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Le Royaume de Lankhmar – Fritz Leiber

royaume_lankhmarEt voilà Fafhrd et le Souricier Gris embarqués dans une nouvelle aventure. Cette fois-ci, leurs lames sont recrutées pour convoyer un chargement lankhmarien de grains à destination de Movarl-des-Huit-Cités. Mais la flottille voguant sur la Mer Intérieure se retrouve assaillie par un ennemi innombrable : des rats pirates ! Nos deux héros sont désormais engagés dans un combat contre les treize rats surdoués qui commandent à leur race, et qui ont décidé de faire de Lankhmar leur nouvelle demeure. Seule la magie de leurs maîtres sorciers respectifs pourra sauver la cité humaine. Ne manquant ni de bravoure ni de temps libre pour courtiser la belle Demoiselle Hisvet et Kreeshkra, la vampire invisible, nos deux héros apprendront une fois de plus que le cœur a ses raisons que l’épée vient hélas contrarier !

En mai 1961, Leiber publie dans la revue Fantastic Stories of Imagination la novella « Scylla’s Daughter ». Ce récit, nominé en 1962 pour le Prix Hugo de la meilleure nouvelle courte, lui sert ensuite de matériel de départ pour l’écriture d’une aventure beaucoup plus longue, qu’il se propose de raconter sous la forme d’un roman. C’est ainsi que Le Cycle des Epées se voit complété d’un cinquième tome, Le Royaume de Lankhmar, roman inédit et publié pour la première fois en 1968 chez Ace Books. Leiber venant d’achever en parallèle son travail de réédition des premiers textes du Cycle, il conclut ainsi le premier tronc du Cycle en livrant un récit de maturité, dans lequel imaginaire et humour jouent comme à l’habitude des rôles prépondérants.

Il serait difficile de reprocher au Royaume de Lankhmar (également publié en français sous le titre Les Épées de Lankhmar) cette désinvolture si caractéristique du style de Leiber. Ses héros brûlent leurs vies tels des débauchés, boivent leurs primes à la taverne et courent les filles, tirent leurs épées à la moindre occasion et ne sont fidèles à personne – ni à eux-mêmes. Ces mauvais garçons de la fantasy sont très loin des héros de Tolkien, ce dont Leiber s’en amuse en expliquant dans la préface à l’œuvre qu’il tient son inspiration d’une volonté de dépeindre des personnages plus humains, bien moins romancés et résolument terriens. Il y a quelque chose de crapuleux dans ces figures de Fafhrd et du Souricier Gris, et Leiber prit le contre-pied de Tolkien bien avant China Miéville ou encore la « crapule fantasy » francophone. A l’heure où il est de bon ton pour toute une nouvelle vague d’auteurs de malmener le père de la high fantasy, il est étonnant, une fois de plus, de constater que Leiber brille pour son absence dans les rayons des librairies …

Mais passées ces éloges méritées, force est de reconnaître que ce cinquième volet du Cycle n’est pas aussi addictif que les précédents. Certes, l’imagination de Leiber ne se tarit pas et sa plume reste toujours aussi vive, mais ce roman peine parfois à convaincre, s’enlisant dans une transcription du Joueur de flûte de Hamelin à la sauce lankhmarienne peut-être un peu trop lourde à mon goût. Le rythme plus rapide de la nouvelle, qui permettait d’aborder en moins de pages un scénario original pour nos deux héros Fafhrd et le Souricier Gris, a tendance à manquer. Toutefois, ces défauts de forme ne signifient pas pour autant qu’il faut se détourner de ce Cycle, bien au contraire. Car le roman est court, ce qui reste tout à son avantage pour ne pas enliser l’intrigue plus longtemps dans cette invasion murine. Voilà donc un tome à l’intérêt discutable que le lecteur jugera bon de lire ou de passer, à sa propre convenance, mais sans pour autant arrêter là sa découverte du Cycle.

 

Fritz Leiber, Le Royaume de Lankhmar (The Swords of Lankhmar, 1968). Traduction de Jacques de Tersac (Temps Futurs, 1982), Presses Pocket, n°5247, 317 p.


Le climat en France à l’horizon 2100 : prise de conscience citoyenne ?

Un rapport a été remis la semaine dernière à la Ministre de l’Ecologie Ségolène Royal lors de son déplacement à Saint Gervais, sur le site du massif du Mont-Blanc. Rédigé sous la direction du climatologue et membre du GIEC Jean Jouzel, ce rapport de la direction générale de l’énergie et du climat entend faire la synthèse des modèles prédictifs quant aux prévisions attendues sur le territoire français durant le XXIème siècle. Se présentant comme une synthèse de 64 pages illustrée de nombreuses simulations graphiques, le document se veut également pédagogique en détaillant les notions-clés dans un glossaire et en expliquant les principes des représentations graphiques de données statistiques utilisées en climatologie, comme la célèbre « boîte à moustache » . Les perspectives météorologiques déduites de ces modèles climatiques sont pour le peu inquiétantes mais honnêtes : en effet, le rapport entend présenter aussi bien des scénarios optimistes que des projections pessimistes.

Présentons tout d’abord un court résumé de ces tendances annoncées pour l’hexagone. A l’horizon 2021-2050, les auteurs du rapport prévoient une hausse moyenne des températures comprises entre 0,6°C et 1,3°C, avec une augmentation des nombres de jours de vagues de chaleur. L’hiver, les épisodes anormalement froids se réduiront en conséquence. Cependant, si la température augmentera, les saisons seront encore plus « pourries » avec une hausse des précipitations moyennes. A l’horizon 2071-2100, les modèles varient : tout dépendra de l’activité humaine. Il faudra donc s’attendre à des hausses hivernales de 0,9°C dans le scénario le plus optimiste et de 3,5°C dans le scénario le plus pessimiste. Même constat pour l’été : de 1,3°C à 5,1°C d’augmentation des températures moyennes. Les vagues de chaleur estivales pourraient durer jusqu’à 20 jours et l’épisode de la canicule de 2003 serait désormais annuel. Quant aux précipitations, elles augmenteront l’hiver. Reste à savoir si les étés seront des saisons chaudes et humides, l’incertitude des modèles laissent cependant sous-entendre que nos petits-enfants râleront certainement sous la moiteur tiède et étouffante d’un mois de juillet « pourri’.

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Hausses des températures sur le territoire hexagonal d’ici 2090 selon deux prévisions du rapport Jouzel et coll. (2014).

Anomalies de températures prévues par le rapport Jouzel et coll. (2014).

Anomalies de températures prévues par le rapport Jouzel et coll. (2014).

Surpris par ces prévisions alarmistes ? Et pourtant, ce rapport ne vient que répéter des tendances déjà discutées. En effet, le rapport Jouzel arrive dans une période riche en actualité scientifique, durant laquelle le GIEC a publié de nouveaux bilans sur l’état mondial de notre climat et la recherche scientifique a élucidé le phénomène de « pause climatique ». Nous savons désormais qu’un phénomène de refroidissement climatique naturel est parvenu à ralentir la hausse des températures provoquée par l’ activité humaine croissante. Mais ce répit accordé par les cycles naturels n’en est pas moins inquiétant : puisque les températures moyennes rapportées à la surface de la Terre augmentent lentement depuis plus d’une décennie, le facteur anthropique est devenu désormais si conséquent qu’il entrave les oscillations naturelles du climat en imposant un réchauffement permanent. Pire encore, que se passera-t-il lorsque l’oscillation naturelle repartira à la hausse ? Désormais, il ne peut plus avoir de doute, et l’activité humaine est considérée comme responsable à 99,999 % du réchauffement climatique.

En cette fin d’année 2014, le « débat sceptique» autour du réchauffement climatique n’a plus réellement lieu d’être et peut être considéré comme clos. En effet, la mise en évidence d’une lente hausse des températures record et l’inexorable fonte des pôles et des glaciers nous rappelle que même en cette période de cycle de refroidissement naturel, l’homme impose au climat une tendance inverse et dangereuse. Le rapport Jouzel a été accueilli avec véhémence par les dénialistes climatiques. Et pourtant, sa lecture à tête reposée montre à quel point leurs argumentaires sont faux et partisans. Car ce rapport, aussi alarmiste soit-il, n’en est pas moins un monument de prudence face à l’incertitude d’une prévision climatique à l’échelle d’un siècle entier. Mieux encore, séparant météorologie et climatologie, le rapport Jouzel nous explique au combien le réchauffement climatique global de la planète se manifeste par des changements climatiques locaux aussi divers que variés ; la Terre est un système géophysique complexe, la moindre perturbation majeure entraîne des conséquences tout aussi complexes. Nier cette « complexité » équivaut en définitive à plutôt faire étalage de son incompétence, alors pourquoi donner encore la parole aux charlatans climatiques ?

Face aux enjeux du réchauffement climatique, nous ne pouvons plus nous permettre d’espérer une miraculeuse accalmie pour le siècle à venir, ni nous payer le luxe de poursuivre ces débats stériles dans lesquels nous enlisent les climato-sceptiques. Il nous faut désormais mobiliser les esprits et les moyens sur le monde de demain, et entamer au plus vite les transitions nécessaires afin d’adapter nos sociétés. Par quelles mesures ? Tout simplement en misant sur l’éducation, la recherche et l’industrie. La première en renforçant l’enseignement des sciences technologiques et de l’environnement à l’école. Le réchauffement climatique est à peine enseigné en collège-lycée, tout au plus est-il considéré comme une option soumise au bon vouloir de l’enseignant. Cette situation est absurde, il est indispensable que le climat soit un chapitre enseigné non seulement en filière scientifique mais également au programme des autres baccalauréats. La baisse continue du niveau scientifique au lycée et désormais en licence est également une lourde erreur qui coûtera de précieuses ressources intellectuelles à notre pays dans les décennies à venir. Il faut renforcer le niveau pédagogique, mais dans le même temps convaincre jeunes garçons et jeunes filles que les filières scientifiques représentent une solution d’avenir aussi bien pour forger son parcours professionnel que citoyen.

En second point, il faut donc miser sur la recherche afin de poursuivre cette dynamique scolaire, et s’assurer du développement universitaire de technologies et brevets innovants qui nous assureront un développement durable à long terme. En cette période de crise, les sciences semblent délaissées, et la moindre mesure politique visant à suspendre l’activité de centrales thermiques polluantes ou de réacteurs nucléaires vieillissants est jugée « anti-sociale ». L’erreur est certainement là : une transition énergétique ne devrait pas signifier de casse sociale, mais une vaste reconversion et des embauches supplémentaires. La situation des diplômes de Master en énergies alternatives, synonymes plutôt de chômage que d’emplois d’avenir, est à l’image de notre monde économique et politique actuel : morose, sans vision à long terme, obsédé par les petits scandales de scènes de ménage présidentiels. Ce qui nous amène au troisième point, le développement massif d’une industrie verte, orientée non plus sur le bien-être de ses actionnaires et fonds de pension mais sur le développement de technologies innovantes et basées sur le savoir scientifique cultivé ci-dessus.

Vous me jugez utopiste ? Oui, car je ne suis pas encore devenu totalement misanthrope. Malgré la situation morose que nous traversons, j’ai toujours foi en la science et en l’humanité. Peut-être est-ce là un signe de stupidité ou de folie de ma part, cependant je crois encore en une prise de conscience citoyenne. Nous allons peut-être droit dans le mur, mais il est encore temps de se réveiller pour changer de cap. L’avenir est bien plus entre nos mains que nous le pensons.


Utopiales 2014 : la thématique dévoilée

La prochaine édition des Utopiales se déroulera à la Cité des Congrès de Nantes, du 29 octobre au 3 novembre 2014. Le thème de cette année, « intelligence(s) », a été dévoilé :

utopiales 2014

«  Après avoir exploré ses propres origines, en 2012, et laissé libre cours à sa passion pour les autres mondes, en 2013, le festival international de science-fiction de Nantes se lance un nouveau défi pour cette année 2014 et vous propose la plus lointaine, la plus exaltante, la plus centrale de toutes les aventures : celle de l’intelligence.

Comprendre et élucider le monde, accepter sa complexité, et l’ayant fait, s’adapter, y trouver sa place, afin de partager des connaissances et des techniques, ou, à l’inverse, opposer des valeurs et des politiques, bâtir des cités, toujours imparfaites, mais portées par des rêves collectifs de grandeur ou de vérité, répondre aux défis de la physique, de la biologie, de l’identité psychologique, grâce à notre mémoire, nos sens, et nos facultés cognitives, est-ce vraiment ce qui définit humain, cet animal doué de raison ? Inventer le futur, surmonter les crises, et, pas à pas, faire reculer les bornes de l’empire humain : est-ce cela que l’on appelle l’intelligence ? Qu’est-ce qui compte le plus : l’ampleur de nos réalisations techniques au fil des âges, notre curiosité, ou le fait que nous soyons capables d’altérer notre environnement ? Notre intelligence est-elle le fruit du hasard, de l’évolution, d’un programme, ou d’une erreur ? Jusqu’où nous permet-elle d’aller dans la compréhension du réel ? Serions-nous, le cas échéant, à même de comprendre, d’échanger, ou simplement de communiquer avec des intelligences autres ?

Ces questions, la science, la religion, l’histoire, la philosophie les ont posées très tôt. Mais elles ne sont pas les seules à l’avoir fait. Dès sa naissance, il y a plus de 150 ans, sous la plume de Jules Verne, la science-fiction s’est placée à la croisée des méthodes et des savoirs acquis pour, hardiment, embrasser l’inconnu et assumer une mission littéralement prométhéenne : faire de la recherche d’intelligences extraterrestres, du rêve de l’intelligence artificielle, peut-être en voie de concrétisation, des hypothèses intelligentes, qui participent de l’apprentissage du monde qui s’impose à chacun, en tant qu’individu et citoyen.

Les intervenants, créateurs et chercheurs, artistes et essayistes, apporteront des réponses empiriques, subjectives, critiques et parfois goguenardes, hypothétiques par essence, et volontiers subversives, mais toutes seront intelligentes en ce qu’elles nous engageront à changer, le temps d’une lecture, d’un film, d’une table ronde, d’un dialogue, notre regard sur nous-mêmes et sur le monde qui, pour paraphraser Leibniz, est « gros » de toutes ces réalités en émergence, entre lesquelles il nous appartient de choisir.  »

 

Pour en savoir plus : le site officiel des Utopiales.


[Concours] gagnez l’Oeuf du Dragon de George R.R. Martin !

C’est la rentrée pour beaucoup d’entre-vous, alors pour vous remonter un peu le moral je vous propose de gagner, non pas le brûlot de Trierweiler, mais le prequel du Trône de Fer parue chez Pygmalion ! Au moins, vous aurez une bonne raison de me remercier pour ce moment :)

« Quatre-vingt-dix ans avant les péripéties du « Trône de Fer », Aegon, de la lignée royale, surnommé l’Oeuf, court les routes incognito comme écuyer d’un chevalier errant, Dunk. Au hasard des chemins, le duo se voit convié par le fringant Jehan le Ménétrier à participer à un tournoi richement doté qui sera le clou des noces de lord Beurpuits. Au champion ira le grand prix, un inestimable Oeuf de dragon. Mais il apparaît bientôt que les noces et le tournoi sont un nid d’intrigues et d’ambitions, petites et grandes, et qu’une prophétie annonce de grands événements.

De fait, après la rébellion, les partisans de Deamon Feunoyr, qui a chassé quelques années plus tôt la fine fleur des chevaliers en exil de l’autre côté de la mer, fomentent une nouvelle conspiration. Certains souhaitent déposer le souverain légitime pour installer leur propre prétendant. À leur corps défendant, Dunk et l’Oeuf se retrouvent au coeur du complot. »

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Si vous ne possédez pas déjà ce récent ouvrage dans votre bibliothèque, ce concours vous permettra de remporter votre propre exemplaire ! Pour participer, répondez dans les commentaires aux questions suivantes. Vous avez jusqu’à jeudi prochain, 20h, pour poster votre participation (les messages pré-modérés peuvent apparaître avec retard mais leur date de soumission fera foi). Passé ce délais, les bonnes réponses seront tirées au sort et un seul gagnant sera annoncé. Vous pensez avoir trouvé les solutions ? Alors n’hésitez plus, vous avez toutes vos chances !

 

 

Question 1 : Le Trône de Fer s’inspire en partie du conflit historique suivant :

  1. La bataille de Verdun
  2. La guerre des boutons
  3. La guerre de sécession américaine
  4. La guerre des Deux-Roses

 

Question 2 : GRR Martin publia le premier tome A game of Thrones en quelle année ?

  1. 1990
  2. 1995
  3. 1996
  4. 1997

 

Question 3 : GRR Martin reçut son premier Prix Hugo du meilleur roman court pour son œuvre :

  1. Le Seigneur des Lannister
  2. Un Hodor nommé désir
  3. Chanson pour Lya
  4. Merci pour cette couronne

 

Bonne chance à tous et à toutes, et rendez-vous jeudi soir pour les résultats de ce concours !

 


Indiana Jones et le Temple Maudit – Steven Spielberg (1984)

indie_2_couvLe début des années 80 marque l’ascension croissante de George Lucas. Après le succès des deux premiers épisodes de Star Wars, Lucas développe une autre franchise autour d’un nouveau personnage fictionnel : le Dr. Henry « Indiana » Jones. Cet archéologue fictif, plus aventurier baroudeur que professeur pantouflard, parcourt le monde entier à la recherche de trésors fabuleux. Le rôle est donné à Harrison Ford, dont la prestation de Han Solo dans Star Wars lui vaut déjà une forte notoriété auprès du grand public. Après la sortie réussie de Indiana Jones et les Aventuriers de l’Arche perdue (1981), George Lucas veut cependant changer le cadre des aventures de son héros, notamment en évitant d’y inclure une fois de plus des nazis dans le rôle des grands méchants. Il décide alors d’écrire un nouvel épisode se déroulant non pas à la suite des événements mais un prequel, dont l’intrigue se situe en 1935 en Inde, soit une année avant la quête de l’Arche d’Alliance.

Parmi les amateurs de l’archéologue au coup de fouet légendaire, ce second volet de la licence fait encore quelque peu débat. Certains lui préfèrent les deux autres films de la trilogie originelle, mais à peu près tous s’accordent pour exclure de ces comparaisons la très contestée séquelle à la trilogie de 2008. Pourquoi tant de débats autour de ce second épisode ? Principalement en raison du scénario, beaucoup plus sombre que les deux autres volets. Steven Spielberg confiera même que de tous les épisodes de la saga, le Temple Maudit est celui qu’il porte le moins en son cœur. Et ceci en raison de sa noirceur, qui lui valut même la création de la classification américaine PG-13 pour en restreindre la diffusion en salles aux mineurs de moins de 13 ans. Et pourtant, ce choix assumé de Lucas donne à ce prequel une saveur toute particulière, qui a rendu culte bon nombre de ses scènes. Lucas considère qu’assombrir le second tome d’une trilogie est une étape incontournable. Dans le cas de la saga Indiana Jones, la règle semble appliquée à la lettre, puisque Indy devra affronter aussi bien les horreurs du palais de Pankot que ses propres démons intérieurs.

Si Lucas voulait se détourner de ses personnages nazis, il choisit également d’abandonner la mythologie judéo-chrétienne et s’intéresse à la mythologie hindoue. Pou cela, il choisit de donner le rôle d’affreux vilains aux Thugs, une secte d’adorateurs de Kâlî actifs en Inde entre les XIIIème et XIXème siècles. La fraternité des Thugs, dont les rituels sacrés impliquaient la strangulation en l’honneur de Kâlî, fut exterminée par l’occupant colonial anglais au cours du XIXème siècle. De part leur pratique religieuse de l’assassinat et les récits horribles qu’en firent les forces militaires britanniques, les Thugs enflammèrent l’imagination des auteurs. Ainsi les rencontre-t-on dans l’œuvre de Jules Verne, de Sir Arthur Conan Doyle ou encore dans les aventures de Bob Morane. Si cette interprétation occidentale fantasmée tient plus du récit populaire que de l’étude ethnologique, la vision du Thug meurtrier et maléfique s’est propagée à son tour dans le cinéma et les séries télévisées. George Lucas reprend à son compte le mythe pour faire des Thugs une secte maléfique adorant la déesse de la destruction Kâlî dans le seul but d’assujettir l’humanité toute entière. Son rôle d’épouse de Shiva est largement détourné, puisque de parèdre elle devient adversaire démoniaque. Le manichéisme évident entre les deux cultes tient plutôt de la réécriture chrétienne de la mythologie hindoue et donna lieu à quelques controverses lors de la sortie en salles de l’épisode.

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Outre la mythologie revisitée, l’Inde révélée à l’écran par Lucas et Spielberg est tout aussi fantasmée. George Lucas découvre les aventures de Tintin peu de temps avant l’écriture du scénario du Temple Maudit. L’univers d’Hergé l’inspire immédiatement, et les aventures du jeune reporter en Asie ressemblent en de nombreux points à celles d’Indiana Jones. Nous y retrouvons un palais fastidieux à l’image de celui du Maharadjah de Rawhajpoutalah, tandis que les fléchettes empoisonnées de radjaïdjah, le poison qui rend fou, sont remplacées par une potion transformant temporairement Indy en un Thug fanatique. Mêmes emprunts parmi les personnages, puisque Demi-Lune n’est autre que le célèbre Tchang. Cette influence de la bande-dessinée belge sur le scénario du second épisode d’Indiana Jones a cependant le travers de forcer une fois de plus l’interprétation occidentale de l’Inde coloniale, accentuant la caricature comme jamais dans l’univers Indiana Jones. La nature joue également son rôle d’élément hostile, comme à son habitude, et une touche d’horreur est fournie par des scènes mythiques comme le vol des chauve-souris vampire (en vérité une espèce géante frugivore) ou encore le répugnant banquet à la table du Maharadjah (au menu ce soir : le fameux serpent surprise, de la cervelle de singe en sorbet, d’énormes scarabées et une soupe aux globes oculaires…).

Cette noirceur mêlée à une interprétation fantasmée de l’hindouisme se voit renforcée par des touches fantastiques devenues tout aussi cultes. Le grand prêtre de Kâlî peut ainsi arracher le cœur de ses victimes sans les tuer, rendant le sacrifice encore plus spectaculaire. Les pierres sacrés sont dotées d’un pouvoir ambivalent, capable de fertiliser ou ravager la terre selon les intentions de leur possesseur. Enfin, la puissance divine se manifeste encore dans ces régions reculée, reprenant l’idée développée dans les Aventuriers de l’Arche Perdue, et derrière les actions de Indie et des Thugs se dessine un épisode divin opposant Shiva et Kâlî. En cela, l’univers d’Indiana Jones se présente comme une saga fantastique, dans laquelle le personnage d’Indiana Jones, archéologue et donc scientifique, parvient tout de même à accepter l’existence de puissances divines et occultes. Indiana n’en est pas pour autant un mystique, car il examine ce pouvoir de manière presque rationnelle, comme s’il s’agissait d’une composante que l’archéologue consciencieux ne peut se permettre d’écarter. Pourtant, certaines légendes le laissent sceptique, et c’est souvent l’enchaînement des événements qui vient modifier son jugement. Peut-être est-ce en raison du renforcement de ces éléments mystiques et de l’abandon des nazis maléfiques au profit d’un culte hindou fantasmé que Le Temple Maudit divise encore les fans d’Indiana Jones. Mais rassurez-vous. Il suffit d’évoquer le Royaume du crâne de cristal pour les mettre de nouveau tous d’accord.

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