dans le vide. La nouvelle a rapidement fait le tour du web, provoquant une vague de réactions enthousiastes et d’exagérations techniques : si l’expérience du NASA Eagleworks se voulait encourageante, la NASA n’en est pas encore rendue au stade de la fabrication d’un vaisseau spatial à propulsion EM Drive ! Comme toute vague médiatique, cette annonce a été accompagnée d’une contre-vague sceptique, de nombreux physiciens suspectant qu’une convection thermique liée aux micro-ondes était due à cette poussée mesurée durant les expériences chinoises et américaines. Mais les physiciens du NASA Eagleworks ont finalement débouté cette hypothèse sceptique, montrant que la poussée n’était due en rien à des phénomènes de conversion thermique.

Dispositif expérimental de l'équipe du Pr. Tajmar, Université de Dresde.

Dispositif expérimental de l’équipe du Pr. Tajmar, Université de Dresde.

L’affaire rebondit de nouveau fin juillet, lorsque Martin Tajmar, professeur à l’Université de technologie de Dresde, présente lors de la conférence internationale de propulsion aéronautique et astronautique d’Orlando les travaux de son équipe de recherche. Intitulée « Direct Thrust Measurements of an EmDrive and Evaluation of Possible Side-Effects » , sa présentation plaide en faveur des expériences précédemment menées par Shawyer, Yang et le NASA Eagleworks : « Our measurements reveal thrusts as expected from previous claims after carefully studying thermal and electromagnetic interferences, » note Martin Tajmar. « If true, this could certainly revolutionize space travel. » Des déclarations extrêmement encourageantes mais qui ne clôturent pas pour autant le débat : « Additional tests need to be carried out to study the magnetic interaction of the power feeding lines used for the liquid metal contacts, » précise-t-il. « Nevertheless, we do observe thrusts close to the magnitude of the actual predictions after eliminating many possible error sources that should warrant further investigation into the phenomena. Next steps include better magnetic shielding, further vacuum tests and improved EMDrive models with higher Q factors and electronics that allow tuning for optimal operation. »

La technologie EM Drive est considérée par certains physiciens comme impossible au vu de la physique classique. Pourtant, l’accumulation d’études et de rapports publiés au cours de ces quatorze dernières années tend à prouver que « impossible » ne soit pas le meilleur qualificatif pour désigner ce mode de propulsion futuriste ! Si les physiciens et ingénieurs parvenaient à développer un prototype de vaisseau spatial à EM drive, il serait possible de parcourir à peu près 100.000 kilomètres par heure. Soit la vitesse nécessaire pour rallier la Lune en quatre heures au lieu de trois jours, et atteindre Mars en deux à trois semaines au lieu d’un semestre ou plus. Un voyage à bord d’un vaisseau EM Drive propulsé à 10% de la vitesse de la lumière vers la célèbre étoile voisine Alpha du Centaure, située à 4,3 années-lumière, prendrait plusieurs décennies. De quoi rendre les missions interplanétaires habitées accessibles, voire même ouvrir la voie d’une vaste exploration robotisée interstellaire …

Demain, tous en week-end sur la Lune grâce à l'EM Drive ?

Demain, tous en week-end sur la Lune grâce à l’EM Drive ?


Nouveauté : Halo Fleet Battles

Spartan Games lance en cette fin de mois de juillet un nouveau jeu de figurines dédié aux combats spatiaux dans l’univers de Halo ! La boîte de base, intitulée Halo: Fleet Battles, The Fall of Reach, permet de reproduire un affrontement épique entre les forces de l’United Nations Space Command (UNSC) et l’armada Covenant. Les modèles en plastique, vendus non-peints, sont à l’échelle du jeu de figurines Firestorm Armada. L’objectif clairement annoncé par Spartan Games : fournir un jeu de figurines dans cet univers de licence fonctionnant grâce à des règles faciles d’approche tout en offrant aux joueurs aguerris de nombreuses possibilités tactiques.

Halo Fleet Battles

La boîte de base est vendue en ligne pour £80. Le prix est susceptible de varier selon votre revendeur local. Quant au contenu de ce starter box, il est plutôt généreux :

– Un livre de règles (en anglais) de +100 pages couleurs.
– Un guide de campagne Fall of Reach
– 49 modèles plastiques finement détaillés :

UNSC (32 models)

  • 1 Epoch-class Heavy Carrier
  • 4 Marathon-class Heavy Cruisers
  • 27 Paris-class Frigates

Covenant (17 models)

  • 1 ORS Class Heavy Cruiser
  • 2 CCS Class Battlecruisers
  • 14 SDV Heavy Corvettes

– 30 dés conçus pour les règles du jeu
– Guide de référence, accessoires et cartes de jeu.


Stephen Hawking et Elon Musk s’engagent contre les robots militaires autonomes

Faut-il craindre le développement futur de l’intelligence artificielle ? Depuis plusieurs mois, ce débat enflamme la communauté scientifique et les amateurs d’informatique. Si certains spécialistes minimisent les craintes concernant l’émergence d’un futur Skynet, d’autres éminents scientifiques, penseurs et entrepreneurs craignent par-dessus tout la création future de robots militaires. Dernier rebondissement médiatisé : dans une lettre ouverte publiée fin juillet par l’institut Future of life (une association visant à prévenir les risques que peut représenter l’intelligence artificielle sur l’humanité), Stephen Hawking, Elon Musk, Steve Wozniak (co-fondateur d’Apple), Demis Hassabis (fondateur de DeepMind) et Noam Chomsky ont appelé à l’interdiction des armes autonomes, capables « de sélectionner et de combattre des cibles sans intervention humaine ».

Qui a peur d'un monde dominé par les robots Terminator ?

Qui a peur d’un monde dominé par les robots Terminator ?

Cette lettre ouverte, accompagnée d’une pétition signée par plus d’un millier de personnalités, a été publiée dans le cadre de l’IJCAI, conférence internationale sur l’intelligence artificielle qui se tient jusqu’à la fin du mois à Buenos Aires. Entre craintes légitimes autour du développement de robots militaires et fantasmes de films hollywoodiens, cette lettre ouverte considère qu’une escalade militaire sera inévitable si le domaine de l’intelligence artificielle se retrouve à l’avenir intimement mêlé à la recherche appliquée en matière de défense nationale. Le développement de la robotique rendant ces armes de moins en moins onéreuses et ne nécessitant pas d’équipement ou de matériaux d’approvisionnement difficile, « ce ne sera qu’une question de temps avant qu’elles n’apparaissent sur le marché noir et dans les mains de terroristes, de dictateurs souhaitant contrôler davantage leur population et de seigneurs de guerre souhaitant perpétrer un nettoyage ethnique ».

Considérant l’émergence de robots militaires autonomes comme la « 3ème révolution militaire » après la poudre et le nucléaire, les signataires de cette lettre ouverte risquent surtout d’encourager un climat de psychose autour de l’intelligence artificielle, florissant domaine de recherche à l’interface entre informatique et robotique. Car en définitive, cette lettre ouverte rejoint avant tout des craintes très spécifiques sur les armes létales autonomes, déjà pointées du doigt par l’ONG Human Rights Watch et le rapporteur spécial de l’ONU Christof Heyns. Nous sommes donc bien éloignés des nombreuses applications civiles promises par l’intelligence artificielle en matière d’exploration spatiale, de domotique, aide humanitaire, ou encore interventions à risque dans des zones contaminées ou inaccessibles. Un amalgame dont se gardent les auteurs de cette lettre ouverte, mais que le grand public franchira aisément en associant l’intelligence artificielle à une sorte de psychose hollywoodienne…


Dans le torrent des siècles – Clifford D. Simak

dltds_simakDepuis vingt ans, l’agent Asher Sutton a disparu lors d’une mission vers l’énigmatique Aldébaran XII. Même son vieil ami Christopher Adams a perdu tout espoir de le revoir un jour. Et pourtant, par une douce soirée, un inconnu venu du futur se présente au pas de sa porte et lui annonce que Sutton va revenir des étoiles. Hélas, son retour s’accompagnera de malheurs pour l’hégémonie humaine sur la galaxie. Sutton doit donc mourir à tout prix. Mais pour quel motif ? Alors que son vaisseau endommagé se pose miraculeusement sur Terre, l’agent spécial ne semble plus l’homme qui quitta son foyer, deux décennies plus tôt. Quelque chose a changé en lui, dans son corps comme dans son esprit. Le voilà habité d’une grande vérité rapportée d’Aldébaran XII, une révélation spirituelle qu’il consignera dans un livre sacré, et dont les paroles déchireront l’humanité au cours d’une guerre galactique totale. Que faire ? Peut-être rien, car ce livre existera alors même qu’Adam Sutton est déjà mort.

Troisième roman de l’auteur paru en 1951 chez l’éditeur Simon & Schuster, Time and Again a connu une sérialisation préliminaire en trois épisodes sous le titre de « Time Quarry » dans la revue Galaxy Science Fiction (1950) avant d’être remanié avec une réécriture de sa conclusion pour sa version hardcover. L’éditeur Dell en publia une version sous le titre alternatif First He Died en 1953 ; et en 1954, une première traduction française est publiée en quatre épisodes dans la revue Galaxie (1ère série, n°1-4). La première édition intégrale française, proposée dans la collection « Le Rayon fantastique » en 1962, bénéficiait d’une seconde traduction de A. Yeurre. Considérée encore peu fidèle à l’œuvre originale, il faut attendre 1973 pour que l’éditeur J’ai Lu propose une nouvelle traduction de Georges H. Gallet, toujours d’actualité jusqu’à la dernière réédition poche du roman et son inclusion dans l’Omnibus « Les Mines du temps » en 2004.

Considéré comme le premier véritable roman de Simak car Les ingénieurs du cosmos (1950) était une compilation d’un feuilleton paru dans Astounding en 1939 et Empire (1951) était la réécriture d’un manuscrit de John W. Campbell, Time and Again pose les jalons du roman simakien tel que nous le connaissons à travers ses œuvres les plus célèbres. Dans un futur brillant où l’hégémonie humaine s’impose à toute la galaxie, un agent terrien va ramener de sa mission sur Aldébaran XII les graines des conflits civils et religieux des siècles à venir. L’hypothèse du livre de Sutton n’est pas basée sur des révélations mystiques, mais sur une vérité prouvée par le récit de son expédition. La destiné existe, et cette chose tangible constitue le dénominateur commun entre les humains biologiques et leurs esclaves androïdes chimiques. Un véritable raz de marée va secouer l’humanité, tandis que les androïdes dresseront le livre de Sutton comme fondement de leur nouvelle religion. Dans des Etats-Unis en pleine ségrégation raciale, le roman de Simak se révèle allégorique, pour ne pas dire prophétique. Il n’y aura point d’équivalent au culte de Sutton, toute proportion gardée avec le rôle des églises noires face aux mouvements pentecôtistes, et la longue marche des Noirs face à la doctrine raciale des Blancs sera couronnée de succès avant que la protestation ne se transforme en un conflit civil.

Dans le futur imaginé par Simak, la longue marche des androïdes pour leur égalité s’est soldée par une terrible guerre, et les agents des nombreux camps belligérants tentent d’infiltrer le passé comme l’avenir afin de réécrire l’histoire. Ainsi Sutton prend-il progressivement conscience de sa propre implication intemporelle autour de ce livre qu’il n’a pas encore écrit et de l’engrenage spatio-temporel qui semble inéluctablement mener l’humanité vers son futur orageux. Mais face à ce jeu d’espions, ces coups bas et ces manœuvres religieuses, Sutton cherche malgré lui un havre de paix. Ce paradis perdu n’existe que dans le passé, à une époque lointaine où la Terre n’était pas encore un vaste jardin au cœur de l’empire galactique. A une époque où l’homme cultivait encore les vertes prairies et savait vivre en harmonie avec la nature, et où le Wisconsin offrait une vie rude mais saine aux cultivateurs accrochés à ses sols pauvres. Nostalgie pastorale propre à Simak, éternel fils de fermier du Wisconsin qui conserva toute sa vie durant un lien fort pour la nature, la vie rurale et sa poésie. Dans son premier véritable roman, cet amour vibre intensément entre les pages, connaissant un regain puissant alors que Sutton revient à l’époque bénie du Wisconsin rural. L’attachement de Simak à sa terre s’exprime avec force, comme un besoin impérieux, et non comme un regret nostalgique typique de ses œuvres tardives. Derrière l’écrivain progressiste se cache un cultivateur philosophe et humaniste, qui n’aspire qu’à vivre en paix au rythme des saisons et de la nature. Cette harmonie est hélas contrariée par la violence d’un monde civilisé mais d’une cruelle injustice, dont la technologie triomphante ne fait que renforcer ses pulsions avides et égoïstes. Simak, militant écologiste avant l’heure ? Probablement pas, mais l’amoureux profond d’un monde rural que son siècle hélas écrase petit à petit sous le poids de l’urbanisme.

 

Dans le torrent des siècles, Clifford D. Simak (Time and Again, 1951). Traduction de George H. Gallet (1973). Editions J’ai Lu, n°500, 314 p.


Frank Herbert – NBC Interview

Très rare interview télévisée de Frank Herbert menée par Bryant Gumbel sur NBC en 1982. Une pépite dénichée par la communauté Dune Info :